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Planter un arbre fruitier : les règles qui comptent vraiment

Un fruitier se joue à la plantation : le choix du porte-greffe, la profondeur du point de greffe et les deux premiers étés d'arrosage décident de vingt ans de récoltes. Voici ce qui compte, et dans quel ordre.

Jeune scion à racines nues dans un trou fraîchement creusé, tuteur en bois et bêche posés sur la terre sombre

L'essentiel

  • Le porte-greffe, pas la variété, fixe la taille adulte : de 2,5 m pour un fuseau à plus de 10 m pour une haute-tige sur franc, avec des distances de plantation de 3 m à 10 m.
  • Un plant à racines nues se plante de novembre à mars hors gel, coûte deux à trois fois moins cher qu'un conteneur et reprend mieux.
  • Le point de greffe reste 5 à 10 cm au-dessus du sol fini : enterré, l'arbre s'affranchit, perd son nain de porte-greffe et double de volume.
  • Trou large de 80 à 100 cm et profond de 40 à 50 cm, sans fumier frais au contact des racines : c'est la largeur qui compte, pas la profondeur.
  • Comptez 20 à 30 litres par semaine et par arbre les deux premiers étés sans pluie, et supprimez les fruits la première année.

Un arbre fruitier se joue en une matinée, et se paie pendant vingt ans. Trois décisions prises avant même de creuser, le porte-greffe, l'emplacement et la profondeur du point de greffe, pèsent bien plus lourd que tout ce que vous ferez ensuite à la taille. Voici comment les prendre, dans l'ordre, avec les chiffres qui vont avec.

Le porte-greffe décide de la taille adulte, pas la variété

Un fruitier de pépinière est un assemblage : une variété greffée sur un système racinaire d'une autre origine, le porte-greffe. La variété donne le fruit. Le porte-greffe donne la vigueur, la taille finale, la précocité de mise à fruit, la tolérance au calcaire et à l'excès d'eau. Deux Reinettes du même lot, l'une sur M9 et l'autre sur franc, feront l'une un arbuste de 2,5 m et l'autre un arbre de 10 m.

C'est donc la première question à poser au pépiniériste, avant la variété : sur quoi est-il greffé. L'étiquette le mentionne presque toujours. Pour le pommier, on rencontre couramment M9 et M26 (faible vigueur), MM106 (moyenne) et le franc de semis (forte). Pour le cerisier, Gisela 5 est faible, Colt intermédiaire, le merisier franc très vigoureux. Pour le prunier et l'abricotier, Saint-Julien freine, le myrobolan pousse. Pour le poirier, le cognassier réduit la taille et avance la production, mais jaunit en sol très calcaire.

FormeVigueur du porte-greffeHauteur adulteDistance entre arbresPremières récoltesTuteur
Cordon, U simpleFaible2 à 2,5 m0,8 à 1,5 m2 à 3 ansPalissage permanent
Palmette, espalierFaible à moyenne2 à 3 m3 à 4 m2 à 4 ansPalissage permanent
Fuseau, quenouilleFaible2,5 à 3,5 m2,5 à 3 m2 à 3 ansTuteur permanent
GobeletMoyenne3,5 à 4,5 m4 à 5 m3 à 5 ans3 à 4 ans
Demi-tigeMoyenne à forte5 à 7 m6 à 8 m4 à 6 ans3 à 4 ans
Haute-tigeForte, franc8 à 12 m8 à 10 m6 à 10 ans3 à 5 ans, fort

Le tableau se lit d'abord par la colonne des distances. Dans un jardin de ville, une haute-tige de pommier n'a tout simplement pas sa place : à maturité, elle occupe l'équivalent d'une petite parcelle et impose des interventions en hauteur qui relèvent du professionnel. À l'inverse, un fuseau sur porte-greffe faible ne tient debout que tuteuré à vie, son enracinement restant superficiel toute son existence.

Racines nues ou conteneur : le vrai arbitrage

Les deux formes de vente ne s'adressent pas au même jardinier ni à la même saison. La différence de prix est nette, celle de reprise aussi, et pas dans le sens qu'on imagine.

Racines nues ou conteneur ?

