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Des fleurs douze mois sur douze : le plan de floraison
Un jardin acheté au printemps fleurit six semaines par an. Voici comment répartir arbustes, bulbes, vivaces et annuelles pour tenir douze mois, et comment repérer les creux de votre propre jardin.

L'essentiel
- Un jardin ordinaire concentre presque toute sa floraison sur six à huit semaines, de mi-avril à mi-juin : c'est l'effet direct de l'achat de plantes déjà fleuries.
- Quatre étages se relaient : arbustes et grimpantes pour l'hiver, bulbes pour février à mai, vivaces pour mai à octobre, annuelles et bisannuelles pour boucher les trous.
- Trois creux reviennent partout : la soudure de la mi-mai, la seconde moitié de l'été, et le cœur de l'hiver. Ils se comblent avec cinq à huit plantes bien choisies, pas avec un massif entier.
- Comptez deux à trois plantes différentes en fleur par mois pour qu'un jardin paraisse fleuri : en dessous, l'œil ne voit rien, au-delà, le gain est faible.
- Une étiquette qui annonce « floraison de mai à octobre » décrit un potentiel sous arrosage et suppression des fleurs fanées, pas une garantie de calendrier.
Un jardin acheté au printemps fleurit au printemps, puis se tait pendant dix mois. Tenir douze mois ne demande ni plus de surface ni plus d'argent, seulement un ordre d'achat différent et quatre étages de plantes qui se passent le relais. Voici le tableau mois par mois, les trois creux qui font échouer la plupart des plans, et la méthode pour repérer les vôtres.
Pourquoi la plupart des jardins fleurissent six semaines par an
Le calendrier de floraison d'un jardin ordinaire ne vient pas d'un choix, il vient d'une habitude d'achat. On va en jardinerie au printemps, quand l'envie revient, et on achète ce qui est en fleur sur la table. Résultat : tout le jardin fleurit à la même période, celle où l'on achète, de la mi-avril à la mi-juin.
Cette concentration a une conséquence directe. En juillet, il ne reste que du feuillage ; en septembre, plus rien ; en janvier, un jardin qui paraît mort alors qu'il est simplement mal réparti. Le remède n'est pas d'acheter davantage, mais d'acheter à d'autres moments, et surtout d'acheter à partir d'une liste faite en hiver plutôt que devant les rayons.
Les quatre étages qui se relaient
Un plan de floraison ne se raisonne pas plante par plante, mais par étages, chacun couvrant une part différente de l'année. Aucun ne suffit seul, et c'est précisément pour cela que les jardins composés uniquement de vivaces s'éteignent d'octobre à avril.
| Étage | Part de la surface, repère de départ | Ce qu'il couvre | Quand on l'installe |
|---|---|---|---|
| Arbustes et grimpantes | Un quart environ | Décembre à avril, plus un retour en août et septembre | Novembre à mars, racines nues ou conteneur |
| Bulbes | Glissés entre les autres | Janvier à mai, puis juillet à octobre pour les bulbes d'été | Septembre à novembre, mars à mai pour les bulbes d'été |
| Vivaces | La moitié environ | Mai à octobre, quelques-unes en hiver | Septembre et octobre de préférence, sinon mars et avril |
| Annuelles et bisannuelles | Un dixième, en bouche-trous | Avril et mai, puis juillet à octobre | Semis de mars à mai, bisannuelles semées en juin |
Ces proportions sont un point de départ, pas une règle. Un jardin de ville très ombragé penchera vers les arbustes et les vivaces d'ombre ; un balcon fonctionnera surtout aux bulbes et aux annuelles, faute de place pour une ossature ligneuse. Ce qui ne bouge pas, c'est l'ordre de priorité : l'ossature d'abord, les fleurs de saison ensuite. À l'échelle d'un seul massif, la répartition se joue plutôt par quinzaines, et elle est détaillée dans notre dossier sur composer un massif de vivaces qui fleurit longtemps.
