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La taille en vert : pourquoi tailler ses fruitiers en été

Tailler un fruitier en juillet ne produit pas l'effet d'une taille d'hiver : la coupe d'été calme l'arbre, éclaire les fruits et cicatrise vite. La fenêtre par espèce, le geste exact, et la limite à ne pas franchir.

Main au sécateur raccourcissant une jeune pousse de poirier, soleil dans le feuillage, petits fruits sur la branche

L'essentiel

  • Une coupe d'hiver relance la vigueur, une coupe d'été la freine : si vos pousses de l'année dépassent 60 à 80 cm et que les fruits se font rares, intervenez en juillet ou en août, pas en janvier.
  • Fenêtre utile sur pommier et poirier : de la mi-juillet à la fin août, quand la base des pousses a bruni et durci. Plus tôt, l'arbre repart de plus belle dans les trois semaines.
  • Sur les fruitiers à noyau, on taille juste après la récolte et par temps sec, jamais en hiver : c'est la meilleure protection contre le chancre bactérien et la maladie du plomb.
  • Ne retirez jamais plus du quart au tiers du feuillage en un passage : au-delà, les fruits arrêtent de grossir et l'arbre répond l'année suivante par une flambée de gourmands.
  • La taille d'été reste une affaire de petites coupes, rameaux de l'année et branches de 2 à 3 cm au maximum. Plus gros, on attend la fin de l'hiver ou on appelle un professionnel.

Un sécateur qui passe en juillet ne demande pas la même chose à l'arbre qu'un sécateur qui passe en janvier : le premier calme la végétation, le second la relance. C'est tout l'intérêt de la taille en vert, cette coupe faite sur un arbre en feuilles, entre juin et le début de septembre. Reste à savoir quoi couper, quand selon l'espèce, et où s'arrêter avant de griller les fruits au soleil.

Une coupe de juillet ne fait pas le même effet qu'une coupe de janvier

En janvier, l'arbre dort et ses réserves sont stockées dans les racines et le bois. Chaque rameau supprimé concentre ces réserves sur les bourgeons qui restent : au printemps, l'arbre repart plus fort qu'il ne l'aurait fait sans vous. Une taille d'hiver sévère sur un sujet déjà vigoureux produit une forêt de pousses verticales l'été suivant, et beaucoup de vergers familiaux tournent en rond là-dessus depuis des années.

En été, la situation s'inverse. Les feuilles fabriquent les sucres qui alimentent fruits, bois et racines. Retirer un rameau feuillé, c'est retirer une usine en pleine production, et l'arbre ne peut pas compenser avant l'année suivante. La vigueur baisse : c'est l'effet calmant de la taille en vert, exactement ce qu'on cherche sur un arbre qui fait du bois au lieu de fruits.

Deux effets s'ajoutent. La lumière d'abord : la nature des bourgeons de l'année suivante, à bois ou à fleurs, se décide en été, et un rameau court bien éclairé en juillet a bien plus de chances de porter une fleur qu'un rameau resté à l'ombre. La cicatrisation ensuite : le cambium, cette couche vivante sous l'écorce, est en pleine activité, et le bourrelet se forme en quelques semaines contre plusieurs mois en hiver. Sur les fruitiers à noyau, c'est la raison principale de tailler en été.

Ce que la taille en vert améliore, et ce qu'elle ne répare pas

Elle fait quatre choses bien : calmer un arbre trop poussant, éclairer les rameaux courts qui porteront les fleurs, aérer la couronne et réduire la pression des maladies, offrir au noyau la seule fenêtre où l'on peut le blesser sans trop de risque.

Elle ne fait pas le reste. Elle ne rattrape pas une charpente mal construite, qui se reprend en hiver, quand on voit la structure sans les feuilles. Elle ne compense ni une plantation trop profonde, ni un sol asphyxiant, ni un porte-greffe inadapté. Elle ne remplace pas ce tri de juin qui décide du calibre et que nous détaillons dans notre dossier sur l'éclaircissage des fruits. Et elle ne sauve pas un arbre malade, elle limite au mieux la propagation.

Taille d'hiver ou taille en vert ?

