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Diviser ses vivaces : quand, comment, et pourquoi c'est gratuit

Une touffe qui fleurit moins qu'il y a trois ans ne manque ni d'engrais ni d'eau : elle s'épuise par le centre. La division règle le problème en vingt minutes et vous rend trois plants pour un.

Souche de plante arrachée et séparée en deux à la main sur une pelouse, bêche et fourche posées à côté

L'essentiel

  • Une vivace à touffe se divise tous les 3 à 5 ans, et le signal n'est pas une date mais un centre qui se dégarnit et une floraison qui baisse.
  • La règle qui tranche : on divise à la saison opposée à la floraison. Vivace de printemps, division en septembre-octobre ; vivace d'été et d'automne, division en mars-avril.
  • Un éclat viable porte 3 à 5 bourgeons et un volume de racines gros comme le poing. En dessous, comptez deux saisons avant la première vraie floraison.
  • Une division d'automne a besoin d'environ six semaines de sol encore tiède avant les fortes gelées : passé la mi-octobre dans le nord-est et en altitude, reportez au printemps.
  • Graminées d'ornement au printemps seulement, sous-arbrisseaux jamais : une lavande ou un romarin se bouturent, ils ne se divisent pas.

Une touffe d'aster ou d'hémérocalle qui fleurit moins bien qu'il y a trois ans ne manque ni d'engrais ni d'eau : elle s'épuise par le centre. La division règle le problème en vingt minutes, sans rien acheter, et vous rend trois à cinq plantes là où vous en aviez une. Reste à savoir à quelle saison intervenir sur quelle plante, et à repérer les vivaces qui refusent absolument ce traitement.

Ce qui se passe au centre d'une touffe qui vieillit

Une vivace à touffe pousse par l'extérieur. Chaque printemps, les bourgeons les plus vigoureux se forment en périphérie de la souche, un peu plus loin que l'année précédente. Le centre, lui, ne fabrique plus rien : il accumule des bases de tiges mortes, des racines ligneuses et un sol tassé que plus personne n'explore.

Au bout de trois à cinq ans, la touffe est une couronne autour d'un cœur vide. Les tiges de la périphérie se couchent après une pluie, rien ne les soutient au milieu. Les fleurs se raréfient et rapetissent, non par manque de fertilité mais parce que des dizaines de bourgeons se disputent les mêmes litres de terre.

Diviser, c'est supprimer ce centre mort et rendre de la place aux bourgeons du pourtour. Rien d'un sauvetage : l'entretien normal d'une plante qui, dans la nature, s'étalerait au lieu de tenir dans deux mètres carrés.

Toutes les vivaces ne fonctionnent pas ainsi : celles qui poussent sur une racine pivotante ne se divisent pas du tout, et c'est là que se font les dégâts irréversibles.

Les cinq signaux qui disent que c'est le moment

Aucun de ces signaux ne se lit sur un calendrier. Ils se lisent sur la plante, en fin de saison, quand la touffe a montré ce qu'elle savait faire.

  • Le centre est dégarni, herbeux ou franchement vide, alors que le pourtour pousse dru. C'est le signal numéro un, celui qui ne trompe jamais.
  • La floraison a baissé en nombre et en taille de fleurs, deux années de suite, sans changement d'exposition.
  • La touffe s'ouvre en couronne et se couche après un orage, alors qu'elle se tenait droite trois ans plus tôt.
  • Les tiges sont plus courtes et plus fines qu'à la plantation, feuillage pâle malgré un apport de compost.
  • La touffe déborde sur ses voisines. Motif de division parfaitement valable, et occasion de revoir les volumes, ce que nous détaillons dans composer un massif de vivaces qui fleurit longtemps.

Une touffe qui fleurit bien et se tient droite n'a besoin de rien : ne la divisez que pour récupérer des plants, et sans l'arracher.

Printemps ou automne : la règle qui tranche

La règle tient en une phrase : on divise à la saison opposée à la floraison. Une plante qui fleurit, ou qui s'y prépare, envoie tout vers ses fleurs ; la déranger là coûte une année et ralentit la reprise. Cela donne deux fenêtres.

