Jardin vivantComprendre
Mildiou, oïdium, rouille : reconnaître les trois grandes maladies
Une tache brune sur une tomate, un voile blanc sur une courgette et des points orange sous un poireau ne demandent ni la même urgence ni le même geste. Voici comment trancher en trente secondes.

L'essentiel
- Le blanc de l'oïdium s'efface sous le doigt, la tache du mildiou reste dans le tissu : ce seul test tranche entre les deux en deux secondes.
- Le mildiou demande de l'eau liquide sur la feuille pendant plusieurs heures et des températures d'environ 15 à 22 °C ; l'oïdium n'a besoin d'aucune goutte, seulement de nuits humides et de journées chaudes.
- Des taches brunes sur les tiges et les pétioles d'une tomate, et non plus seulement sur les feuilles, signent un pied perdu : on l'arrache au lieu de le traiter.
- La rouille coûte de la vigueur, presque jamais la culture : au-delà d'un tiers du feuillage atteint, on retire les feuilles marquées et on cesse tout apport d'azote.
- Cuivre et soufre agissent en barrière, pas en réparation : appliqués sur une tache déjà formée, ils ne redonnent aucune feuille saine.
Une tache brune sur une feuille de tomate, un voile blanc sur une courgette et des points orange sous un poireau ne demandent ni la même urgence ni le même geste. Ces trois maladies se reconnaissent en quelques secondes, à condition de regarder la bonne face de la feuille et de se souvenir du temps qu'il a fait les jours précédents. Le diagnostic compte, parce qu'il décide s'il faut agir aujourd'hui, dans la semaine, ou pas du tout.
Ce qui sépare les trois maladies avant même de regarder la plante
Les trois sont des maladies dites cryptogamiques, provoquées par des champignons ou par des organismes proches. Cette parenté cache trois modes de vie très différents, ce qui explique qu'une même conduite ne puisse pas les concerner toutes.
Le mildiou n'est pas un champignon au sens strict : c'est un oomycète, une lignée à part, plus proche des algues. Sa spore a besoin d'eau liquide sur la feuille pour germer. Pas d'humidité de l'air : de l'eau, une pluie, une rosée qui dure, un arrosage passé par-dessus le feuillage. Avec des températures douces, de l'ordre de 15 à 22 °C, et des feuilles mouillées pendant plusieurs heures d'affilée, l'infection se fait en une nuit et devient visible deux à quatre jours plus tard.
L'oïdium fonctionne à l'inverse. Ses spores germent sans film d'eau, sur des feuilles sèches, dès que l'air est humide la nuit et chaud dans la journée. D'où son explosion en juillet et en août, quand on croit qu'il fait trop sec pour qu'une maladie s'installe. Une pluie franche en emporte même une partie.
La rouille tient le milieu. Elle réclame plusieurs heures d'humidité pour s'installer, comme le mildiou, mais elle progresse lentement, feuille par feuille, sans jamais faire s'effondrer une culture en un week-end.
Le diagnostic en trois questions
Trois observations suffisent presque toujours : sur quelle face de la feuille se trouve le symptôme, ce qui se passe quand on frotte du bout du doigt, et quel temps il a fait la semaine précédente.
| Critère | Mildiou | Oïdium | Rouille |
|---|---|---|---|
| Aspect | Taches vert-gris d'aspect huileux, qui brunissent, contour flou | Feutrage blanc farineux, contour net | Petites pustules poudreuses, orange à brun rouille |
| Face concernée | Dessus, avec un duvet blanc-gris au revers par temps humide | Le dessus d'abord, puis les deux faces | Le revers, avec une tache jaune en vis-à-vis dessus |
| Test du doigt | Rien ne part, la tache est dans le tissu | Le blanc s'efface au frottement | La poudre colore le doigt en orange |
| Vitesse | Très rapide, un pied peut être perdu en 3 à 5 jours | Lente, sur plusieurs semaines | Moyenne, feuille par feuille |
| Météo qui déclenche | Pluie ou rosée longue, feuillage mouillé, 15 à 22 °C | Nuits humides, journées chaudes et sèches | Humidité prolongée et temps doux, printemps et arrière-saison |
| Cultures les plus exposées | Tomate, pomme de terre, vigne, oignon, basilic | Courgette et courges, rosier, vigne, fraisier | Poireau, ail, haricot, rosier, framboisier, menthe, rose trémière |
| Ce qu'on risque de perdre | La récolte entière, parfois en une semaine | Du rendement et trois semaines de production | De la vigueur, rarement la culture |
| Premier geste utile | Couper et sortir les parties atteintes, ne plus mouiller le feuillage | Aérer, retirer les feuilles les plus prises | Retirer les feuilles marquées, couper l'azote |
Une quatrième question sert de garde-fou : quelle plante est touchée. Ces champignons sont très spécialisés. Le blanc du rosier et celui de la courgette portent le même nom d'usage sans être la même espèce, et ne se transmettent pas de l'un à l'autre. Le mildiou de la tomate et celui de la pomme de terre, eux, sont bien le même organisme : un tas de fanes contaminées à côté d'un rang de tomates est un vrai risque.
