Fraisier : planter, pailler, récolter, renouveler
Fragaria x ananassa , famille des Rosacées
Le fraisier est une culture facile, mais deux détails décident de tout : la saison de plantation et la hauteur du collet. Planté fin août, il donne une récolte pleine en mai ; planté en avril, il fait patienter un an.

Le calendrier de la fraisier
- Plantation avril à mai, août à octobre
- Floraison avril à mai
- Taille septembre à octobre
- Récolte mai à juillet
L'essentiel
- Une plantation entre la mi-août et la mi-octobre donne une récolte pleine dès le printemps suivant, là où une plantation de printemps fait perdre la première année.
- Le collet doit affleurer le sol : enterré il pourrit pendant l'hiver, déchaussé il sèche dès les premières chaleurs.
- Cinq centimètres de paille glissés sous les fruits font reculer d'un seul geste la pourriture grise, les limaces et les éclaboussures de terre.
- Les stolons se coupent au ras du pied pendant toute la récolte, sauf les deux ou trois gardés pour fabriquer les plants de la planche suivante.
- Un fraisier produit bien trois ans : renouveler un tiers de la fraiseraie chaque année, sur une planche neuve, évite de tout perdre en même temps.
Le fraisier ne demande presque rien, à deux conditions que la première année ignore toujours : le planter à la bonne saison, et poser son collet exactement au niveau du sol. Un plant installé fin août donne une vraie récolte dès le mois de mai suivant, un plant installé en avril donne quelques fruits et beaucoup de patience. Tout le reste tient dans un paillage et dans un sécateur passé une fois par semaine.
Planter, jamais semer
Un fraisier de jardin ne se sème pas. Les variétés cultivées sont des hybrides : leurs graines ne redonnent pas la plante mère, et les plants obtenus par semis fructifient tard, peu et de façon irrégulière. Seul le fraisier des bois, qui est une autre espèce, se ressème volontiers tout seul dans un coin frais. Vous partirez donc de plants en godet, de plants à racines nues, ou de stolons prélevés sur un pied qui vous a plu.
Deux fenêtres de plantation existent, et elles ne donnent pas du tout le même résultat.
D'août à octobre, c'est la bonne. Le sol est encore chaud, le plant fabrique ses racines pendant l'automne, passe l'hiver déjà installé et démarre au premier redoux. La récolte du printemps suivant est pleine.
En avril et en mai, c'est le rattrapage. Le plant doit s'enraciner et fructifier en même temps, ce qu'il fait mal. Pincez les premières fleurs pour lui laisser bâtir ses racines : vous perdez la petite récolte de l'année, vous gagnez la vraie l'année d'après.
Les distances comptent plus qu'on ne croit : 30 à 40 cm entre les pieds sur le rang, 50 cm entre les rangs. Serrés, les plants gardent un feuillage humide en permanence et fabriquent de la pourriture grise à la place des fruits.
| Étape | Période | Repère technique |
|---|---|---|
| Plantation d'automne | Août à octobre | Sol encore chaud, collet à ras |
| Plantation de printemps | Avril et mai | Pincer les premières fleurs |
| Floraison | Avril et mai | Fleur ouverte détruite vers -1 à -2 degrés |
| Récolte | Mai à juillet | 4 à 6 semaines après la fleur ouverte |
| Bouturage des stolons | Juin et juillet | Godet enterré, cordon coupé à 3 ou 4 semaines |
| Nettoyage annuel | Septembre et octobre | Feuilles sèches, stolons, désherbage à la main |
| Renouvellement | Tous les 3 ans | Planche neuve, jamais la même place |
Le sol, l'exposition, le précédent cultural
Six heures de soleil direct au minimum. Dans le Midi, une ombre légère l'après-midi en juillet évite les fruits cuits sur pied ; au nord de la Loire, donnez tout le soleil disponible, la maturité en dépend directement.
Le fraisier veut une terre légère, fraîche, riche en matière organique et bien drainée. Il déteste deux choses : l'eau stagnante en hiver et le calcaire. En terre lourde, plantez sur une petite butte de 10 à 15 cm de haut, elle suffit à sortir les racines des excès d'eau. En terre calcaire, le feuillage jaunit entre des nervures qui restent vertes : c'est de la chlorose, et elle se corrige par des apports réguliers de compost et de terreau de feuilles plus sûrement que par un engrais.
Le précédent cultural compte autant que le sol. N'installez pas de fraisiers là où ont poussé des fraisiers, des pommes de terre ou des tomates dans les trois dernières années : ces cultures laissent derrière elles des champignons de flétrissement qui attendent tranquillement l'hôte suivant.
Arroser, pailler, nourrir
Les racines du fraisier sont superficielles et explorent rarement au-delà de 20 à 25 cm. La plante encaisse donc mal la sécheresse et réclame des arrosages réguliers, surtout de la floraison à la fin de la récolte. Comptez 10 à 15 litres par mètre carré et par semaine en pleine production, à fractionner en deux apports par forte chaleur.