Les vivaces qui fleurissent au printemps et au début de l'été, primevères, doronics, marguerites, se divisent de la mi-septembre à la mi-octobre. Le sol reste tiède plusieurs semaines après que l'air a fraîchi, les pluies reviennent, et les racines travaillent alors que les feuilles ne demandent presque rien. C'est la meilleure fenêtre de l'année, et elle figure en bonne place dans le programme du jardin en octobre.

Celles qui fleurissent en fin d'été et en automne, asters, rudbeckias, sédums, héléniums, chrysanthèmes, plus toutes les graminées d'ornement, se divisent au démarrage de la végétation, quand les pousses font 5 à 10 centimètres : de la fin février dans le Midi à la mi-avril dans le nord-est et en altitude.

Les quatre situations où il faut renoncer à la date prévue

Un sol gelé en profondeur, qu'aucune bêche ne pénètre proprement. Un sol détrempé, qui colle au fer en plaques : vous le compactez et l'éclat repartira mal. Une chaleur ou une sécheresse annoncée dans les dix jours, si vous ne pouvez pas arroser. Une plante en pleine floraison, sauf à sacrifier les fleurs en cours.

Diviser, geste par geste

Comptez vingt minutes pour une touffe moyenne, et replantez dans la foulée.

À préparer avant de sortir la bêche

  • Arroser copieusement la touffe la veille si le sol est sec : une motte hydratée se sépare mieux.
  • Creuser et arroser les emplacements de replantation avant d'arracher.
  • Bêche affûtée, fourche-bêche, couteau solide ou vieille scie à pain pour les souches dures.
  • Une bâche ou une planche pour poser la motte, un linge humide pour couvrir les éclats en attente.
  • Des étiquettes, si vous divisez plusieurs variétés le même jour.

La division, du premier coup de bêche à l'arrosage

  1. Rabattez le feuillage à 10 ou 15 centimètres pour y voir clair. Au printemps, laissez les jeunes pousses intactes.
  2. Piquez la bêche verticalement tout autour, à 10 ou 15 centimètres du pourtour, sur 20 à 25 centimètres de profondeur.
  3. Faites levier depuis deux ou trois côtés, sortez la motte entière et posez-la sur la bâche.
  4. Secouez la terre, ou rincez la souche au jet si elle est compacte : vous devez voir bourgeons et racines.
  5. Séparez : à la main pour les souches souples, géraniums vivaces et asters, avec deux fourches dos à dos ou un coup de bêche franc pour les souches dures, hémérocalles, hostas et graminées.
  6. Jetez le centre ligneux et mort au compost, il ne repartira pas. Ne gardez que la couronne extérieure.
  7. Calibrez chaque éclat : 3 à 5 bourgeons et un paquet de racines gros comme le poing. Recoupez les racines cassées, pas les saines.
  8. Replantez aussitôt, collet au niveau du sol, tassez au poing, arrosez 5 à 10 litres par éclat même en terre humide, paillez sur 5 centimètres en dégageant le collet.

Plante par plante : quand diviser, tous les combien

Les périodes valent pour la France métropolitaine et se décalent de deux à trois semaines selon la région et l'année. Les fréquences sont des ordres de grandeur : votre touffe reste le meilleur juge.

VivaceMeilleure périodeTous les combienTaille de l'éclatPoint de vigilance
Aster, rudbeckia, héléniumPrintemps, au démarrage3 ans3 à 5 poussesLe centre est presque toujours à jeter
HémérocalleAutomne, ou début de printemps4 à 6 ans2 à 3 éventailsRacines charnues, couteau souvent nécessaire
HostaDébut de printemps, aux cornets4 à 5 ans2 à 3 cornetsTrancher net, sans effilocher la souche
Iris des jardins4 à 6 semaines après la floraison3 à 4 ansUn rhizome jeune et son éventailRhizome replanté affleurant, jamais enterré
Graminées d'ornementPrintemps uniquement4 à 5 ansGros comme le poing minimumUne division d'automne est souvent fatale
Géranium vivaceAutomne ou printemps3 à 4 ansÀ la main, sans outilTrès tolérant, division facile
Sédum d'automnePrintemps3 à 4 ans3 poussesLa touffe qui s'ouvre est le signal typique
HeuchèrePrintemps3 ansRosette avec ses racinesReplanter un peu plus bas, la souche se déchausse
Achillée, népéta, agastachePrintemps ou automne2 à 3 ans3 à 5 poussesS'épuisent vite, division fréquente
Ciboulette, ciboulePrintemps ou automne2 à 3 ansTouffe de 10 à 15 bulbesRabattre le feuillage avant d'arracher
Primevère, doronicJuste après la floraison2 à 3 ansUne rosette et ses racinesArroser jusqu'à l'automne si le printemps est sec
Fougère de jardinPrintemps, aux crosses4 à 5 ansUn éventail par éclatNe jamais laisser la souche sécher
AgapanthePrintemps5 à 6 ansGrosse motteFleurit mieux à l'étroit, ne pas diviser souvent

