Pommier : planter, tailler, éclaircir et récolter
Malus domestica , famille des Rosacées
Un pommier se choisit deux fois : la variété donne le goût, le porte-greffe décide de la hauteur, de la distance de plantation et de l'année de la première récolte. Le reste se joue le jour de la plantation.

Le calendrier de la pommier
- Plantation novembre à mars
- Floraison avril à mai
- Taille décembre à février
- Récolte août à octobre
L'essentiel
- Le porte-greffe, et non la variété, fixe la hauteur de l'arbre, la distance de plantation et l'année de la première vraie récolte.
- Le point de greffe doit rester 5 à 10 cm au-dessus du sol fini : enterré, il fait disparaître l'effet du porte-greffe et l'arbre part en vigueur.
- La plupart des variétés ont besoin d'une seconde variété qui fleurit en même temps, à quelques dizaines de mètres, pour donner des fruits.
- La pomme naît sur du bois de deux ans et plus, jamais sur la pousse de l'année : raccourcir toutes les extrémités chaque hiver revient à couper sa récolte.
- Éclaircir à un fruit par bouquet à la mi-juin est le seul geste qui casse vraiment l'alternance une année sur deux.
Un pommier se choisit deux fois. La variété décide du goût et de la date de récolte, le porte-greffe décide de la hauteur de l'arbre et de l'année de la première vraie récolte. Les deux erreurs les plus chères se commettent pourtant le même jour, au moment de reboucher le trou.
Planter : le porte-greffe avant la variété
La saison de plantation court de novembre à mars, hors gel et hors sol détrempé. Un arbre à racines nues planté en novembre a tout l'hiver pour émettre des radicelles avant le premier coup de sec : c'est le meilleur départ, et le moins cher. Un sujet en conteneur se plante jusqu'en mars, motte démêlée.
Le porte-greffe est l'information la plus utile de l'étiquette, et la plus souvent ignorée.
| Porte-greffe | Hauteur adulte | Distance entre arbres | Première récolte | Tuteur |
|---|---|---|---|---|
| Nanifiant, type M9 | 2 à 2,5 m | 1,2 à 1,5 m en fuseau | 2 à 3 ans | définitif |
| Semi-nanifiant, type M26 | 2,5 à 3,5 m | 2,5 à 3 m | 3 à 4 ans | 4 à 5 ans |
| Semi-vigoureux, type MM106 | 3,5 à 4,5 m | 4 à 5 m | 4 à 5 ans | 2 à 3 ans |
| Franc de semis, vigoureux | 6 à 10 m | 8 à 10 m | 6 à 8 ans | 2 à 3 ans |
Creusez large plutôt que profond : 60 à 80 cm de diamètre, la profondeur de la motte, et décompactez le fond sans le retourner. Le compost mûr se mélange à la terre de rebouchage, jamais au fond du trou contre les racines. Sur racines nues, rafraîchissez au sécateur les extrémités blessées et pralinez dans une boue épaisse de terre et d'eau. Le tuteur se pose avant de reboucher, jamais après, comme le rappelle notre dossier sur la plantation d'un arbre fruitier.
Sol, exposition, distance
Le pommier accepte des terres plus lourdes que le pêcher ou le cerisier, mais pas l'eau stagnante : des racines noyées en hiver donnent un arbre qui végète puis dépérit par le haut. Sur argile compacte, plantez sur une butte de 15 à 20 cm. Il lui faut un sol profond, frais, drainé, de pH proche de la neutralité ; en terrain très calcaire, les feuilles jaunissent entre des nervures restées vertes.
L'exposition se compte en heures de soleil direct, six au minimum en été. À l'ombre, les fruits restent pâles et peu sucrés, et le feuillage garde une humidité qui appelle la tavelure. Évitez le point bas où l'air froid s'accumule les nuits claires, puisque la floraison tombe en avril, en pleine période de gelées tardives.
Arroser et nourrir sans forcer
Les deux premiers étés décident de la suite : un jeune pommier n'a pas de racines profondes et perd la partie contre l'herbe qui l'entoure. Arrosez 15 à 20 litres d'un coup, une fois par semaine en période sèche, dans une cuvette formée au pied, plutôt que trois litres tous les soirs qui n'atteignent jamais les racines. Gardez pendant trois ans un cercle de 80 cm à 1 m dégagé et paillé sur 8 à 10 cm, en laissant 10 cm de vide autour de l'écorce, contre les rongeurs et la pourriture du collet.
Passé trois ou quatre ans, un arbre sur porte-greffe vigoureux se débrouille seul, sauf sécheresse extrême. Un arbre nanifié reste dépendant de l'arrosage toute sa vie : ses racines sont courtes et superficielles. Un à deux seaux de compost mûr épandus en fin d'hiver à l'aplomb du feuillage couvrent les besoins de l'année. Rien contre le tronc, et surtout pas d'azote en excès : les longues pousses tendres qu'il provoque attirent les pucerons, gèlent en hiver et ne portent pas de boutons à fleurs.