Le tableau des douze mois
Ce tableau donne, pour chaque mois, l'étage qui porte réellement la floraison et des valeurs sûres en climat français. Les dates s'entendent en plaine, moitié nord : comptez deux à trois semaines d'avance dans le Midi et sur la façade atlantique, autant de retard en altitude ou dans l'est continental.
| Mois | Ce qui porte la floraison | Valeurs sûres | Le point qui décide |
|---|---|---|---|
| Janvier | Arbustes d'hiver | Hamamélis, jasmin d'hiver, hellébore, perce-neige | Les planter le long d'un passage quotidien |
| Février | Bulbes précoces, arbustes parfumés | Crocus, cornouiller mâle, sarcococca, viorne d'hiver | Le parfum porte plus loin que la couleur par temps froid |
| Mars | Bulbes, premières vivaces | Narcisse, muscari, primevère, pulmonaire, forsythia | Tout démarre en dix jours dès que le sol se réchauffe |
| Avril | Bulbes tardifs, arbustes de printemps | Tulipe, myosotis, épimédium, pommier à fleurs | C'est ici qu'on prépare la suite, pas en mai |
| Mai | Vivaces de printemps, grimpantes | Pivoine, iris des jardins, ancolie, ail d'ornement, clématite | La soudure de la mi-mai, tulipes finies, rosiers pas ouverts |
| Juin | Rosiers et vivaces | Rosier, géranium vivace, népéta, digitale, valériane | Le mois le plus facile, à ne pas surcharger |
| Juillet | Vivaces d'été, annuelles | Lavande, achillée, hémérocalle, phlox paniculé, cosmos | Supprimer les fleurs fanées décide de la deuxième vague |
| Août | Vivaces tardives, bulbes d'été | Dahlia, rudbeckia, gaura, sauge arbustive, althéa | Le vrai creux des jardins français, à préparer dès mars |
| Septembre | Vivaces d'automne, remontées | Aster, anémone du Japon, sédum d'automne, rosier remontant | Un arrosage en août conditionne la floraison de septembre |
| Octobre | Fin des vivaces, bulbes d'automne | Aster, colchique, cyclamen de Naples, dahlia | La première gelée coupe net, sa date varie de plusieurs semaines |
| Novembre | Arbustes d'automne et d'hiver | Camélia d'automne, viorne d'hiver, chrysanthème | Les fruits et les feuillages prennent le relais des fleurs |
| Décembre | Arbustes d'hiver, hellébores | Hellébore de Noël, jasmin d'hiver, mahonia | Une seule plante bien placée tient le mois |
Les trois creux qui font échouer les plans
Presque tous les jardins ratent les mêmes trois fenêtres. Les repérer d'avance évite d'acheter au hasard.
La soudure de la mi-mai
Les tulipes et les narcisses sont finis, les rosiers et les grandes vivaces d'été n'ont pas commencé. Ce trou dure dix à quinze jours et passe souvent inaperçu parce que le jardin est vert et vigoureux. Il se comble avec les vivaces de printemps, ancolie, géranium vivace précoce, sauge des bois, avec les aulx d'ornement, et avec les bisannuelles semées l'été précédent, myosotis et giroflée en tête.
La seconde moitié de l'été
C'est le creux le plus visible. Les vivaces de juin sont passées, la chaleur bloque le reste, et beaucoup de jardins traversent août sans une seule fleur. Il se comble par des plantes qui fleurissent tard et supportent le sec : sauges arbustives, gaura, achillée, sédum d'automne, althéa, et les bulbes d'été plantés en avril, dont le dahlia reste le plus généreux jusqu'aux gelées. Ces floraisons se préparent au printemps : une plante installée en août ne fleurira pas en août.
Le cœur de l'hiver
De la mi-décembre à la mi-février, il n'y a que trois ou quatre familles sur lesquelles compter, et elles portent à elles seules deux mois de calendrier. Deux arbustes et une touffe d'hellébores suffisent, à condition d'être visibles depuis une fenêtre ou depuis l'allée d'entrée.
