Au jardin en septembreLe jardin, mois par mois

Jardin vivantComprendre

Pucerons : comprendre la colonie avant de sortir le pulvérisateur

Une colonie de pucerons n'est pas une urgence, sauf dans quatre situations précises. Voici comment lire ce que vous avez sous les yeux, repérer les auxiliaires déjà au travail, et décider en une minute.

Gros plan sur une jeune pousse de rosier colonisée par de petits insectes verts, une larve de coccinelle approche

L'essentiel

  • Dans de bonnes conditions, une colonie peut doubler en moins d'une semaine : ce qui doit décider, ce n'est pas le nombre de pucerons présents, c'est la vitesse à laquelle les tiges voisines se garnissent.
  • Les prédateurs arrivent avec deux à trois semaines de décalage sur les pucerons : traiter pendant ce creux remet leur population à zéro et rallonge le problème.
  • Quatre situations justifient d'agir sans attendre : semis et jeunes plants, cultures sous abri ou d'intérieur, jeune fruitier en formation, cucurbitacées exposées aux viroses.
  • Un jet d'eau ferme, répété deux à trois fois à trois ou quatre jours d'intervalle, règle la majorité des foyers sur plante robuste, sans rien pulvériser.
  • Une momie beige et gonflée, ou une larve grise tachée d'orange sur la colonie : ne pulvérisez rien, le travail est déjà commencé.

Un rosier couvert de petits insectes verts en mai n'est pas un jardin malade : c'est un jardin en avance sur ses prédateurs. La vraie question n'est donc pas comment les tuer, mais si votre situation fait partie des quelques cas où attendre coûte réellement quelque chose. Voici de quoi trancher en regardant la plante, pas la notice.

Une colonie qui double en quelques jours : la mécanique

Au printemps et en été, les pucerons se reproduisent sans mâle. Les femelles mettent au monde des larves déjà formées, à raison de quelques-unes par jour pendant deux à trois semaines, et ces larves deviennent elles-mêmes adultes en une semaine environ. Plus troublant : les embryons portent déjà les embryons de la génération suivante. La colonie que vous découvrez n'est pas arrivée, elle a été fabriquée sur place à partir d'une ou deux fondatrices.

C'est ce mécanisme qui donne l'impression d'une invasion en trois jours. Il explique aussi pourquoi un traitement qui laisse survivre dix pour cent d'une colonie n'a rien réglé : dix jours plus tard, la colonie est reconstituée, cette fois sans prédateurs autour.

Les ailés, le signal qui change la décision

Tant que la plante nourrit bien et que la place ne manque pas, les pucerons restent aptères, c'est-à-dire sans ailes. Quand la colonie devient trop dense ou que la sève s'appauvrit, une partie de la descendance naît ailée et part coloniser ailleurs. Des ailés en nombre sur un foyer signifient que la dispersion vers le reste du jardin a commencé : sur une culture sensible aux virus, c'est le dernier moment où protéger les plants voisins a un sens.

Ce que la piqûre coûte vraiment, et ce qu'elle ne coûte pas

Le puceron plante un stylet jusqu'aux vaisseaux conducteurs de sève élaborée, qui sont sous pression. Il n'a donc pas besoin d'aspirer : la sève arrive seule, en excès de sucres, et il rejette le surplus sous forme de miellat. Ce liquide collant tombe sur les feuilles du dessous et sur tout ce qui se trouve sous la plante, puis un champignon noir s'y installe, la fumagine. Cette suie ne pénètre pas les tissus : elle salit et fait de l'ombre, et part au lavage une fois la source tarie.

Les dégâts directs sont surtout des déformations : les jeunes feuilles s'enroulent autour de la colonie, ce qui la met à l'abri des prédateurs comme d'une pulvérisation. Sur un sujet installé, la floraison de l'année n'est pas compromise.

