Cerisier : planter, tailler en vert, récolter en juin
Prunus avium , famille des Rosacées
Un cerisier vit trente ans et demande peu, mais il ne pardonne pas trois erreurs : un sol qui retient l'eau, un pollinisateur absent dans le voisinage, et un coup de sécateur donné en hiver.

Le calendrier de la cerisier
- Plantation novembre à mars
- Floraison mars à avril
- Taille juin à août
- Récolte juin à juillet
L'essentiel
- Plantez à racines nues de novembre à mars, hors gel, en laissant le point de greffe bien dégagé au-dessus du sol.
- La plupart des cerisiers doux sont autostériles : sans une seconde variété compatible fleurissant en même temps à proximité, l'arbre fleurit magnifiquement et ne noue presque rien.
- La taille se fait en été, après la récolte : une plaie ouverte en hiver sur un fruitier à noyau appelle la gommose et le chancre bactérien.
- La floraison de mars ou avril est le point faible du verger, une nuit à moins deux degrés sur fleurs ouvertes suffit à supprimer la récolte.
- Les variétés précoces récoltées avant la mi-juin échappent en grande partie à la mouche de la cerise, qui pond sur les fruits en cours de coloration.
Un cerisier bien placé produit trente ans en ne demandant presque rien. Tout se décide avant de creuser le trou : le porte-greffe, qui fixe la taille adulte et donc votre capacité à récolter et à protéger l'arbre, et la présence d'un pollinisateur dans le voisinage. Suivent deux règles courtes, jamais de taille en hiver, jamais d'arrosage lourd à l'approche de la maturité.
Planter : la période, le trou, la place
Le cerisier se plante à racines nues entre novembre et mars, hors gel et hors sol détrempé. Novembre est la meilleure fenêtre : la terre est encore tiède, les racines émettent des radicelles avant l'hiver, et l'arbre démarre au printemps avec plusieurs semaines d'avance sur un plant de mars.
Il lui faut le plein soleil, six heures au minimum, et un sol profond, meuble, franchement drainé. Le calcaire ne le gêne pas, mais l'eau stagnante le tue : une argile gorgée tout l'hiver asphyxie les racines et déclenche les écoulements de gomme. Si votre terre garde des flaques deux jours après une pluie, plantez sur une butte de 30 à 40 cm.
Ouvrez un trou d'environ 60 cm de côté sur 50 cm de profondeur, décompactez le fond sans y enfouir de compost frais, rafraîchissez les racines cassées au sécateur et plantez le tuteur avant de reboucher. Placez l'arbre de façon que le point de greffe reste 5 à 10 cm au-dessus du sol fini : enterré, il émet ses propres racines et l'effet du porte-greffe disparaît. Finissez par une cuvette et 20 à 30 litres d'eau, même sous la pluie.
La place se réfléchit à trente ans, pas à trois. Sur porte-greffe vigoureux de type merisier, comptez 7 à 8 m entre deux arbres et autant d'une terrasse. Sur porte-greffe faible, 4 à 5 m suffisent et la récolte se fait depuis le sol, ce qui change tout au moment de poser le filet. Le semis de noyau ne reproduit pas la variété récoltée, c'est pourquoi ces semis servent de porte-greffes. Le reste des règles est dans notre dossier sur la plantation d'un arbre fruitier.
| Étape | Période | Repère technique |
|---|---|---|
| Plantation racines nues | Novembre à mars | Hors gel, point de greffe dégagé de 5 à 10 cm |
| Floraison | Mars à avril | Fleurs détruites vers moins deux degrés |
| Grossissement des fruits | Avril à juin | Pas d'apport d'eau massif en fin de période |
| Récolte | Juin à juillet | Fruit coloré à coeur, goûté avant la cueillette |
| Taille | Juin à août | Après récolte, par temps sec, coupes fines |
Un cerisier seul ne donne souvent rien
C'est la découverte que beaucoup font la quatrième année, devant un arbre couvert de fleurs et vide de fruits : la plupart des cerisiers doux sont autostériles, leur pollen ne féconde pas leurs propres fleurs. Il leur faut une seconde variété, compatible et fleurissant en même temps, à quelques dizaines de mètres au plus.
La fécondation dépend aussi des insectes : une floraison prise dans une semaine froide et pluvieuse, abeilles au repos, noue peu même avec le bon pollinisateur à dix mètres.
Arroser et nourrir avec parcimonie
Les deux ou trois premiers étés décident de l'enracinement. Apportez 15 à 20 litres par arrosage, tous les huit à dix jours en période sèche, en une fois et au pied. Un paillis en couronne, un mètre de rayon, 6 à 8 cm d'épaisseur, collet dégagé, limite l'évaporation et l'herbe.
