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Une serre de jardin est-elle vraiment utile chez vous ?

Une serre froide avance les cultures de deux à quatre semaines et prolonge autant l'arrière-saison, mais elle ne remplace pas un abri hors gel. Voici comment savoir si la vôtre servira, et laquelle choisir.

Petit abri vitré à structure aluminium, porte ouverte, buée sur les vitres et plants de tomates à l'intérieur

L'essentiel

  • Une serre non chauffée gagne rarement plus de 2 à 3 degrés sur une nuit claire : elle avance les cultures, elle ne protège pas d'une vraie gelée.
  • En dessous de 6 mètres carrés, la température s'emballe et le travail devient acrobatique : 6 à 9 mètres carrés est le format qui rend service à une famille.
  • Visez une surface d'ouverture d'environ un cinquième de la surface au sol, et au moins un vérin automatique si vous n'êtes pas là en journée.
  • Sous serre, il ne pleut jamais : tout l'arrosage repose sur vous, quasiment tous les jours de mai à septembre.
  • Au-delà de 5 mètres carrés d'emprise au sol, une déclaration préalable en mairie est généralement nécessaire : vérifiez avant d'acheter, pas après.

Une serre ne fabrique pas de chaleur, elle en retient, et seulement tant que le soleil donne. D'où l'écart entre gagner trois semaines au printemps, ce qui est réaliste, et récolter des tomates en avril, ce qui ne l'est pas. Reste à savoir si, chez vous, ce gain justifie la place, la dépense et les dix minutes quotidiennes qu'elle réclame.

Ce qu'une serre froide change, et ce qu'elle ne change pas

Une serre non chauffée piège le rayonnement solaire. En journée, même en février, l'écart avec l'extérieur dépasse facilement quinze degrés sous un ciel dégagé. C'est là que se joue le gain : le sol se réchauffe, et les racines redémarrent des semaines avant celles du plein champ.

La nuit, tout s'inverse. Une petite serre n'a presque pas d'inertie : la chaleur accumulée s'échappe par le vitrage dans les deux heures qui suivent le coucher du soleil. Comptez 2 à 3 degrés de mieux que dehors sur une nuit claire, guère plus. À -5 degrés à l'extérieur, il gèle à l'intérieur, ce qui surprend chaque printemps ceux qui ont planté trop tôt. La parade contre un coup de froid tardif reste le voile posé sur les plantes, à l'intérieur même de la serre, comme dans notre dossier pour protéger son potager du gel tardif.

Trois autres bénéfices comptent autant que la chaleur. Le feuillage reste sec, ce qui change tout pour les tomates, dont les maladies foliaires ont besoin d'eau liquide sur les feuilles. Le vent est coupé. Et le sol ne reçoit plus les pluies froides de mars : il se réchauffe et se ressuie seul.

Cinq questions qui décident à votre place

Avant de comparer des modèles, répondez à ces cinq points. Trois réponses négatives, et l'achat n'a pas de sens.

À vérifier avant de sortir la carte bleue

  • Un emplacement en plein soleil, sans ombre portée entre 10 et 16 heures, hiver compris ?
  • Une présence en journée au printemps pour ouvrir et fermer, ou le budget de vérins automatiques ?
  • Un point d'eau à moins de vingt mètres, et l'acceptation d'arroser tous les jours en été ?
  • Des semis faits par vous, ou des godets achetés en jardinerie au mois de mai ?
  • Un climat qui vous limite vraiment : été court, nuits fraîches en juin, mildiou chaque année ?

La dernière question est la plus discriminante. Dans la moitié nord, en Bretagne humide, dans le Nord-Est ou en altitude, une serre rend fiables des tomates et des poivrons qui, dehors, tiennent du pari. Dans le Midi, la saison extérieure est déjà longue et chaude : la serre y devient un outil d'hiver et d'arrière-saison. Et si vous achetez vos plants tout faits chaque printemps, l'intérêt fond de moitié : vous payez cher un abri dont la fonction première, élever ses propres plants, ne vous servira pas.