Le mildiou : deux journées humides décident de la récolte
C'est la seule des trois qui peut coûter une culture entière. Sur la tomate, tout commence par des taches d'un vert grisâtre, comme si la feuille avait été mouillée d'huile. Elles brunissent en un ou deux jours, s'étendent sans respecter les nervures, et un liseré blanc grisâtre apparaît au revers quand l'air reste humide. Les fruits se marbrent de zones brunes, bosselées, dures au toucher. La conduite complète de la culture est détaillée sur notre fiche tomate.
Sur la pomme de terre, les taches partent du bord du limbe et le feuillage noircit en quelques jours. Sur la vigne, ce sont des taches d'huile jaunes sur le dessus, avec le duvet blanc au revers. Sur l'oignon, les feuilles se couchent et les bulbes se conservent mal. Sur le basilic, un jaunissement entre les nervures et un feutrage grisâtre dessous, très fréquent en pot mal aéré.
Les premières taches sont là : que faire dans l'ordre
- Coupez les feuilles atteintes et les rameaux marqués, par temps sec, et sortez-les du jardin sans les secouer au-dessus des autres plants.
- Vérifiez tiges et pétioles. Taches brunes dessus, le pied est condamné : arrachez-le.
- Récoltez immédiatement les fruits fermes et sans marque, même verts, et faites-les mûrir à l'intérieur.
- Arrêtez tout arrosage par aspersion et arrosez strictement au pied, le matin.
- Effeuillez le bas des pieds sains jusqu'au premier bouquet pour dégager 30 à 40 cm entre le sol et le feuillage.
- Sur pomme de terre, coupez les fanes atteintes et attendez deux à trois semaines avant d'arracher : les tubercules se contaminent à la récolte, au contact d'un sol chargé de spores.
L'oïdium : le blanc qui s'efface sous le doigt
C'est le symptôme le plus reconnaissable des trois. Un feutrage blanc, sec, farineux, apparaît en plaques rondes sur le dessus des feuilles, puis couvre tout le limbe. Il s'efface au frottement, ce qui le distingue des marbrures naturelles de certaines variétés de courgette, blanches elles aussi mais situées dans le tissu et impossibles à essuyer. Cette confusion fait arracher chaque été des plantes parfaitement saines.
Sur les courges et les courgettes, l'oïdium s'installe presque toujours à partir de la mi-juillet dans la moitié nord, plus tôt dans le Midi. Il fatigue la plante et avance la fin de production, sans rendre les fruits impropres à la consommation. La conduite d'une plante encore productive est décrite sur la fiche courgette. Sur le rosier, il déforme les jeunes pousses et couvre les boutons, qui s'ouvrent mal. Sur la vigne, il est nettement plus sérieux : atteints jeunes, les grains cessent de grossir et se fendent.
La rouille : des pustules orange au revers des feuilles
On la trouve en retournant une feuille. De petites boursouflures orange, brun clair ou brun sombre selon le stade, libèrent une poussière qui colore le doigt. Sur le dessus, en vis-à-vis, une tache jaune pâle trahit leur position. Les feuilles jaunissent puis sèchent, du bas vers le haut.
Le poireau la subit le plus souvent, lors des printemps et des automnes doux et humides, et sur les parcelles trop azotées. Elle touche aussi l'ail, le haricot, le framboisier, la menthe, le rosier et la rose trémière, où elle est presque systématique. Elle ne détruit pas la culture : elle réduit le calibre des fûts et fatigue les plantes, sans compromettre la récolte d'hiver. Les besoins et la conduite de la culture sont détaillés sur la fiche poireau.
Les fausses pistes qui font traiter pour rien
Une bonne part des « maladies » signalées au jardin n'en sont pas. Avant de conclure, éliminez ce qui n'a rien à voir avec un champignon.
À écarter avant de parler de maladie
- Taches claires ou argentées et sèches, en plein soleil : brûlure, souvent après un arrosage en pleine journée.
- Jaunissement entre les nervures, nervures restées vertes : carence, magnésium ou fer selon le cas, fréquente en sol calcaire ou en pot épuisé.