Taille d'hiver, arbre nu

  • Relance la vigueur, l'arbre repart plus fort
  • Grosses coupes possibles, on refait un arbre
  • Cicatrisation lente, plusieurs mois
  • Risquée sur les fruitiers à noyau

Taille en vert, arbre en feuilles

  • Freine la vigueur, l'arbre se calme
  • Petites coupes, rameaux de l'année seulement
  • Cicatrisation rapide, quelques semaines
  • Fenêtre recommandée sur les fruitiers à noyau

Le bon moment ne se lit pas sur un calendrier

Trois signaux, lisibles sur l'arbre, valent mieux qu'une date. La lignification d'abord : prenez une pousse de l'année à sa base, entre le pouce et l'index. Encore verte, souple et cassante comme une tige d'herbe, il est trop tôt. Brunie et résistante sous l'ongle sur les premiers centimètres, elle est mûre pour le sécateur. L'arrêt de croissance ensuite, quand l'extrémité a formé un bourgeon terminal net et n'allonge plus. La météo enfin : trois à quatre jours sans pluie annoncés, impérativement sur les fruitiers à noyau.

Tailler trop tôt est l'erreur la plus commune : une coupe de mi-juin sur un pommier qui pousse encore déclenche une repousse dans les trois semaines. Tailler trop tard n'est pas dangereux, seulement inutile : passé la mi-septembre dans la moitié nord, l'arbre ne réagit plus et la plaie aborde l'automne humide sans être refermée.

Espèce par espèce : la fenêtre et le geste

Aucune espèce ne se taille de la même façon. Le tableau donne la fenêtre, le geste, et ce qu'il ne faut pas toucher.

EspèceFenêtreCe qu'on coupeCe qu'on laisseCe que ça évite
Pommier, poirierMi-juillet à fin août, après l'arrêt de pousseGourmands à la base, pousses de plus de 30 cm rabattues à 3 à 5 feuillesBrindilles de moins de 20 cm et coursonnes, les fleurs à venirExcès de bois, fruits pâles, feuillage humide
CerisierAprès la récolte, juin à juillet, temps secBois mort, branches croisées, hauteur excessiveLes grosses branches, jamais en étéChancre bactérien, gommose, plomb
PrunierAprès la récolte, juillet à août, temps secGourmands, rameaux épuisés, branches bassesLes rameaux de l'année bien placésBlessures d'hiver mal refermées
AbricotierAprès la récolte, juillet à aoûtBois mort, rameaux dégarnis, branches surchargéesLes branches de plus de quelques centimètres de diamètreApoplexie et moniliose entrées par la plaie
Pêcher, nectarinierPincements en mai et juin, passage après récoltePousses mal orientées, gourmands, bois nuLes rameaux mixtes de l'année, la récolte suivanteUn arbre qui se dégarnit du centre
FiguierJuin, sur pousses encore tendresPincement au-dessus de la cinquième feuillePousses courtes et figues en formationUn arbre qui monte sans fructifier
VigneJuin à août, plusieurs passagesÉpamprage du pied, rognage au-dessus de la dernière grappeAssez de feuilles au-dessus des grappesOïdium, grappes serrées et humides
Framboisier non remontantDès la fin de la récolte, juillet à aoûtLes cannes qui ont fructifié, au ras du sol6 à 8 jeunes cannes par mètreConcurrence, maladies de cannes
Groseillier, cassisAprès la récolte, en juilletLes branches de plus de trois à quatre ans, à leur baseLes jeunes pousses parties du piedVieillissement, baisse de calibre

Le noyau mérite qu'on s'y arrête. Cerisier, prunier et abricotier referment mal leurs plaies dans le froid, et les blessures d'hiver ouvrent la porte au chancre bactérien comme à la maladie du plomb. On taille après la récolte, jamais sous la pluie, et on limite le diamètre des coupes. La conduite complète figure dans la fiche du cerisier. Sur figuier, enfilez des gants : le latex irrite la peau, surtout au soleil.

Les quatre coupes de l'été

Le gourmand

Une pousse verticale, épaisse, aux feuilles largement espacées, sans le moindre bourgeon à fleur. L'arbre en fabrique quand il a plus de réserves que de bourgeons pour les dépenser, typiquement après une taille d'hiver trop sévère. Un gourmand se supprime à sa base, au ras du bourrelet d'insertion, sans laisser de moignon. Exception utile : pour remplacer une vieille branche, gardez-en un entier et attachez-le à l'horizontale. Couché, il perd sa vigueur et se met à fleurir.

La pousse de l'année trop longue

Sur les formes palissées, palmettes, cordons et espaliers, c'est le geste central de l'été. On rabat au-dessus de l'empattement, cette petite rosette de feuilles serrées visible à la base du rameau, là où il est né. Le but n'est pas de raccourcir pour raccourcir, mais de transformer un rameau à bois en organe fructifère.