Arrosez au pied, au goulot ou au goutte-à-goutte, jamais sur le feuillage et surtout jamais sur les fruits. Une fraise mouillée le soir est une fraise grise le surlendemain.
Le paillage n'est pas un supplément, c'est la moitié du travail. Cinq centimètres de paille posés dès l'apparition des premières fleurs isolent les fruits de la terre, coupent les éclaboussures, ralentissent les limaces et gardent la fraîcheur au pied. La paille reste la référence pour cette culture, mais chaque matériau a son terrain, comme le détaille notre comparatif du paillage au potager, matériau par matériau.
Côté nutrition, deux apports suffisent : du compost mûr à la plantation, puis une fumure de fond riche en potasse à la sortie de l'hiver, avant le démarrage de la végétation. Pas de fumier frais, jamais.
Stolons, feuilles, renouvellement
Un fraisier qui court ne fructifie pas. Ces longues tiges parties à l'horizontale, les stolons, sont sa façon de se multiplier, et chacune se paie en fruits. Pendant la récolte, coupez-les au ras du pied, une fois par semaine, sans exception.
En septembre et en octobre vient le nettoyage annuel, le seul vrai geste de taille de cette plante. Retirez les feuilles sèches, tachées ou couchées en gardant le coeur intact, sortez le vieux paillage s'il a porté des fruits pourris, désherbez à la main entre les pieds. Un fraisier propre à l'entrée de l'hiver démarre plus tôt et plus fort au printemps.
Un pied donne bien pendant trois ans, puis sa production s'effondre. Renouvelez par tiers, une planche neuve chaque année, toujours ailleurs que la précédente : vous ne serez jamais sans récolte.
De la fleur au fruit
De la fleur ouverte au fruit mûr, comptez quatre à six semaines selon la chaleur. La floraison d'avril est donc la plus exposée de toute la culture.
Une fraise se cueille entièrement colorée, épaule comprise : la zone blanche autour du calice signe un fruit qui n'est pas prêt, et la fraise ne mûrit plus une fois détachée. Pincez la tige entre l'ongle et le pouce à un centimètre du fruit, et emportez le calice avec lui. Une fraise tirée s'écrase entre les doigts et se conserve deux fois moins longtemps.
Récoltez le matin, à la fraîche, tous les deux jours en pleine saison. Selon la variété et l'âge du pied, comptez de l'ordre de 250 à 500 grammes par plant et par an. Les variétés non remontantes concentrent tout sur trois à quatre semaines, en mai et juin ; les remontantes donnent une première vague plus légère, puis reviennent par à-coups tant que la chaleur ne les bloque pas.
Ce qui va de travers, et comment trancher
| Symptôme | Cause probable | Réponse |
|---|---|---|
| Fruits couverts d'un feutre gris | Pourriture grise, contact avec le sol et humidité | Pailler, récolter tous les deux jours, sortir les fruits atteints |
| Fruits creusés par-dessous, traces luisantes | Limaces | Ramassage le soir, paillage surveillé, barrière au pied |
| Fruits entamés d'un coup de bec net | Oiseaux | Filet à mailles fines dès les premières colorations |
| Feutrage blanc, feuilles enroulées en gouttière | Oïdium | Aérer, espacer, cesser l'azote |
| Feuilles jaunes à nervures restées vertes | Chlorose, sol calcaire ou eau très dure | Compost, terreau de feuilles, eau de pluie |
| Coeur de fleur noir au printemps | Gel tardif sur fleur ouverte | Voile la nuit tant que les nuits sont froides |
| Fruits bosselés, mal formés | Pollinisation incomplète par temps froid ou pluvieux | Attirer les pollinisateurs, ne rien traiter en pleine floraison |
| Beaucoup de feuilles, presque pas de fruits | Excès d'azote, stolons non coupés, ou pieds de plus de trois ans | Couper les stolons, arrêter l'azote, renouveler la planche |
Deux confusions coûtent des récoltes chaque année. La première : un fruit mou couvert d'un feutre gris et poudreux relève de la pourriture grise, alors qu'un fruit creusé sur sa face inférieure, avec des traces luisantes autour, est passé par une limace. Le premier cas appelle du paillage et des passages plus fréquents, le second un ramassage du soir, et les méthodes qui marchent contre les limaces valent ici comme au potager.
La seconde confusion porte sur un plant qui flétrit en pleine récolte. S'il se redresse le soir ou après un bon arrosage, c'est un simple manque d'eau. S'il reste mou, que les feuilles les plus âgées brunissent par le bord et que le coeur garde sa couleur, pensez à une maladie de sol : arrachez le pied, sortez-le du jardin, et installez la fraiseraie suivante ailleurs.
Ce qu'on plante autour
La ciboulette en bordure est l'association traditionnelle du fraisier. On lui prête un effet contre la pourriture grise et l'oïdium, ce qui n'est pas établi, mais elle occupe utilement les bords sans concurrencer des racines aussi superficielles. L'ail et l'oignon jouent le même rôle de bordure basse. La première année, tant que les pieds sont petits, une rangée de laitues ou d'épinards entre les rangs occupe l'espace avant que les fraisiers ne le prennent.