- Feuille terne, bronzée, très fine toile au revers : acariens, pas un champignon.
- Dépôt noir gras qui s'essuie au chiffon humide : fumagine, développée sur le miellat des pucerons, donc un problème d'insectes.
- Fond du fruit noir et aplati sur tomate ou poivron : nécrose apicale, liée à des arrosages irréguliers, jamais contagieuse.
- Taches brunes rondes à cercles concentriques, en cible, sur les feuilles basses de la tomate : alternariose, qui progresse beaucoup plus lentement que le mildiou.
- Feuilles du bas qui jaunissent en fin de saison, sans tache : vieillissement normal.
Prévenir, et ne traiter que quand cela change quelque chose
Le calendrier du risque
| Période | Risque dominant | Ce qui le déclenche | Le geste du moment |
|---|---|---|---|
| Mars, avril | Rouille sur poireaux et ail | Douceur humide | Récolter les derniers poireaux, ne pas laisser de résidus en terre |
| Mai | Mildiou sur pomme de terre et vigne | Pluies répétées, 15 à 20 °C | Espacer, butter, pailler pour couper les éclaboussures |
| Juin | Mildiou de la tomate, premières plaques d'oïdium | Orages, nuits humides | Effeuiller le bas, arroser au pied, inspecter après chaque pluie |
| Juillet, août | Oïdium au maximum, mildiou par vagues | Forte amplitude jour et nuit | Couper les feuilles atteintes deux fois par semaine |
| Septembre | Mildiou d'arrière-saison, rouille sur vivaces | Rosées longues au petit matin | Récolter vert, arracher les pieds finis |
| Octobre à février | Conservation de l'inoculum | Résidus et tubercules oubliés | Ramasser, sortir les débris, désinfecter tuteurs et lames |
Les gestes qui font vraiment baisser la pression
L'espacement vient en premier, loin devant le reste. Un rang de tomates à 60 ou 70 cm entre pieds sèche après une pluie ; le même rang à 40 cm reste humide toute la matinée. Même logique pour les courges, qui demandent au moins un mètre entre plants.
Viennent trois gestes de saison : arroser au pied le matin, pailler pour empêcher la pluie de projeter sur les feuilles basses les spores conservées dans le sol, et effeuiller le bas des tomates. Une culture sous abri, feuillage tenu au sec, subit une pression de mildiou sans commune mesure avec la même culture en plein vent.
Restent les gestes de fin de saison, les plus négligés : sortir les débris de culture, brosser puis essuyer les tuteurs à l'alcool ménager, désinfecter la lame du sécateur entre deux plantes malades, décaler les familles botaniques d'une année sur l'autre. Les variétés vendues comme tolérantes au mildiou tiennent mieux et plus longtemps, mais aucune n'est immunisée : elles reculent l'échéance, elles ne la suppriment pas.
Cuivre et soufre : ce qu'ils font, ce qu'ils ne font pas
Le cuivre, la bouillie bordelaise en tête, agit comme une barrière déposée sur la surface qu'il recouvre. Il ne pénètre pas dans la feuille et ne répare rien : une feuille tachée le restera, et une pousse apparue après le traitement n'est pas protégée. C'est un métal qui s'accumule dans le sol, ce pour quoi ses apports sont plafonnés au niveau européen ; la dose, le nombre d'applications et le délai avant récolte figurent sur l'étiquette, seule référence à suivre.
Le soufre est l'outil classique contre l'oïdium et freine une attaque en cours, sans redonner une feuille saine. Il devient toxique pour les plantes par forte chaleur, au-delà d'environ 28 °C, ce qui exclut les applications de milieu de journée en juillet. Le bicarbonate de soude figure parmi les substances de base autorisées en Europe, avec un effet réel mais modeste et fugace. L'efficacité du lait dilué et des préparations maison qui circulent, elle, n'est pas établie.
Un produit de traitement, même utilisable en agriculture biologique, reste un produit réglementé : lisez l'étiquette avant d'ouvrir le bidon, respectez les doses et les équipements indiqués, et demandez conseil à un professionnel devant un cas qui vous dépasse.
Le réflexe à avoir dès la première tache
Retournez la feuille, frottez la marque du bout du doigt, repensez au temps qu'il a fait. Ce qui s'efface est un oïdium, ce qui reste dans le tissu après une semaine humide est un mildiou, ce qui colore le doigt en orange est une rouille. Sur mildiou, agissez le jour même : coupez, sortez, arrosez au pied, et regardez les tiges pour savoir si le pied est récupérable. Sur oïdium et sur rouille, aucune urgence : retirez régulièrement les feuilles les plus atteintes, laissez le reste travailler jusqu'au bout du cycle, et jouez la saison suivante sur l'espacement, le paillage et la rotation plutôt que sur le pulvérisateur.