Quelle surface et quel vitrage : ce que vous achetez vraiment

La plus petite serre est la plus difficile à conduire

Un petit volume est instable. Une serre de 4 mètres carrés monte à 40 degrés en une heure de soleil de printemps, et redescend aussi vite : les plants souffrent deux fois par jour. Elle impose aussi une allée ridicule et des planches trop étroites pour y travailler.

Le format qui rend service à une famille tient entre 6 et 9 mètres carrés, soit environ 2 mètres sur 3, ou 2,5 sur 3,7. Prévoyez une allée centrale de 50 à 60 centimètres et des planches de 80 à 100 centimètres, la limite du bras tendu. Regardez enfin le pied-droit, le montant vertical des côtés : sous 1,60 mètre, on travaille plié en deux le long des parois.

Le vitrage décide de la lumière, de l'isolation et de la durée de vie

VitrageLumièreIsolationDurée de vieCe qui coince
Verre horticole ou trempé, 3 à 4 mmLa meilleure, directeFaibleIllimitée si rien ne casseCasse net, coupant, lourd, sensible aux mouvements du sol
Polycarbonate alvéolaire 4 mmBonne, diffuséeCorrecteDix ans environ, jaunit lentementS'envole si les plaques ne sont pas vissées
Polycarbonate 6 à 10 mmMoyenne, très diffuséeLa meilleure des vitrages courantsLongueAssombrit en hiver, structure plus lourde
Film polyéthylène 200 micronsBonne au début, baisse avec le tempsFaibleQuatre à six ans si traité anti-UVSe déchire sur un arceau rugueux

La lumière diffusée du polycarbonate n'est pas un défaut : elle pénètre mieux au coeur du feuillage. L'arbitrage se joue entre transparence hivernale, où le verre gagne, et résistance aux chocs, où le polycarbonate gagne largement.

Serre rigide ou tunnel plastique ?

Serre rigide, verre ou polycarbonate

  • Tient vingt ans et plus si elle est ancrée
  • Nettement plus chère à surface égale
  • Aération précise : lucarnes, ouvrants, vérins

Tunnel à film plastique

  • Film à remplacer tous les quatre à six ans
  • La plus grande surface pour le budget
  • Aération par les portes, souvent insuffisante en été

Si le budget commande et que vous cultivez en pleine terre, un tunnel de 15 mètres carrés rend plus de services qu'une jolie serre de 4 mètres carrés. Pour un abri durable près de la maison, la rigide s'impose.

Où la poser, comment l'ancrer, ce qu'il faut déclarer

Le soleil d'hiver commande. Repérez sa course en décembre, pas en juillet : un mur qui ne gêne pas en été porte une ombre trois fois plus longue au solstice. Écartez-vous des grands arbres, et évitez le point bas du terrain, où l'air froid s'accumule les nuits calmes.

Si la serre sert surtout de novembre à février, orientez le faîtage est-ouest : le long pan exposé au sud capte le soleil rasant. De mars à octobre, l'orientation compte peu, l'absence d'ombre compte énormément.

Prévoyez enfin l'accès : une brouette doit pouvoir entrer, et le chemin doit rester praticable en février, quand la pelouse est détrempée. Une serre derrière trente mètres de boue ne s'ouvre pas.

Le travail quotidien qu'on n'avait pas prévu

Deux tâches quotidiennes conditionnent le reste, et ce sont elles qui font abandonner.

L'aération d'abord. Une serre fermée par un beau jour de mars dépasse ce que supportent de jeunes plants. Au-delà de 30 degrés, la nouaison de la tomate se dégrade et les fleurs coulent ; au-delà de 35, la plante se met à l'arrêt. Visez une surface d'ouverture d'environ un cinquième de la surface au sol : pour 9 mètres carrés, deux lucarnes de toit, la porte, et si possible un ouvrant latéral. Les modèles d'entrée de gamme n'ont qu'une petite lucarne, très insuffisante.

L'arrosage ensuite. Sous serre, il ne pleut jamais : tout vient de vous, et le besoin dépasse celui du plein champ, le sol n'étant jamais rechargé par une averse. De mai à septembre, comptez un passage quotidien, deux les jours de canicule pour les cultures en pot. Un goutte-à-goutte sur programmateur transforme la contrainte en routine, sans mouiller le feuillage.