Rabattre une pousse de l'année sur pommier ou poirier palissé

  1. Repérez l'empattement, la rosette de feuilles serrées à la base de la pousse.
  2. Vérifiez que les premiers centimètres au-dessus ont bruni et durci. Tout vert, revenez dans deux semaines.
  3. Comptez 3 à 5 feuilles au-dessus de l'empattement.
  4. Coupez à 5 mm au-dessus de la dernière feuille conservée, net et légèrement incliné.
  5. Ne touchez pas aux brindilles de moins de 20 cm terminées par un bourgeon rond et dodu : vos fleurs de l'an prochain.
  6. Repassez trois semaines plus tard : si une repousse est partie du bourgeon terminal, rabattez-la sur une feuille.

L'ouverture à la lumière

On supprime ce qui pousse vers l'intérieur, ce qui se croise, ce qui monte à la verticale au milieu de la couronne. Objectif : de la lumière sur les rameaux courts du centre, ceux qui porteront les fruits l'an prochain. Un arbre bien ouvert laisse voir le ciel par plaques quand on se place dessous.

Le bois mort ou malade

Coupez franchement dans le bois sain, nettement sous la zone brunie, et désinfectez la lame entre deux coupes si vous suivez un chancre. Sortez ces bois du verger, ne les mettez pas au compost. Si le feuillage noircit brutalement et que les extrémités se recourbent en crosse sur un poirier, un cognassier ou une aubépine, arrêtez tout : ce tableau évoque le feu bactérien, qui fait l'objet d'une surveillance réglementée. Faites identifier le problème par un professionnel ou par l'organisme régional de protection des végétaux avant toute coupe. Les autres symptômes sont décrits dans notre dossier pour reconnaître les maladies des arbres fruitiers.

Combien enlever avant que ça se retourne contre vous

La taille en vert marche par petites doses. Au-delà du quart ou du tiers du feuillage retiré en un passage, trois choses arrivent : les fruits stagnent puisque ce sont les feuilles qui les nourrissent, l'arbre pioche dans ses réserves pour refaire du feuillage, et il répond l'année suivante par une flambée de gourmands. En cas de doute, taillez en deux passages espacés de trois semaines.

Le second garde-fou est le soleil. Un fruit resté à l'ombre et brutalement exposé à l'après-midi de juillet prend un coup de soleil : une tache décolorée, puis brune, sur la joue exposée. En exposition sud ou sud-ouest, ouvrez d'abord le côté levant et laissez un écran de feuilles au-dessus des fruits les plus exposés. Même prudence pour l'écorce lisse d'un jeune tronc mis à nu.

Troisième limite, le diamètre. La taille en vert est une affaire de sécateur, au plus de scie d'élagage pour une branche de 2 à 3 cm. Au-delà commence la taille de structure : elle se fait à la fin de l'hiver, et sur un arbre haut ou une grosse charpentière, elle relève d'un professionnel équipé.

Les arbres qu'il vaut mieux ne pas tailler cet été

À vérifier avant de commencer

  • Vigueur : pousses de l'année sous 20 ou 30 cm, feuillage clair. L'arbre est faible, arrosez, paillez, attendez.
  • Âge : arbre planté depuis moins de trois ou quatre ans. Seuls les concurrents de la flèche et les rejets sous le point de greffe se suppriment.
  • État hydrique : sol sec, feuilles ternes en fin de matinée, canicule annoncée. La coupe s'ajouterait au stress.
  • Météo : pluie en cours ou attendue sur un fruitier à noyau. Les bactéries du chancre voyagent avec l'eau.
  • Antécédent : arbre taillé sévèrement l'hiver précédent. Laissez-lui la saison pour refaire son feuillage.

Ce qui se passe dans les trois semaines qui suivent

L'arbre réagit vite, et sa réaction dit si vous avez visé juste. Des repousses tendres sous chaque coupe en deux à trois semaines : vous êtes intervenu trop tôt. Rabattez-les sur une feuille, ou terminez à la fin de l'hiver. Rien qui ne bouge et des rameaux qui durcissent : le moment était bon.

Deux réflexes ensuite. Aucun engrais azoté après une taille d'été : l'azote et la coupe relancent ce que vous cherchiez à calmer. Et pas d'arrosage supplémentaire, un arbre qui a perdu du feuillage transpire moins.