Questions fréquentes
Faut-il arracher un pied de tomate atteint de mildiou ?
Tant que les taches restent sur quelques feuilles basses, coupez ces feuilles, sortez-les du jardin et gardez le feuillage sec : le pied peut finir sa saison. Dès que les taches brunes gagnent les tiges ou les pétioles, la circulation de sève est atteinte et le pied ne se rattrape pas. Arrachez-le, récoltez les fruits encore fermes et sans marque, laissez-les mûrir à l'intérieur, et ne laissez surtout pas le pied malade en tas au bout de la planche.
L'oïdium de la courgette est-il grave ?
Rarement, et presque jamais avant la fin de l'été. Le feutrage blanc réduit la photosynthèse et fatigue la plante, ce qui se traduit par des fruits plus petits et une fin de production avancée de deux à trois semaines. Il ne rend pas les courgettes impropres à la consommation. Coupez les feuilles les plus atteintes au fur et à mesure, en gardant toujours les deux tiers du feuillage : une plante entièrement effeuillée expose ses fruits au soleil et brûle.
La bouillie bordelaise soigne-t-elle une plante déjà malade ?
Non. Le cuivre forme une barrière sur les surfaces qu'il recouvre et empêche des spores de germer là où il se trouve. Il ne pénètre pas dans le tissu et ne fait pas disparaître une tache installée. Une pluie franche en emporte une partie, ce qui explique les applications répétées. Ses apports sont encadrés par la réglementation européenne et par l'étiquette du produit, qui donne la dose, le nombre de traitements et le délai avant récolte : ce sont ces mentions qui font foi, pas une habitude de voisinage.
Peut-on composter les feuilles malades ?
Un compost qui monte franchement en température et qui est retourné détruit une grande partie des spores. Un tas froid en fond de jardin, retourné une fois par an, ne le fait pas : il conserve l'inoculum et le redistribue au printemps suivant. Dans le doute, sortez les feuilles atteintes de mildiou et les fanes de pomme de terre du circuit du compost. Les feuilles simplement marquées d'oïdium en fin de saison posent beaucoup moins de problème.
Une maladie peut-elle passer du rosier à la tomate ?
Non, et c'est une bonne nouvelle pour le diagnostic. Ces champignons sont très spécialisés : l'oïdium du rosier, celui de la courgette et celui de la vigne sont des espèces différentes qui ne se transmettent pas d'une famille botanique à l'autre. Même chose pour les rouilles, souvent inféodées à un seul genre de plante. Le mildiou de la tomate et celui de la pomme de terre, en revanche, sont bien le même organisme : un tas de fanes contaminées à côté des tomates est un vrai risque.
Que faire du sol et des tuteurs après une année de mildiou ?
Ramassez tous les débris de feuilles et de tiges, et sortez-les de la planche. Le mildiou de la tomate se conserve surtout sur des tubercules oubliés en terre et sur des résidus de culture, donc une fouille rapide de la parcelle de pommes de terre est utile. Brossez les tuteurs, puis passez un chiffon imbibé d'alcool ménager, comme sur les lames de sécateur. Enfin, décalez les solanacées de plusieurs mètres l'année suivante : la rotation ne supprime pas le risque, elle le retarde.
Les fiches plantes du sujet
À lire ensuite
Toute la rubriqueLe calendrier des semis : quoi semer, quand, et pourquoi pas avant
La bonne date de semis ne se lit pas sur le sachet mais dans la terre. Les seuils de température par espèce, les fenêtres par légume, le compte à rebours d'automne et le test qui juge vos vieilles graines.
Économiser l'eau au jardin : les cinq leviers qui comptent
La pelouse, les pots et les plantations de l'année consomment presque toute l'eau d'un jardin en été. Voici où elle part réellement, ce qui peut être coupé sans dégât, et les cinq leviers qui changent la facture.
Arroser son potager sans gaspiller : quand, combien, comment
Un potager mal arrosé consomme deux fois plus d'eau pour produire deux fois moins. Voici comment savoir quand arroser, combien apporter, et pourquoi arroser moins souvent donne de meilleures racines.
Continuer dans jardin vivant
- La haie libre : plus belle, moins de taille, pleine de vie
- Attirer les auxiliaires : le jardin qui se défend tout seul
- Économiser l'eau au jardin : les cinq leviers qui comptent
- Pucerons : comprendre la colonie avant de sortir le pulvérisateur
- Laisser un coin sauvage : la zone qui fait travailler tout le jardin