Deux lignes méritent qu'on s'y arrête. Les graminées d'ornement sont la première cause d'échec des divisions d'automne : leur souche coupée en octobre reste inerte dans un sol froid et humide, et pourrit. Attendez les pousses de printemps, vous verrez aussi beaucoup mieux où couper. Les iris des jardins, eux, se divisent en plein été : le rhizome se replante à moitié sorti de terre, feuillage raccourci en éventail, et refleurit dès l'année suivante s'il prend le soleil.

Les vivaces qu'il ne faut pas diviser, et ce qu'on fait à la place

Certaines plantes ne forment pas une touffe mais un pivot, une racine unique et profonde. Les couper en deux ne donne pas deux plantes, mais deux blessures. Le pavot d'Orient, le gypsophile, le lupin, l'acanthe et les euphorbes vivaces sont dans ce cas : on les multiplie par bouture de racine ou par semis.

Les sous-arbrisseaux posent un autre problème. Lavande, romarin, thym, santoline ont une base ligneuse : ouverte en deux, elle ne cicatrise pas et les deux moitiés dépérissent. Ces plantes se bouturent en été, et se remplacent quand la souche se dégarnit, comme l'explique la fiche de la lavande et sa conduite.

Les bulbeuses ne se divisent pas non plus : on sépare les caïeux, ces jeunes bulbes formés contre le bulbe mère, au repos, feuillage complètement jaune.

Reste le cas de la pivoine herbacée. Elle se divise, mais rarement, en septembre, 3 à 5 yeux par éclat, yeux replantés à 3 centimètres sous la surface au maximum : plus profond, elle ne fleurit plus. Comptez deux à trois ans de bouderie, ce qui explique pourquoi les vieilles touffes de pivoine restent en place le plus longtemps possible.

Les six semaines qui décident de la reprise

Un éclat replanté n'a plus qu'une fraction des racines qui alimentaient la touffe. C'est cette période, pas la découpe, qui décide du résultat.

L'eau d'abord. Arrosez 5 à 10 litres par éclat à la plantation, puis tous les trois à cinq jours pendant un mois s'il ne pleut pas. Une division d'automne en demande beaucoup moins, sauf en septembre sec, cas fréquent et principale cause d'échec de l'arrière-saison.

Pas d'engrais azoté. Une poignée de compost mûr mélangée à la terre du trou suffit. L'azote pousse la plante à faire des feuilles alors qu'elle doit fabriquer des racines.

De l'ombre les premiers jours si le temps est ensoleillé : un cageot retourné ou un voile pendant trois à cinq jours réduit nettement le flétrissement, qui reste normal et ne signe pas un échec.

Un contrôle en fin d'hiver sur les divisions d'automne : les alternances gel-dégel soulèvent les mottes récentes, racines à l'air. En février, retassez du pied ce qui a bougé et remettez du paillage.

Ce qui doit alerter : une souche molle et brune au collet, signe de pourriture par excès d'eau ou plantation trop profonde, et l'absence totale de pousse six semaines après une division de printemps, presque toujours un éclat sans bourgeon. Dans les deux cas, recommencez sur une autre partie de la touffe mère.

Côté floraison : une division d'automne refleurit en général dès la saison suivante, une division de printemps sur une vivace d'automne fleurit le même été, plus tard et moins fort, et une pivoine se fait attendre deux à trois ans.