Votre plan de taille, de juin au début de septembre

Juin est le mois des gestes tendres : pincement du figuier, épamprage de la vigne, suppression à la main des gourmands pendant qu'ils cassent encore d'un coup de pouce, éclaircissage des fruits. Sur les fruitiers à pépins, le sécateur reste au fourreau.

Juillet est le mois du noyau. Dès la dernière cerise cueillie, on taille le cerisier, puis le prunier et l'abricotier au fil des récoltes, par temps sec. C'est aussi le moment de couper au ras les cannes de framboisiers qui ont donné et de rajeunir les groseilliers. Dans le Midi, la fenêtre du pommier s'ouvre déjà à la fin du mois.

Août est le mois des pépins et des formes palissées. Dans la moitié nord, c'est la période de référence pour rabattre les pousses de l'année à trois ou cinq feuilles et ouvrir la couronne, comme le rappelle le programme du jardin en août. La coloration se jouant dans les semaines qui précèdent la cueillette, un dernier passage d'éclaircie se justifie début septembre sur les variétés tardives. Puis on range le sécateur jusqu'à la fin de l'hiver.

Une seule chose à retenir : coupez peu, coupez tard dans l'été, et regardez la base du rameau plutôt que la date. Un arbre calmé par trois passages légers produira plus longtemps qu'un arbre remis à zéro chaque hiver.

Questions fréquentes

Peut-on vraiment tailler un fruitier en plein été sans l'affaiblir ?

Oui, à condition de rester mesuré et de choisir son moment. Une taille en vert enlève des rameaux de l'année et ouvre la couronne à la lumière, elle ne touche pas à la charpente. Le seuil à ne pas dépasser est d'environ un quart à un tiers du feuillage en un passage. Évitez d'intervenir pendant une canicule ou sur un arbre qui manque d'eau : la coupe s'ajouterait à un stress déjà installé, et les fruits en cours de grossissement en paieraient le prix.

Quelle différence entre pincer et tailler en vert ?

Le pincement se fait tôt, entre mai et juin, à la main : on supprime l'extrémité tendre d'une pousse encore verte, sur deux ou trois centimètres. La taille en vert vient plus tard, au sécateur, sur un rameau dont la base a déjà bruni et durci. Le pincement oriente une pousse au moment où elle démarre, la taille en vert transforme un rameau à bois en organe fructifère. Sur les formes palissées, les deux se pratiquent la même année, à quelques semaines d'écart.

Faut-il tailler un cerisier en été plutôt qu'en hiver ?

Oui, et c'est le cas le plus net de tout le verger. Les fruitiers à noyau referment mal leurs plaies dans le froid et l'humidité, et les blessures d'hiver sont la porte d'entrée du chancre bactérien, de la gommose et de la maladie du plomb. La bonne fenêtre est juste après la récolte, avec trois ou quatre jours sans pluie annoncés. Terminez de préférence avant la fin août, pour que la plaie ait le temps de se refermer avant l'automne.

Pourquoi mon arbre refait des gourmands partout après la taille ?

Deux causes, le plus souvent. Vous avez taillé trop tôt dans la saison, en juin, alors que l'arbre poussait encore : il redémarre dans les trois semaines. Ou vous avez rabattu les gourmands de moitié au lieu de les supprimer à leur base, et chaque moignon a fait repartir deux ou trois pousses à sa place. Une fertilisation azotée en cours d'été produit le même effet. Reprenez à la base, plus tard dans l'été, et ne nourrissez pas l'arbre après la coupe.

La taille en vert améliore-t-elle le goût des fruits ?

Elle améliore surtout la couleur et la maturité, parce que la coloration des pommes, des poires et du raisin dépend de la lumière reçue dans les semaines qui précèdent la récolte. Pour le sucre, l'effet dépend entièrement du dosage : les sucres viennent des feuilles, donc une ouverture raisonnable aide la maturité alors qu'une taille brutale prive le fruit de ce qui le remplit. Ouvrir pour éclairer les fruits, oui. Déshabiller l'arbre, non.

Peut-on tailler en vert un jeune arbre planté cette année ?

Le moins possible. Les trois ou quatre premières années servent à construire la charpente, et la taille d'été freine précisément cette construction. Deux gestes restent utiles : supprimer les pousses qui concurrencent la flèche centrale, et enlever les rejets qui partent sous le point de greffe. Pour le reste, laissez pousser et travaillez à la fin de l'hiver. La taille en vert redevient intéressante quand l'arbre est formé et se met à faire du bois plutôt que des fruits.

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