C'est aussi la période où ce qui n'est pas une fleur compte autant qu'une fleur : écorces claires des cornouillers et des bouleaux, fruits persistants, feuillages persistants panachés, graminées laissées sèches. Un massif qu'on ne rabat pas à l'automne traverse l'hiver avec du volume et de la lumière, et il abrite au passage les insectes utiles.
Repérer vos propres creux, en un an
Aucun tableau ne remplace l'observation de votre jardin, parce que l'exposition, le sol et le microclimat décalent tout de plusieurs semaines. La méthode la plus simple tient en une photo mensuelle.
La photo du 15
- Choisissez deux points de vue fixes : la vue depuis la fenêtre où vous passez le plus de temps, et celle depuis l'entrée du jardin.
- Le 15 de chaque mois, photographiez ces deux vues, toujours au même endroit, quel que soit le temps.
- Notez en une ligne ce qui est en fleur ce jour-là, avec le nom des plantes.
- Au bout d'un an, alignez les douze photos : les mois vides sautent aux yeux, y compris ceux que vous croyiez couverts.
- Ne comblez que les deux mois les plus faibles la première année, avec trois à cinq plantes maximum.
- Recommencez l'année suivante. Un plan de floraison se corrige sur trois ans, pas en une commande.
Raccourci utile pour ne pas attendre douze mois : marchez dans votre quartier au moment des creux, mi-mai, mi-août, mi-janvier, et notez ce qui est en fleur dans les jardins voisins. Ces plantes poussent déjà dans votre sol et votre climat, la preuve est faite. C'est une source plus fiable qu'un catalogue.
Acheter et planter dans le bon ordre
L'ordre des opérations compte autant que la liste des plantes, parce que chaque étage a sa fenêtre de plantation et qu'on ne la rattrape pas.
La séquence sur douze mois
- Septembre et octobre : plantation des vivaces, celle qui donne les plus fortes reprises, et achat des bulbes de printemps.
- Octobre et novembre : mise en terre des bulbes de printemps, en échelonnant les espèces pour étaler de février à mai.
- Novembre à mars : plantation des arbustes et des grimpantes, en racines nues quand c'est possible, hors périodes de gel et de sol détrempé.
- Mars et avril : semis des annuelles, plantation des bulbes d'été, division des touffes trop denses.
- Mai et juin : achats de complément uniquement, en notant ce qui manque plutôt qu'en remplissant.
- Juin et juillet : semis des bisannuelles pour le printemps suivant, myosotis, giroflée, pensée.
Les bulbes de printemps méritent une attention particulière, parce qu'ils couvrent à eux seuls trois des mois les plus pauvres et qu'une profondeur mal choisie coûte une année entière. Le détail des profondeurs, des sols et des dates figure dans notre dossier sur la plantation des bulbes de printemps. Le reste de la saison de plantation, arbustes et vivaces compris, se cale sur le programme du jardin en octobre.
Petit jardin, balcon, ombre : le plan tient quand même
Sur quelques mètres carrés, la logique ne change pas, mais chaque plante doit travailler plus longtemps. Privilégiez les espèces qui offrent deux saisons d'intérêt : un hellébore fleurit en hiver et garde un feuillage propre toute l'année, un sédum d'automne donne des boutons en été, des fleurs en septembre et des ombelles sèches en hiver.
En pot, les bulbes deviennent l'outil principal parce qu'ils occupent peu de volume et se superposent : plusieurs espèces plantées à des profondeurs différentes dans le même contenant fleurissent l'une après l'autre de février à mai. Comptez au minimum 25 à 30 centimètres de profondeur de substrat pour une potée durable, et sortez du jeu les vivaces à racines profondes.
À l'ombre, la palette rétrécit mais couvre bien l'année : hellébore et perce-neige en hiver, épimédium et pulmonaire au printemps, hortensia et hosta en été, anémone du Japon et cyclamen de Naples à l'automne. Le vrai facteur limitant n'est pas l'ombre elle-même, c'est la sécheresse au pied des murs et sous les grands arbres, où la terre reste sèche même par temps de pluie.