Le plan à suivre ce week-end

Faites le tour du massif avec un carnet et notez, touffe par touffe, deux choses : l'état du centre et la saison de floraison. Celles dont le centre est dégarni ou dont la floraison baisse passent sur la liste ; les autres attendront.

Triez la liste en deux colonnes : floraison de printemps au chantier de septembre-octobre, floraison d'été et d'automne plus graminées en mars ou avril. Rayez les sous-arbrisseaux, les bulbeuses et les plantes à pivot, qui relèvent d'autres techniques.

Le jour venu : arrosez la veille, creusez les trous avant d'arracher, gardez la seule couronne extérieure, calibrez à 3 à 5 bourgeons et un poing de racines, replantez collet au ras du sol, arrosez, paillez. Rempotez le surplus, il comblera un trou dans six mois. Et si vous ne retenez qu'une chose : ce qui coûte une saison, ce n'est jamais le coup de bêche, c'est un quart d'heure de racines nues au soleil.

Questions fréquentes

Peut-on diviser une vivace en pleine floraison ?

Techniquement oui, mais vous perdez la floraison en cours et la reprise est plus lente, parce que la plante consacre son énergie à ses fleurs au lieu de refaire des racines. Si vous n'avez que ce moment de libre, rabattez toutes les tiges florales avant d'arracher, divisez, replantez et arrosez copieusement. Le résultat sera correct, simplement moins beau cette année. Une exception connue : les iris des jardins se divisent justement après leur floraison, en juin ou juillet.

Quelle taille doit faire un éclat pour refleurir l'année suivante ?

Visez un morceau portant 3 à 5 bourgeons ou pousses, avec un volume de racines de la taille d'un poing. C'est le seuil qui fait la différence entre une plante qui refleurit dès la saison suivante et un fragment qui met deux ans à se refaire. Les éclats à une seule pousse fonctionnent, mais ils sont fragiles au premier été sec et il vaut mieux les élever un an en pot avant de les mettre au massif.

Faut-il rabattre le feuillage avant de diviser ?

Oui pour une division d'automne sur une touffe qui a poussé toute la saison : coupez les tiges à 10 ou 15 centimètres, vous verrez ce que vous faites et la plante perdra moins d'eau le temps de refaire ses racines. Non au printemps, quand les pousses sortent tout juste : elles font quelques centimètres, elles ne pompent presque rien, et les abîmer coûterait plus cher que de les garder.

Une division d'automne risque-t-elle de geler l'hiver suivant ?

Le froid sec est rarement le vrai coupable. Ce qui tue un jeune éclat, c'est l'excès d'eau en terre lourde, puis le déchaussement provoqué par les alternances gel-dégel qui soulèvent la motte hors du sol. Divisez assez tôt pour laisser environ six semaines d'enracinement, plantez sans creux qui retient l'eau, paillez de 5 centimètres et retassez du pied en fin d'hiver. En sol argileux froid, la division de printemps reste plus sûre.

Que faire des éclats dont je n'ai pas l'usage ?

Rempotez-les le jour même dans un mélange moitié terre de jardin, moitié terreau, dans un pot juste assez grand pour les racines. Placez-les à mi-ombre, arrosez, et ils attendront des semaines sans souffrir. C'est le stock idéal pour combler un trou en cours de saison, pour un troc de plantes ou pour un voisin. Si vous ne pouvez pas rempoter tout de suite, mettez-les en jauge, racines couvertes de terre meuble, et plantez sous quelques jours.

Ma vivace divisée n'a rien donné au printemps, que s'est-il passé ?

Quatre causes couvrent presque tous les cas. L'éclat ne portait aucun bourgeon, seulement des racines. Le collet a été enterré trop profond et a pourri pendant l'hiver. Les racines ont séché au soleil avant la replantation, parfois en quelques minutes de vent. Ou le sol est resté gorgé d'eau tout l'hiver. Grattez la terre à l'emplacement : si vous trouvez une souche molle et brune, c'est la pourriture ; si vous ne trouvez rien du tout, l'éclat était trop petit.

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