Le vrai coût est ailleurs : les pucerons transmettent des virus de plante. Pour une bonne partie d'entre eux, dits non persistants, la transmission se joue en quelques secondes de piqûre d'essai, avant même que l'insecte ne s'installe. Un insecticide appliqué après coup tue le puceron, jamais le virus. Sur courgette, concombre et melon, la protection se joue donc en amont : voile anti-insectes sur les jeunes plants, élimination rapide d'un plant qui montre une mosaïque jaune.

Reconnaître les alliés avant de les écraser

Avant toute décision, mettez le nez à vingt centimètres de la colonie et regardez ce qui s'y promène.

Ce que vous voyezQui c'estCe que ça faitÀ ne pas confondre avec
Larve allongée gris-bleu, tachée d'orange, six pattes, qui marche sur la colonieLarve de coccinelleDévore plusieurs centaines de pucerons avant sa nymphoseUne chenille, un ravageur inconnu
Petite larve molle, sans pattes, translucide, qui se dresse et tâtonneLarve de syrpheVide les pucerons un par un, jour et nuit, y compris dans les feuilles enrouléesUne limace miniature, un asticot suspect
Larve fuselée brun clair, avec deux pinces à l'avantLarve de chrysopePrédatrice très active, surnommée lion des puceronsUne larve de coléoptère nuisible
Puceron gonflé, beige à doré, immobile, collé à la feuille, parfois percé d'un trou rondMomie : puceron parasité par un micro-hyménoptèreChaque momie libère un parasitoïde qui ira pondre dans d'autres puceronsUn puceron vivant, une cochenille
Petites peaux blanches sèches accumulées sous la colonieExuvies, les mues des puceronsRien, c'est un déchetUne seconde invasion, un aleurode, une cochenille farineuse
Perce-oreille sorti la nuit dans un fruitierForficuleConsomme des pucerons la nuit, surtout sur arbres fruitiersUn ravageur pur, alors qu'il est mixte

Le décalage est la clé de l'affaire. Les prédateurs suivent la ressource, jamais l'inverse : comptez souvent deux à trois semaines entre l'installation d'une colonie et l'arrivée visible des larves de coccinelles et de syrphes. C'est pendant ce creux que la plupart des traitements sont déclenchés, et c'est pendant ce creux qu'ils font le plus de dégâts. Ce qui se construit sur plusieurs saisons, c'est une population qui répond vite, et cela se prépare comme nous le détaillons dans notre dossier pour attirer les auxiliaires au jardin.

Faut-il intervenir ? la grille qui tranche en une minute

SituationCe que vous voyezDécisionPourquoi
Rosier, arbuste ou vivace installé, avril à juinPousses garnies, reste du feuillage sainNe rien faire, revoir dans trois joursLa colonie s'effondre le plus souvent avant fin juin
Jeune plant repiqué depuis moins de trois semainesColonie sur le cœur, croissance à l'arrêtAgir sous 48 heures, à la main ou au jetTrop peu de feuilles pour encaisser
Semis, culture sous abri, plante d'intérieurQuelques dizaines d'individusAgir dès le repérageAucun prédateur n'arrivera spontanément
Jeune fruitier en formationPousses de l'année enroulées, croissance stoppéeAgir, et pincer les extrémités atteintesLa charpente de l'arbre se construit maintenant
Courgette, concombre, melonPucerons, puis mosaïque jaune sur les feuillesNe pas traiter la colonie, éliminer le plant douteux, protéger les suivants au voileLe virus est transmis avant l'installation
Fève ou haricot en pleine croissanceManchon noir sur les dix derniers centimètresÉtêter et éliminer la partie coupéeLe puceron noir colonise d'abord l'extrémité tendre
Colonie où l'on voit larves, syrphes ou momiesPucerons et auxiliaires mélangésNe rien pulvériser, surveillerUn traitement remet le compteur des prédateurs à zéro
Plante en pot sur balcon ou terrasseColonie et miellat sur la soucoupeDoucher au robinet, isoler du resteVolume limité, pas de renfort spontané

Sur un rosier établi, cette grille dit donc de ne rien faire, ce qui heurte mais tient : la colonie de mai n'entame ni la floraison ni la vigueur du pied, et la conduite de la plante est détaillée dans la fiche complète du rosier. Le seul geste utile est de couper les deux ou trois pousses les plus chargées.