Tailler en hiver : trouver le bois qui porte
La taille se fait de décembre à février, hors gel franc. Deux chantiers se succèdent : la formation, sur cinq ans, qui installe trois à cinq charpentières bien réparties autour d'un axe ou d'un gobelet ouvert, puis la taille de fructification, chaque hiver.
Le point qui change tout : la pomme se forme sur des organes courts, lambourdes, dards et brindilles couronnées, portés par du bois de deux ans et plus. Elle ne pousse pas sur la longue tige verte de l'année. Raccourcir toutes les extrémités chaque hiver, comme on taille une haie, revient donc à supprimer méthodiquement la récolte à venir. C'est l'erreur que presque tout le monde commet la première année.
L'ordre qui évite de se tromper : le bois mort, cassé ou malade, puis les branches qui se croisent ou rentrent vers le centre, puis les gourmands verticaux nés sur le dessus des charpentières. Une branche proche de l'horizontale fait des fruits, une branche verticale fait du bois : arquer une jeune branche vaut souvent mieux que la couper. Le détail des coupes est dans notre dossier sur la taille du pommier. Coupez juste à l'extérieur du bourrelet qui entoure la base de la branche, sans l'entailler et sans laisser de chicot : c'est lui qui referme la plaie.
Floraison, éclaircissage, récolte
La floraison se situe en avril dans la plus grande partie du pays, dès la fin mars sur le pourtour méditerranéen, jusqu'en mai en altitude. C'est la période à risque : quelques heures à deux degrés sous zéro sur des fleurs ouvertes suffisent à annuler la récolte.
Vient ensuite la nouaison, puis la chute physiologique de juin : l'arbre laisse tomber lui-même une partie de ses jeunes fruits. Attendez la fin de cette chute pour éclaircir, vers la mi-juin. Descendez à un fruit par bouquet, deux au maximum sur les variétés à petits fruits, en gardant 10 à 15 cm entre deux pommes voisines. On y perd en nombre, on y gagne en calibre, en sucre et surtout en régularité, comme l'explique notre dossier sur l'éclaircissage des fruits.
La récolte s'étale d'août à octobre selon les variétés. Le test est simple : soulevez le fruit à l'horizontale et tournez d'un quart de tour, il vient seul quand il est mûr. Les pommes d'été se mangent dans les jours qui suivent, elles ne se conservent pas. Celles de septembre et d'octobre tiennent l'hiver, cueillies à la main, sans choc, et stockées entre 4 et 8 degrés dans un local sombre et humide, les fruits ne se touchant pas.
Les problèmes courants, du plus fréquent au plus rare
| Symptôme | Cause probable | Ce qui tranche | Réponse |
|---|---|---|---|
| Taches olive puis brunes et craquelées sur feuilles et fruits | Tavelure | Tache sèche et liégeuse, chair ferme dessous | Ramasser les feuilles mortes en automne, aérer le centre à la taille |
| Trou avec sciure brune, galerie jusqu'aux pépins | Carpocapse | Trou net avec déjections, sans pourriture autour | Carton ondulé autour du tronc en juin, ramassage des fruits tombés |
| Pourriture brune en cercles, coussinets beiges | Moniliose | Le fruit sèche et momifie en restant accroché | Retirer les momies, y compris sur l'arbre en hiver |
| Feuilles enroulées et déformées au printemps | Puceron cendré | Déroulez une feuille : la colonie grise est dedans | Jet d'eau, abris à perce-oreilles, pas d'azote |
| Plaie ouverte, bois mort au-delà | Chancre | Un bourrelet se forme autour d'une plaie ancienne | Couper en bois sain, désinfecter l'outil entre deux coupes |
| Récolte énorme une année, nulle la suivante | Alternance | Aucun symptôme sur feuilles ni sur fruits | Éclaircir sévèrement à la mi-juin les années chargées |
L'hygiène du verger et la taille règlent la plus grande part de ces ennuis, bien avant la pulvérisation. Si vous employez un produit, même utilisable en agriculture biologique, l'étiquette fait foi : culture, dose, nombre d'applications et délai avant récolte y figurent.
Ce qui vit au pied du pommier
Aucune plante compagne ne fait pousser des pommes : ce qui compte au pied de l'arbre, c'est l'occupation du sol. Les trois premières années, l'herbe est un concurrent redoutable pour l'eau et l'azote, d'où le cercle nu et paillé. La logique s'inverse ensuite, et le meilleur voisinage devient une prairie fauchée deux fois par an, qui nourrit les pollinisateurs pendant la floraison. Un nichoir à mésanges posé avant l'hiver et des abris à perce-oreilles suspendus dans les charpentières valent mieux que bien des traitements. Un seul interdit : bêcher profondément sous le feuillage, où courent les racines nourricières à quelques centimètres de la surface.