Reste l'ombrage : de juin à août, surtout au sud de la Loire, un voile ou un blanchiment de la face sud évite les brûlures et le blocage de la fructification, et se retire à la mi-septembre.

Ce qu'on y cultive vraiment, mois par mois, sans chauffage

PériodeCe que la serre permetLe point de vigilance
FévrierSalades, radis, oignons, fèves ; plants démarrés sur nappe chauffanteUne serre froide ne fait pas lever une tomate, il lui faut 20 degrés
MarsSemis directs de carottes courtes, radis, salades, poisAérer dès 10 heures, même s'il fait 8 degrés dehors
AvrilPlantation des tomates dans le Midi et sur la façade atlantiqueUne nuit à -3 degrés tue les plants malgré la serre
MaiTomates, poivrons, aubergines, concombres dans la moitié nordL'arrosage quotidien commence ici
Juin à aoûtPleine production, basilic et melon dans les régions fraîchesOmbrage, aération maximale, araignée rouge
SeptembreTomates prolongées ; semis de mâche, épinard, salades d'hiverAérer le matin pour évacuer l'humidité de la nuit
OctobreFin des cultures d'été, salades d'hiver, rentrée des potées fragilesNettoyer les vitrages : la lumière d'hiver ne pardonne pas
Novembre à janvierMâche, épinard et salades semées en septembre, récoltés au ralentiCroissance nulle : on conserve, on ne produit pas ; ouvrir dès que le temps le permet

Une précision qui évite des déceptions : dans la moitié nord, le jour passe sous les dix heures au début de novembre et n'y revient qu'au début de février. Sous ce seuil, une plante ne pousse quasiment plus : la serre conserve une récolte semée en septembre, elle n'en crée pas de nouvelle. C'est aussi pourquoi les semis de tomates démarrent à la maison ou sur nappe chauffante, comme dans notre guide pour réussir ses semis en intérieur.

Les ennuis propres à la serre et les signaux d'alerte

Le climat abrité favorise aussi ce qui vous embête, et trois problèmes reviennent presque systématiquement.

L'araignée rouge, minuscule acarien, prospère dans une atmosphère chaude et sèche, le climat d'une serre mal aérée en juillet. Signal d'alerte : un feuillage piqué de points clairs, puis de fines toiles à l'aisselle des feuilles. Contre-feu : humidifier le sol et les allées en fin de matinée. L'aleurode, cette mouche blanche qui s'envole en nuage quand on touche un plant, se surveille avec des panneaux englués jaunes posés dès juin.

La pourriture grise s'installe à l'inverse quand l'air est frais et saturé, en septembre et en octobre, sur les blessures de taille et les fleurs fanées. La parade tient en deux gestes : aérer chaque matin, même dix minutes, et tailler par temps sec en emportant les débris. Les symptômes se confondent avec ceux d'autres champignons, et notre dossier pour reconnaître les trois grandes maladies du feuillage aide à trancher.

Le troisième ennui est invisible : la fatigue du sol. Quatre ou cinq années de tomates dans la même terre installent maladies telluriques et nématodes, et le rendement baisse sans symptôme sur le feuillage. Le signe qui alerte : une plante qui végète alors que rien ne cloche, avec des racines brunes et boursouflées à l'arrachage. Alternez avec des concombres, des salades ou des haricots, renouvelez les vingt premiers centimètres de terre planche par planche, et gardez quelques pieds en gros bacs de terre neuve.

Si vous appliquez un produit de traitement dans ce volume fermé, lisez l'étiquette, respectez les doses et les délais avant récolte, et aérez largement pendant et après. Un espace clos concentre tout, y compris ce que vous pulvérisez.

Faut-il en acheter une : la réponse par profil

Vous semez vous-même, dans la moitié nord, et vous êtes là en journée. Oui, c'est le cas où elle change le plus de choses. Visez 6 à 9 mètres carrés, polycarbonate de 4 à 6 millimètres, deux lucarnes à vérins, une embase ancrée.

Vous voulez seulement avancer vos semis de février à avril. Non, ou pas tout de suite. Un coin lumineux avec une nappe chauffante, plus deux châssis vitrés dehors, coûtent une fraction du prix et donnent de meilleurs plants.