Racines nues

  • Disponible de novembre à mars seulement
  • Deux à trois fois moins cher à taille égale
  • Racines visibles, donc vérifiables
  • Reprise excellente si planté pendant le repos
  • Choix de variétés et de porte-greffes bien plus large
  • Doit être planté dans les jours qui suivent l'achat

Conteneur

  • Disponible toute l'année
  • Prix élevé, surtout en gros sujets
  • Enracinement invisible, parfois en chignon
  • Reprise correcte, mais motte souvent réticente à s'ouvrir
  • Choix limité aux valeurs sûres
  • Peut attendre quelques semaines, arrosé

Le plant à racines nues gagne presque toujours quand vous plantez en hiver. Vous voyez ce que vous achetez : un chevelu abondant, des racines souples et claires à la coupe, pas de moignons noirs. Un conteneur se justifie surtout hors saison, ou pour un sujet déjà formé qu'on veut installer sans attendre.

La bonne fenêtre, du Midi à la montagne

La règle tient en un dicton qui n'a pas vieilli : à la Sainte-Catherine, le 25 novembre, tout bois prend racine. Planter tôt en automne laisse à l'arbre trois à quatre mois pour émettre des radicelles dans une terre encore tiède, avant que la végétation ne reparte.

Deux conditions passent avant la date. Le sol ne doit être ni gelé ni détrempé : une terre qui colle à la bêche en plaques compactes se structure mal autour des racines et se referme en béton au printemps. Si le plant arrive à racines nues et que la météo interdit de planter, mettez-le en jauge, racines couchées dans une tranchée et couvertes de terre fine, à l'abri du vent. Il attendra ainsi plusieurs semaines sans dommage. Le programme complet de la saison figure dans notre page au jardin en novembre.

Le trou et la profondeur : deux erreurs qui coûtent dix ans

Le trou de plantation sert à offrir aux racines une zone meuble où s'étendre horizontalement, pas un puits. C'est la largeur qui décide, pas la profondeur : la majorité des racines actives d'un fruitier adulte se tiennent dans les quarante premiers centimètres.

La plantation, geste par geste

  1. Creusez large : 80 à 100 cm de diamètre, 40 à 50 cm de profondeur, en réservant la terre de surface d'un côté et la terre du fond de l'autre.
  2. Ameublissez le fond à la fourche-bêche, sans retourner ni remonter le sous-sol, pour rompre la semelle laissée par l'outil.
  3. Enfoncez le tuteur maintenant, avant l'arbre, du côté des vents dominants, à 10 cm de l'axe et sur 50 à 60 cm de profondeur.
  4. Rafraîchissez les racines à la cisaille, en supprimant les extrémités cassées ou noircies, puis pralinez : un tiers de terre argileuse, un tiers de compost mûr, de l'eau, jusqu'à obtenir une crème épaisse.
  5. Présentez l'arbre, étalez les racines en étoile sur un petit cône de terre, et posez un manche de bêche en travers du trou pour contrôler le niveau du collet.
  6. Rebouchez avec la terre de surface d'abord, en secouant légèrement l'arbre pour que la terre descende entre les racines, puis tassez fermement au pied, sans écraser.
  7. Formez une cuvette de 5 à 10 cm de profondeur au diamètre du trou, puis arrosez de 20 à 30 litres, même si la terre est humide et même en décembre.

L'arrosage de plantation n'a pas pour but d'abreuver l'arbre. Il sert à faire descendre la terre au contact de chaque racine et à chasser les poches d'air, celles qui dessèchent les radicelles pendant l'hiver. C'est la raison pour laquelle on ne le saute jamais, quelle que soit la saison.

Le point de greffe reste dehors

Le point de greffe est le renflement visible sur le tronc, à quelques centimètres au-dessus des racines. Il doit rester 5 à 10 cm au-dessus du niveau du sol une fois la terre tassée. Enterré, la variété greffée émet ses propres racines au-dessus du bourrelet : l'arbre s'affranchit, le porte-greffe cesse de contrôler la vigueur et un fuseau prévu pour 3 m part vers 7 m, sans jamais donner ce qu'on attendait de lui.

L'erreur symétrique existe : planter trop haut, collet à l'air, racines affleurantes qui sèchent au premier coup de vent d'est. Le repère juste est le collet, la zone d'évasement entre tronc et racines, qui doit se situer au ras du sol fini, en gardant à l'esprit que la terre se tasse encore de 3 à 5 cm dans les mois qui suivent.

Tuteur, cuvette et paillage : la demi-heure d'après

Un arbre qui bouge au vent casse ses radicelles neuves en permanence et met deux saisons à démarrer. Le tuteur ne le porte pas, il l'empêche de pivoter dans son trou. Un piquet unique, incliné ou vertical, suffit pour un scion ; deux piquets reliés par une traverse tiennent mieux une demi-tige exposée au vent.