Passé ce cap, un cerisier établi se passe d'arrosage sauf sécheresse sévère. Deux à trois centimètres de compost mûr étalés à l'automne sous la couronne couvrent l'année. L'azote en excès donne exactement ce qu'on ne veut pas : pousses tendres, pucerons noirs, mise à fruit retardée, sensibilité à la gommose.
Tailler après la récolte, jamais en hiver
C'est la règle qui sépare un cerisier sain d'un cerisier qui pleure la gomme. Les fruitiers à noyau cicatrisent mal les plaies faites en période humide, quand les spores de monilia et les bactéries du chancre circulent. La taille se fait donc de juin à août, après la récolte, par temps sec et avec quelques jours sans pluie devant soi : c'est le principe de la taille en vert des fruitiers.
Les premières années, formez une charpente simple : trois à quatre branches bien réparties, un centre ouvert, rien d'autre. Ensuite, la taille se limite au bois mort, aux branches qui se croisent, à celles qui plongent vers l'intérieur et aux gourmands verticaux. Ne raccourcissez pas systématiquement les rameaux : le cerisier fructifie sur des bouquets de mai, ces organes courts qui portent plusieurs années de suite, et sur le bois de l'année précédente. Les rabattre revient à couper la récolte.
Gardez les coupes sous 3 à 5 cm de diamètre : une petite branche retirée chaque année vaut mieux qu'une charpentière tous les dix ans, car une large plaie ne se referme jamais.
Récolter en juin et juillet
La cerise ne mûrit plus après la cueillette. Elle se récolte pleinement colorée pour la variété, ferme et brillante, et la seule vérification qui vaille est de goûter un fruit par branche. Cueillez avec le pédoncule : arrachée sans queue, la cerise se déchire, s'oxyde et ne tient pas quarante-huit heures.
Récoltez par temps sec, le matin après évaporation de la rosée, et gardez les fruits trois à cinq jours au frais, non lavés, à plat sur une seule couche. Les précoces se cueillent en juin, les tardives jusqu'en juillet, avec une à trois semaines de décalage entre le Midi et la moitié nord ou l'altitude. Ce décalage compte : les précoces échappent en grande partie à la mouche de la cerise, qui pond sur les fruits en cours de coloration à partir de la mi-juin.
Les problèmes courants, du plus fréquent au plus grave
| Symptôme | Cause probable | Réponse |
|---|---|---|
| Fleurs et jeunes rameaux brunis qui restent accrochés | Monilia | Couper 15 à 20 cm sous la limite du bois sain, par temps sec |
| Gomme ambrée qui suinte du tronc ou d'une branche | Gommose, après une plaie d'hiver ou sur sol asphyxiant | Corriger le drainage, ne tailler qu'en été |
| Bouts de rameaux enroulés et poisseux, fourmis en va-et-vient | Puceron noir du cerisier | Jet d'eau, pincement des pousses, arrêt de l'azote |
| Chair molle autour du noyau, petit asticot blanc | Mouche de la cerise | Sortir les fruits tombés, préférer les variétés précoces |
| Fruits fendus juste avant la cueillette | Pluie ou arrosage sur fruits mûrs | Récolter en avance si un orage arrive |
| Fruits disparus en deux jours, noyaux au sol | Merles et étourneaux | Filet à mailles fines posé avant la coloration |
| Chancres suintants, dépérissement d'une branche entière | Chancre bactérien | Supprimer la partie atteinte en été, désinfecter la lame |
Deux accidents se confondent : le monilia et le gel de floraison brunissent tous les deux les fleurs. Le gel frappe d'un coup, partout à la même hauteur, et les fleurs tombent. Le monilia progresse sur quelques jours, dessèche le rameau, et les organes morts restent accrochés tout l'été. Ce sont ces fleurs momifiées qui ne tombent pas qui tranchent.
La prophylaxie fait le gros du travail : ramassage des fruits momifiés, coupe des rameaux atteints, outils désinfectés, taille estivale. Si vous envisagez un traitement, vérifiez qu'il est autorisé sur cerisier et respectez les mentions de l'étiquette, notamment le délai avant récolte. Le reste est détaillé dans notre dossier sur les maladies des arbres fruitiers.
Ce qui pousse au pied, et ce qui n'y pousse pas
Le cerisier n'a pas de compagnon utile au sens du potager, mais son pied se gère. Les trois premières années, gardez un cercle d'un mètre de rayon propre et paillé : l'herbe au ras du tronc concurrence les jeunes racines et attire la débroussailleuse, qui blesse l'écorce et ouvre la porte au chancre.
Sous un arbre adulte, l'ombre est dense de mai à octobre et le sol s'assèche : les bulbes de printemps et les vivaces d'ombre, qui travaillent avant la feuillaison, s'en accommodent, un carré de légumes non. Ne replantez pas non plus à l'emplacement exact d'un cerisier arraché, le sol y garde une fatigue qui pénalise le jeune sujet.