Le plan de floraison, sur une page
Commencez par les mois vides, pas par les plantes qui vous plaisent. Notez sur douze lignes ce qui fleurit déjà chez vous, mois par mois, et ne comblez que les deux lignes les plus pauvres cette année. Achetez l'ossature en premier, arbustes en novembre ou en février, parce que c'est le seul étage qui ne se rattrape pas. Glissez les bulbes partout en octobre, ils coûtent peu et couvrent les mois les plus difficiles. Gardez les annuelles pour la fin, comme rustines de juillet à octobre. Et si vous ne faites qu'une chose cette année, plantez deux arbustes d'hiver le long du chemin que vous empruntez tous les jours : ce sont eux qui transformeront le plus la sensation de votre jardin, pour le moins de travail.
Questions fréquentes
Peut-on vraiment avoir des fleurs en janvier dans la moitié nord ?
Oui, à condition de ne pas compter sur les vivaces. Ce sont les arbustes d'hiver et les tout premiers bulbes qui portent le mois : hamamélis, jasmin d'hiver, viorne d'hiver, hellébore, perce-neige. Ils fleurissent par temps froid et supportent la gelée, les fleurs se referment ou se ramollissent puis repartent. Le nombre reste modeste, deux ou trois plantes suffisent, mais elles doivent être plantées le long d'un passage quotidien, sinon vous ne les verrez jamais depuis la fenêtre.
Combien de plantes faut-il pour couvrir les douze mois ?
Beaucoup moins qu'on ne l'imagine. Avec trois arbustes bien répartis dans l'année, une centaine de bulbes de printemps échelonnés sur trois espèces, six à huit vivaces choisies pour des périodes différentes et deux ou trois annuelles semées en mai, un jardin de taille moyenne a quelque chose en fleur chaque mois. Le budget se concentre sur les mois pauvres, pas sur mai et juin, où tout fleurit de toute façon.
Par quoi commencer quand le jardin est vide ?
Par les arbustes, en automne ou en fin d'hiver. Ils mettent deux à trois ans à s'installer et forment l'ossature qui portera les mois difficiles : c'est le seul étage qu'on ne peut pas rattraper l'année suivante. Les bulbes viennent ensuite, à l'automne, et les vivaces l'automne suivant ou au printemps. Les annuelles se sèment en dernier, la première année, simplement pour que le jardin ne reste pas nu pendant que le reste s'installe.
Les fleurs d'hiver résistent-elles vraiment au gel ?
Les espèces réellement hivernales, oui : leurs fleurs sont adaptées et repartent après une gelée. Une fleur d'hellébore ou de perce-neige couchée par le froid se redresse souvent en quelques heures de dégel. Ce qui les abîme, c'est plutôt le vent froid et sec, et le soleil du matin sur des tissus encore gelés. Une exposition abritée, au pied d'un mur ou d'une haie, à l'est ou au sud-est, améliore nettement leur tenue.
Comment combler le creux de la fin d'été sans arroser tous les jours ?
En jouant sur des plantes qui fleurissent tard et supportent le sec : sauges arbustives, gaura, achillée, sédum d'automne, althéa, hydrangea paniculata en sol frais. Ces floraisons se préparent au printemps, pas en août : c'est un sol paillé et des plantes installées depuis au moins un an qui tiennent la sécheresse. Une plantation d'automne, avec tout l'hiver pour s'enraciner, demande beaucoup moins d'eau l'été suivant qu'une plantation de mai.
Faut-il tout planter la même année ?
Non, et c'est même déconseillé. Un plan de floraison se construit sur trois ans, en commençant par l'ossature et en ajoutant chaque automne ce qui a manqué l'année précédente. Vous corrigez alors sur des observations réelles plutôt que sur un catalogue, et vous répartissez la dépense. Le seul étage à installer d'un coup, ce sont les bulbes de printemps : ils se plantent tous dans la même fenêtre, de septembre à novembre.
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