L'attache se fait en huit, lien souple croisé entre le tronc et le tuteur, jamais serré à même l'écorce. Contrôlez-la deux fois par an : un lien oublié qui s'incruste étrangle le tronc en trois ou quatre ans, et la marque reste à vie. Sur les formes de vigueur moyenne, retirez le tuteur au bout de trois à quatre ans, quand l'arbre ne bouge plus si vous le poussez à hauteur d'épaule. Sur un fuseau à faible vigueur, il reste à demeure.

Une protection basse du tronc se justifie en zone à lièvres, lapins ou chevreuils : un manchon grillagé ajouré, jamais un manchon plastique fermé qui condense. Et si la parcelle est enherbée, désherbez ou paillez un vrai rond d'un mètre : l'herbe au pied d'un jeune fruitier lui prend son eau et son azote, et coûte facilement une saison de croissance.

Pollinisation : l'arbre seul qui ne donne rien

C'est la déception classique de la cinquième année : un pommier magnifique, couvert de fleurs, et trois pommes. Beaucoup d'espèces sont autostériles, c'est-à-dire incapables de féconder leurs propres fleurs. Il leur faut une seconde variété compatible, fleurissant à la même période, plantée assez près.

EspèceAutofertile ?Ce qu'il faut prévoir
Pêcher, nectarineOuiUn seul arbre suffit
AbricotierLe plus souventUn second sujet améliore la nouaison
FiguierOui, pour les variétés de jardin courantesUn seul suffit
CognassierOuiUn seul suffit
Griottier, cerise acideOuiUn seul suffit
PommierNonUne seconde variété à floraison simultanée, à moins de 30 m
PoirierNonUne seconde variété de poirier, un pommier ne convient pas
Cerisier doux, bigarreauRarementUne variété pollinisatrice compatible, sauf variétés dites autofertiles
PrunierSelon la variétéÀ vérifier sur la fiche variétale du pépiniériste
NoisetierNonUne deuxième variété plantée à proximité
KiwiNon, pieds mâles et femelles séparésUn pied mâle pour cinq à six pieds femelles

Trois précisions utiles. Un pommier d'ornement à petits fruits fait un excellent pollinisateur de pommiers et occupe peu de place. Un arbre du voisinage, à moins d'une cinquantaine de mètres, remplit souvent l'office sans que vous ayez rien à planter. Enfin, la compatibilité des cerisiers doux obéit à des groupes précis : demandez explicitement au pépiniériste quelle variété pollinise celle que vous achetez, cette information ne s'improvise pas. La fiche du pommier détaille les périodes de floraison qui doivent se recouvrir.

Les deux premiers étés font l'arbre

Un fruitier planté est un arbre en convalescence : il a perdu une partie de ses racines et doit reconstruire son chevelu avant de pouvoir pousser. Cette phase dure deux saisons, parfois trois sur les sols secs.

L'arrosage se raisonne en volume et en espacement, pas en fréquence. Comptez 20 à 30 litres par arbre et par semaine sans pluie, du printemps à la fin août, versés d'un coup dans la cuvette pour descendre en profondeur. Dix litres tous les deux jours produiraient l'effet inverse : un enracinement de surface qui rendra l'arbre fragile pendant des années. La troisième année, espacez à un apport toutes les deux ou trois semaines en été. Un sujet de plus de trois ans correctement installé se passe ensuite d'arrosage, sauf sécheresse exceptionnelle.

Les trois réflexes des deux premières années

  • Supprimer les fleurs ou les jeunes fruits la première année, et l'essentiel la deuxième : un arbre qui fructifie ne construit pas sa charpente.
  • Maintenir le rond nu ou paillé sur un mètre de diamètre, sans herbe ni tondeuse au ras du tronc.
  • Vérifier les liens du tuteur au printemps et à l'automne, et desserrer avant qu'ils ne marquent.

La taille de formation commence dès la première année pour les formes conduites, gobelet ou fuseau, et détermine la charpente définitive. Elle relève d'une logique propre à chaque espèce, que nous détaillons pour le cas le plus courant dans tailler un pommier, de la formation à la fructification. Une seule règle vaut pour tous : sur un jeune arbre, on taille peu et on arque beaucoup, car une branche ramenée à l'horizontale fructifie et une branche verticale pousse.

Un dernier point est souvent ignoré. Ne replantez pas un fruitier à l'emplacement exact d'un arbre de la même famille arraché récemment : la fatigue du sol, phénomène bien connu sur pommier et poirier, freine durablement les jeunes plants. Décalez de quelques mètres, ou changez de famille botanique, ou laissez la place au repos plusieurs années.