Les quatre cas où l'on n'attend pas

Ce sont les seuls qui justifient une action rapide : un semis ou un jeune plant sans réserves, une culture sous abri ou d'intérieur coupée des prédateurs, un jeune fruitier dont on construit la charpente, une cucurbitacée exposée aux viroses. Partout ailleurs, la surveillance à trois jours suffit.

Les gestes qui règlent la plupart des foyers sans rien pulvériser

Du moins agressif au plus, dans cet ordre

  1. Écrasez la colonie entre le pouce et l'index, gantés, sur les pousses les plus atteintes. Trente secondes suffisent sur un jeune rosier.
  2. Pincez ou coupez l'extrémité quand la colonie tient sur cinq à dix centimètres, ce qui est le cas type des fèves et des jeunes pousses de fruitiers, et éliminez la partie coupée.
  3. Douchez au jet, ferme sans être décapant, en insistant sous les feuilles et dans les pousses enroulées. Recommencez deux à trois fois, à trois ou quatre jours d'intervalle.
  4. Coupez les apports d'azote sur la plante concernée jusqu'à la fin de l'épisode.
  5. Posez une bande de glu au pied si les fourmis montent en colonne.
  6. Attendez cinq à sept jours avant de juger, et regardez qui est arrivé sur la colonie avant de décider de la suite.

Le jet d'eau est sous-estimé. Un puceron délogé retrouve rarement sa plante, l'opération ne tue aucun auxiliaire et elle nettoie au passage le miellat qui nourrit la fumagine. Ses limites sont nettes : plantes fragiles, sujets en fleurs, feuillages enroulés où l'eau n'entre pas.

L'azote est l'autre levier discret. Une fumure trop riche produit exactement le tissu que le puceron recherche : pousses tendres, sève chargée en composés azotés solubles, croissance molle. À sol et à climat identiques, un potager copieusement fertilisé au printemps se fait plus coloniser qu'un jardin nourri sobrement. La question du dosage est traitée dans notre guide sur les engrais organiques et le risque de brûlure.

Si vous pulvérisez : ce que le cadre autorise, ce que ça détruit

Depuis 2019, un jardinier amateur n'a plus accès en France qu'aux produits de biocontrôle, aux produits à faible risque et à ceux utilisables en agriculture biologique. Cherchez sur l'emballage la mention d'emploi autorisé dans les jardins, vérifiez que l'usage « pucerons » est bien couvert pour la culture concernée, et suivez la dilution, le nombre d'applications et les précautions portées sur l'étiquette : elles font foi, pas un conseil de forum.

Le savon noir liquide est le recours le plus courant. Il agit strictement par contact, sans rémanence, ce qui impose une pulvérisation couvrante, dessous des feuilles compris, et une reprise cinq à sept jours plus tard. Traitez tôt le matin ou en fin de journée, hors soleil direct, jamais sur une plante en manque d'eau, et faites un essai sur quelques feuilles avant de traiter un feuillage duveteux.

Les insecticides végétaux à base de pyrèthre appellent une réserve claire : ils ne font pas le tri, et coccinelles, syrphes, chrysopes et pollinisateurs y passent aussi sûrement que les pucerons. Ils ne se justifient que sur un foyer localisé, jamais en préventif, jamais sur une plante en fleurs ou visitée. Sur fruitiers, les huiles appliquées pendant le repos végétatif visent les œufs d'hiver et se raisonnent à part, selon l'étiquette.

Avant d'appuyer sur la gâchette

  • Avez-vous cherché larves, syrphes et momies à vingt centimètres de la colonie ?
  • Le produit porte-t-il la mention d'emploi autorisé dans les jardins, avec l'usage pucerons sur cette culture ?
  • La plante est-elle hors floraison, ou hors des heures de passage des pollinisateurs ?
  • Fait-il moins de vingt-cinq degrés, et êtes-vous en début ou en fin de journée ?
  • Pouvez-vous réellement atteindre le dessous des feuilles et l'intérieur des pousses enroulées ?