Les cinq décisions qui font la différence
Choisissez le porte-greffe selon la hauteur que vous pourrez réellement gérer, filet compris. Vérifiez le pollinisateur avant d'acheter, pas après la première floraison sans fruits. Plantez en novembre, sur une butte si votre terre retient l'eau, point de greffe dégagé. Réservez le sécateur à l'été, juste après la récolte. Et acceptez qu'une nuit d'avril emporte tout de temps en temps : c'est le prix d'un arbre qui fleurit tôt et qui produira longtemps.
Questions fréquentes
Faut-il deux cerisiers pour avoir des cerises ?
Dans la majorité des cas, oui. La plupart des cerisiers doux sont autostériles : leur pollen ne féconde pas leurs propres fleurs. Il leur faut une seconde variété compatible, qui fleurisse au même moment, plantée dans le voisinage immédiat, quelques dizaines de mètres au plus. Certaines variétés sont autofertiles et se passent de partenaire, et les griottiers acides le sont souvent aussi. Demandez explicitement au pépiniériste quel pollinisateur va avec la variété choisie : certaines paires sont mutuellement incompatibles malgré une floraison simultanée.
Pourquoi mon cerisier fleurit-il sans donner de fruits ?
Trois causes, dans cet ordre. D'abord la pollinisation : pas de variété compatible à proximité, ou trop peu d'abeilles en vol parce que la floraison est tombée sur une semaine froide et pluvieuse. Ensuite le gel : une nuit à moins deux degrés sur fleurs ouvertes détruit les ovaires sans que les pétales paraissent abîmés sur le moment. Enfin la jeunesse de l'arbre, qui met trois à cinq ans avant de produire vraiment. Un excès d'azote allonge encore cette attente.
Quand tailler un cerisier ?
Entre juin et août, juste après la récolte, par temps sec et sur quelques jours sans pluie annoncée. Les fruitiers à noyau cicatrisent mal les plaies faites pendant le repos hivernal, période humide où les spores de monilia et les bactéries du chancre circulent. Enlevez le bois mort, les branches qui se croisent et celles qui rentrent vers le centre. Limitez le diamètre des coupes : mieux vaut retirer une petite branche chaque année qu'une grosse charpentière tous les dix ans.
Pourquoi les cerises éclatent-elles ?
Parce qu'une pluie tombe sur des fruits presque mûrs. La peau absorbe directement l'eau, la chair gonfle plus vite que l'épiderme ne peut s'étirer, et le fruit se fend. Cela n'a rien à voir avec une maladie ni avec une erreur d'arrosage, même si un gros arrosage tardif produit le même effet et doit être évité dans les dix jours qui précèdent la cueillette. La seule parade réaliste : récolter en avance dès qu'un orage est annoncé, les fruits fendus se conservant très mal.
Combien de temps avant la première récolte ?
Comptez trois à cinq ans après la plantation d'un jeune arbre greffé, parfois davantage sur un porte-greffe vigoureux de type merisier, qui construit d'abord sa charpente. Les porte-greffes faibles entrent en production plus tôt et restent cueillables depuis le sol, au prix d'un besoin d'arrosage et d'un désherbage du pied plus suivis. Une récolte pleine, sur un arbre adulte bien pollinisé, arrive plutôt vers la huitième ou la dixième année.
Comment protéger les cerises des oiseaux ?
Le filet à mailles fines reste la seule méthode vraiment efficace, posé avant que les fruits ne commencent à rougir, tendu sur une structure plutôt que jeté sur le feuillage pour que les oiseaux ne picorent pas à travers. Vérifiez qu'aucun animal ne peut s'y prendre. Les effaroucheurs brillants ou sonores fonctionnent quelques jours, le temps que merles et étourneaux comprennent. Sur un grand sujet, le filet devient impraticable : il faut accepter de partager, ou choisir une forme basse dès la plantation.
Les dossiers qui vont avec
Toute la rubriqueTailler un rosier sans le mutiler : la coupe, la hauteur, le moment
Un rosier ne meurt pas d'une taille ratée : il fleurit mal pendant deux ans. Le type de rosier, la date et les cinq millimètres au-dessus de l'oeil décident du résultat, bien avant le nombre de branches coupées.
Framboises, groseilles, cassis : le trio qui produit vite
Un fruitier se fait attendre quatre à six ans. Un framboisier planté cet hiver donne des fruits dès l'été suivant, un groseillier sa deuxième année. Reste à savoir lequel planter, où, et quel bois couper chaque hiver.
Hortensia : la couleur, la taille et l'arrosage, enfin clairs
Un hortensia qui ne fleurit pas a presque toujours été taillé au mauvais moment, et une couleur qui refuse de virer tient au pH du sol. Voici comment identifier le vôtre, le tailler juste et l'arroser sans le griller.