Vous jardinez dans le Midi. Oui, mais à l'envers : précocité de février à mai, arrière-saison, hivernage des potées. En juillet, elle sera vide ou ombragée.

Vous êtes absent toute la semaine. Seulement équipée : vérins sur toutes les lucarnes, goutte-à-goutte programmé. Sans cela, un week-end d'avril ensoleillé suffit à cuire tous vos plants.

Vous manquez de place, ou vous êtes sur une terrasse. Une serre à étagères sous housse dépanne pour endurcir les plants, à condition de l'arrimer et de l'ouvrir chaque jour. Elle tient deux ou trois saisons, pas davantage.

Dans tous les cas, matérialisez l'emplacement au sol avec des piquets et une ficelle avant de commander, passez une journée à observer l'ombre portée, et appelez la mairie. Ces trois heures évitent l'erreur la plus courante, qui n'est ni le vitrage ni la marque : une serre trop petite, posée au mauvais endroit.

Questions fréquentes

Une serre non chauffée protège-t-elle du gel ?

Très peu. Sur une nuit claire, une serre froide rend 2 à 3 degrés au mieux, souvent moins sur une petite structure sans inertie. À -5 degrés dehors, il gèle à l'intérieur. Elle protège en revanche très bien du vent, de la pluie froide et des gelées blanches légères. Pour garder des plantes réellement hors gel, il faut un chauffage d'appoint, un voile posé sur les plantes à l'intérieur, ou une pièce fraîche de la maison.

Quelle taille de serre choisir pour une famille ?

Entre 6 et 9 mètres carrés pour un usage courant, semis au printemps et tomates en été. En dessous de 6, les écarts de température deviennent violents, une allée correcte ne tient plus et vous butez dans tout. Au-delà de 12, l'entretien et l'arrosage prennent du temps, mais la conduite est bien plus facile. Regardez aussi la hauteur du pied-droit, au moins 1,60 mètre, sinon on travaille plié en deux le long des côtés.

Verre ou polycarbonate, que choisir ?

Le verre horticole donne la meilleure lumière et ne vieillit pas, mais il casse, il pèse lourd et il isole mal. Le polycarbonate alvéolaire isole mieux, diffuse la lumière, résiste aux chocs et se pose sans risque près des enfants, au prix d'une transparence moindre et d'un jaunissement lent au fil des années. Pour une serre qui sert surtout de mars à octobre, le polycarbonate de 4 à 6 millimètres est le compromis le plus sûr.

Faut-il une autorisation pour installer une serre de jardin ?

Au-delà de 5 mètres carrés d'emprise au sol, une déclaration préalable de travaux en mairie est généralement demandée, et un permis de construire au-delà de 20 mètres carrés. Le plan local d'urbanisme peut imposer des règles plus strictes, notamment sur les distances aux limites de propriété ou en secteur protégé. Une taxe d'aménagement peut aussi s'appliquer. Un appel à la mairie avant l'achat coûte cinq minutes et évite un démontage.

Peut-on cultiver des tomates au même endroit tous les ans ?

Pas indéfiniment. Au bout de trois ou quatre années de tomates dans la même terre, les maladies du sol et les nématodes s'installent, et le rendement chute sans cause visible sur le feuillage. Trois solutions se combinent bien : alterner avec des concombres, des salades ou des haricots, remplacer les vingt premiers centimètres de terre sur une planche à tour de rôle, et cultiver quelques pieds en gros bacs de terre neuve pour souffler une saison.

Une serre est-elle utile dans le Midi ?

Utile, mais pas pour les mêmes raisons que dans le Nord. En plein été, elle devient inutilisable sans ombrage : les températures y dépassent largement ce que supporte une tomate. Son intérêt se déplace vers la saison froide, avec des semis très précoces dès février, des salades et des jeunes pousses tout l'hiver, et l'hivernage des plantes en pot fragiles. Dans la moitié nord, c'est l'inverse, elle sert surtout d'avril à octobre.

Les fiches plantes du sujet

Tomate

Solanum lycopersicum

  • Plein soleil
  • Demande de la main

Poireau

Allium ampeloprasum var. porrum

  • Plein soleil
  • Demande de la main

Blette

Beta vulgaris subsp. cicla

  • Mi-ombre
  • Facile

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