Le jour de la plantation, dans l'ordre

Avant de sortir la bêche, vérifiez trois choses sur le papier : la distance entre arbres autorisée par le porte-greffe, la présence d'un pollinisateur si l'espèce en réclame un, et le drainage réel de l'emplacement, testé au trou d'eau. Ces trois points ne se rattrapent pas après coup.

Le jour même, l'ordre compte : creuser large plutôt que profond, planter le tuteur avant l'arbre, praliner les racines nues, étaler les racines en étoile, contrôler que le point de greffe dépasse de 5 à 10 cm, reboucher avec la terre de surface, tasser au pied, former une cuvette et arroser 20 à 30 litres. Paillez ensuite sur un mètre en laissant le collet dégagé.

Puis tenez deux promesses : arroser 20 à 30 litres par semaine pendant les deux premiers étés sans pluie, et sacrifier les premiers fruits. Un arbre à qui l'on a laissé le temps de faire ses racines rattrape en trois ans celui qu'on a fait produire trop tôt, et le dépasse ensuite pendant vingt ans.

Questions fréquentes

Peut-on planter un arbre fruitier au printemps ou en été ?

En conteneur, oui, toute l'année hors gel et hors canicule, mais une plantation de mai à septembre vous engage à arroser sérieusement tout l'été, chaque semaine, sans exception. À racines nues, non : le plant n'a plus de motte et ses radicelles sèchent en quelques heures, il faut le mettre en terre pendant le repos végétatif, de novembre à mars. Si vous hésitez, attendez l'automne suivant plutôt que de planter en avril un arbre que vous ne pourrez pas suivre.

Faut-il mettre du fumier ou du compost au fond du trou ?

Pas de fumier frais, jamais au contact des racines : il fermente, chauffe et brûle les radicelles au moment précis où elles doivent repartir. Un compost bien mûr, en revanche, se mélange sans risque à la terre de rebouchage, dans une proportion d'un tiers au maximum. Le meilleur geste reste d'ameublir le fond du trou à la fourche-bêche sans remonter le sous-sol, puis de reboucher avec la terre du jardin, à peine enrichie. Un trou trop riche crée un pot de fleurs dont les racines refusent de sortir.

Mon terrain est lourd et gorgé d'eau l'hiver, que faire ?

Testez avant de creuser : un trou de 40 cm rempli d'eau qui ne s'est pas vidé au bout de vingt-quatre heures signale un vrai problème de drainage. Dans ce cas, plantez sur une butte de 30 à 40 cm de haut et de 1,5 m de large, avec le collet nettement au-dessus du niveau général. Choisissez aussi les espèces en conséquence : le poirier et le prunier sur myrobolan tolèrent l'humidité, le cerisier et l'abricotier la supportent mal et dépérissent en quelques années.

Quelle distance faut-il respecter par rapport au terrain voisin ?

Le Code civil, à son article 671, impose deux mètres de la limite séparative pour toute plantation destinée à dépasser deux mètres de haut, et cinquante centimètres pour les autres, sauf usage local ou règlement contraire. Cette distance légale est un minimum, pas une recommandation agronomique : une haute-tige plantée à deux mètres de la clôture débordera largement chez le voisin. Renseignez-vous en mairie sur les usages locaux avant de creuser, et repérez les réseaux enterrés.

Faut-il tailler l'arbre au moment de la plantation ?

Les racines, oui : on rafraîchit à la cisaille les extrémités abîmées ou déchirées, sans raccourcir les grosses racines saines. Les branches, cela dépend du plant. Un scion d'un an, simple tige sans ramification, se rabat à la hauteur où vous voulez voir partir les futures charpentières, souvent 70 à 90 cm pour un gobelet. Un arbre déjà formé en pépinière ne demande qu'un nettoyage des rameaux cassés ou mal placés. Une taille lourde sur un sujet déjà branché retarde la mise à fruit.

Au bout de combien de temps récolte-t-on vraiment ?

Cela dépend presque uniquement du porte-greffe et de la forme. Un fuseau ou une palmette sur porte-greffe faible donne ses premiers fruits deux à trois ans après la plantation, quelques kilos au début. Un gobelet de vigueur moyenne démarre vers la troisième ou quatrième année. Une haute-tige sur franc, celle qui fera un vrai arbre de verger, demande six à dix ans avant une récolte digne de ce nom, puis produit pendant des décennies. Le choix se fait donc autant sur votre horizon que sur la place disponible.

Les fiches plantes du sujet

Cerisier

Prunus avium

  • Plein soleil
  • Demande de la main

Figuier

Ficus carica

  • Plein soleil
  • Facile

Fraisier

Fragaria x ananassa

  • Plein soleil
  • Facile

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