Le programme d'une année de pommier
Quatre rendez-vous suffisent, toujours aux mêmes moments. En novembre, vous plantez, vous ramassez les feuilles tombées si l'arbre a eu la tavelure et vous sortez les fruits momifiés. De décembre à février, hors gel, vous taillez : bois mort, croisements, gourmands verticaux, et rien de plus tant que vous ne reconnaissez pas les lambourdes à coup sûr. À la mi-juin, vous éclaircissez à un fruit par bouquet, le geste le plus rentable de l'année. D'août à octobre, vous récoltez au test du quart de tour, sans oublier d'arroser les jeunes arbres en été sec.
Questions fréquentes
Faut-il deux pommiers pour avoir des pommes ?
Presque toujours, oui. La grande majorité des variétés est auto-stérile ou très peu fertile avec son propre pollen : il leur faut une autre variété de pommier qui fleurit à la même période, dans un rayon de quelques dizaines de mètres, les abeilles faisant le trajet. Un pommier d'ornement à petits fruits joue très bien ce rôle et prend peu de place. Certaines variétés anciennes produisent un pollen stérile et réclament, elles, deux autres variétés dans le voisinage.
Quand tailler un pommier ?
En hiver, de décembre à février, pendant le repos de la végétation, en évitant les périodes de gel franc et les journées où le bois est gelé. Une taille faite trop tôt en automne repart en pousses tendres si l'hiver est doux, une taille faite en pleine sève au printemps affaiblit l'arbre et fait couler la plaie. Sur les jeunes arbres trop vigoureux, un passage complémentaire en août calme la pousse mieux que n'importe quelle taille d'hiver.
Pourquoi mon pommier ne donne qu'une année sur deux ?
C'est l'alternance. Une année de forte charge épuise les réserves de l'arbre et l'empêche de former les boutons à fleurs de l'année suivante : la récolte s'annule, les réserves remontent, et le cycle recommence. Le remède est l'éclaircissage, pratiqué à la mi-juin des années chargées, en descendant à un fruit par bouquet et 10 à 15 cm entre deux fruits. Un apport de compost à l'automne des années de forte production aide aussi l'arbre à reconstituer ses réserves.
Mes pommes sont tachées de brun et craquelées, est-ce grave ?
C'est la tavelure, un champignon favorisé par les printemps humides. Les taches, olive puis brunes, sont sèches et liégeuses, et la chair sous la croûte reste saine : les fruits se consomment après épluchage, ils se conservent seulement moins bien. La contamination repart chaque printemps des feuilles tombées l'automne précédent, donc le geste utile est de les ramasser et de les sortir du verger, puis d'aérer le centre de l'arbre à la taille.
Comment savoir qu'une pomme est mûre ?
Prenez le fruit dans la paume, soulevez-le à l'horizontale et tournez d'un quart de tour : s'il est mûr, le pédoncule se détache du rameau sans effort et reste sur la pomme. Les pépins virent alors du blanc au brun. Une pomme cueillie trop tôt se ride en cave au lieu de mûrir, une pomme laissée trop longtemps devient farineuse et ne se garde pas. Les variétés d'août se mangent dans la foulée, celles d'octobre sont faites pour la conservation.
Peut-on planter un pommier dans un petit jardin ?
Oui, à condition de choisir un porte-greffe nanifiant et une forme conduite : fuseau, cordon ou palmette contre un mur. L'arbre plafonne alors à 2 ou 3 mètres, se cueille sans échelle et produit dès la deuxième ou troisième année. La contrepartie est réelle : les racines sont courtes, le tuteur reste en place à vie, et l'arrosage en été sec n'est jamais facultatif, même sur un arbre installé depuis dix ans.
Les dossiers qui vont avec
Toute la rubriqueTailler un rosier sans le mutiler : la coupe, la hauteur, le moment
Un rosier ne meurt pas d'une taille ratée : il fleurit mal pendant deux ans. Le type de rosier, la date et les cinq millimètres au-dessus de l'oeil décident du résultat, bien avant le nombre de branches coupées.
Framboises, groseilles, cassis : le trio qui produit vite
Un fruitier se fait attendre quatre à six ans. Un framboisier planté cet hiver donne des fruits dès l'été suivant, un groseillier sa deuxième année. Reste à savoir lequel planter, où, et quel bois couper chaque hiver.
Hortensia : la couleur, la taille et l'arrosage, enfin clairs
Un hortensia qui ne fleurit pas a presque toujours été taillé au mauvais moment, et une couleur qui refuse de virer tient au pH du sol. Voici comment identifier le vôtre, le tailler juste et l'arroser sans le griller.