Ce qu'il faut éviter tient au sol plus qu'au voisinage : pas de fraisiers derrière des solanacées, pas de fumier frais, pas de replantation au même endroit. Si vous élargissez le rayon des petits fruits, sachez que les framboisiers, groseilliers et cassissiers demandent une place définitive, alors que la fraiseraie, elle, se déplace tous les trois ans.
Cinq gestes qui font une bonne fraiseraie
Plantez entre la mi-août et la mi-octobre, collet à ras du sol, à 30 ou 40 cm sur le rang. Paillez de cinq centimètres de paille dès les premières fleurs. Arrosez au pied, régulièrement, de la floraison à la fin de la récolte, jamais sur les fruits. Coupez les stolons chaque semaine, sauf les deux ou trois réservés à vos futurs plants. Nettoyez le feuillage en septembre, et renouvelez un tiers de la planche chaque année, ailleurs. Ces cinq gestes séparent une fraiseraie qui donne trois saisons pleines d'une bordure de feuilles vertes sans fruits.
Questions fréquentes
Quand faut-il planter les fraisiers ?
La meilleure fenêtre va de la mi-août à la mi-octobre selon la région : le sol est encore chaud, le plant s'enracine avant l'hiver et donne une récolte complète dès le printemps suivant. Une plantation d'avril ou de mai reste possible, mais la première année sera maigre, car la plante fabrique ses racines et ses fruits en même temps. Dans ce cas, pincez les premières fleurs pour la laisser s'installer. En altitude, visez plutôt fin août que courant octobre.
Faut-il couper les stolons ?
Oui, pendant toute la période de récolte. Chaque stolon est une tige que la plante nourrit à la place de ses fruits, et un pied laissé libre finit par porter des dizaines de plantules et très peu de fraises. Coupez-les au ras du pied une fois par semaine. La seule exception est la multiplication : à partir de juin, gardez deux ou trois stolons par pied, racinez leur première plantule dans un godet, puis coupez le cordon quand les racines remplissent le godet.
Pourquoi mes fraises pourrissent-elles avant d'être mûres ?
Presque toujours la pourriture grise, un champignon qui s'installe sur les fruits en contact avec la terre humide ou mouillés par l'arrosage. Trois gestes la font reculer : un paillage de cinq centimètres de paille sous les fruits, un arrosage au pied seulement et jamais sur le feuillage, et une récolte tous les deux jours plutôt que deux fois par semaine. Sortez les fruits atteints du jardin au lieu de les laisser au sol, chacun contamine ses voisins.
Tous les combien faut-il renouveler ses fraisiers ?
Tous les trois ans environ. Un plant produit bien sa première et sa deuxième année pleine, puis le rendement baisse et les maladies du sol s'accumulent. Le plus simple est de renouveler par tiers : chaque année vous arrachez la planche la plus vieille et vous en plantez une neuve ailleurs, avec des stolons racinés l'été précédent ou des plants certifiés. La récolte reste constante et le cycle des maladies se casse tout seul.
Peut-on cultiver des fraisiers en pot ou en jardinière ?
C'est une des cultures de balcon les plus fiables. Comptez au minimum trois à cinq litres de substrat par pied, vingt centimètres de profondeur et un vrai trou de drainage. Un mélange de terreau et de compost convient. En pot, l'arrosage devient quotidien en été parce que le volume sèche vite, et la réserve nutritive s'épuise : un apport riche en potasse toutes les deux à trois semaines pendant la fructification prend le relais du sol.
Une fraise cueillie blanche finit-elle de mûrir ?
Non. La fraise est un fruit non climactérique : une fois détachée du pied, elle ne fabrique plus de sucre. Elle ramollit, elle perd de l'eau, mais elle ne devient jamais meilleure. Ne cueillez donc que les fruits entièrement colorés, épaule comprise, et laissez les autres deux ou trois jours de plus. C'est aussi ce qui sépare une fraise de saison cueillie mûre le matin d'une fraise récoltée verte pour supporter le transport.
Les dossiers qui vont avec
Toute la rubriqueFramboises, groseilles, cassis : le trio qui produit vite
Un fruitier se fait attendre quatre à six ans. Un framboisier planté cet hiver donne des fruits dès l'été suivant, un groseillier sa deuxième année. Reste à savoir lequel planter, où, et quel bois couper chaque hiver.
Tailler un pommier, de la formation à la fructification
La pomme ne pousse pas sur la tige de l'année : elle naît sur des organes courts installés depuis deux ans au moins. Savoir les reconnaître change tout, avant même de choisir entre gobelet et axe central.
Planter un arbre fruitier : les règles qui comptent vraiment
Un fruitier se joue à la plantation : le choix du porte-greffe, la profondeur du point de greffe et les deux premiers étés d'arrosage décident de vingt ans de récoltes. Voici ce qui compte, et dans quel ordre.