Faire baisser la pression d'une année sur l'autre

Beaucoup d'espèces passent l'hiver sous forme d'œufs sur une plante ligneuse, puis colonisent au printemps des plantes herbacées. L'arrivée se fait par voie aérienne : un nettoyage soigné en juin ne préjuge en rien du printemps suivant. Ce qui change d'une année sur l'autre, c'est la vitesse de réponse des auxiliaires.

Trois leviers agissent sur cette vitesse. Le nectar disponible tôt d'abord : les syrphes et les parasitoïdes adultes se nourrissent de pollen et de nectar, et les fleurs en ombelle, coriandre, aneth ou fenouil laissés monter, comptent parmi les meilleures pourvoyeuses. Le gîte d'hiver ensuite : tiges creuses laissées debout, feuilles mortes au pied d'une haie, coin non tondu, tout ce qu'un ménage de printemps trop appliqué supprime. Le mélange enfin : une même espèce plantée en ligne serrée se fait parcourir bien plus vite qu'un semis diversifié.

Cette surveillance rapporte le plus au moment où tout pousse en même temps, dont le programme complet figure dans ce qu'il y a à faire au jardin en mai.

Ce que vous faites en sortant de cette page

Approchez-vous à vingt centimètres de la colonie et cherchez les larves, les syrphes et les momies. Si vous en voyez, ne touchez à rien et revenez dans trois jours. Sinon, regardez si la plante fait partie des quatre cas pressés : semis et jeunes plants, culture sous abri ou d'intérieur, jeune fruitier en formation, cucurbitacée exposée aux virus. Commencez alors par le doigt, le pincement des extrémités et le jet d'eau répété, et coupez l'azote. Gardez la pulvérisation pour un foyer localisé qui résiste, hors floraison et hors chaleur, avec un produit dont l'étiquette couvre l'usage. Et si vous ne retenez qu'un chiffre : deux à trois semaines, c'est le délai que mettent vos alliés à rattraper leur retard.

Questions fréquentes

Les pucerons peuvent-ils tuer une plante ?

Rarement en pleine terre, sur un sujet installé. Une colonie de printemps sur un rosier ou un arbuste déforme les jeunes pousses, poisse le feuillage, puis s'effondre. Le risque réel concerne trois cas : un semis ou un jeune plant qui a trop peu de feuilles pour encaisser les piqûres, une plante sous abri ou en intérieur où aucun prédateur n'arrive, et les cultures sensibles aux virus transmis par les pucerons, où c'est la maladie et non l'insecte qui condamne le plant.

Le savon noir est-il vraiment efficace, et à quelle dose ?

Il agit par contact, en mouillant le corps du puceron : tout ce que le liquide ne touche pas survit. Son efficacité dépend donc entièrement de la pulvérisation, dessous des feuilles compris et intérieur des pousses enroulées. Il n'a aucune action résiduelle, ce qui impose de recommencer au bout de cinq à sept jours. Respectez la dilution portée sur l'étiquette du produit que vous achetez, traitez tôt le matin ou en fin de journée, jamais en plein soleil ni sur une plante assoiffée.

Faut-il s'occuper des fourmis pour se débarrasser des pucerons ?

Les fourmis n'amènent pas les pucerons, mais elles les protègent : elles récoltent le miellat, déplacent les colonies et chassent activement les larves de coccinelles et de syrphes. Sur un arbuste ou un jeune fruitier où une colonne monte le long du tronc, une bande de glu posée sur un manchon protecteur, jamais directement sur une écorce fine, suffit souvent à laisser les prédateurs faire leur travail. Sur une plante herbacée, l'intérêt est beaucoup plus limité.

Le purin d'ortie fait-il fuir les pucerons ?

C'est d'abord un apport azoté et un stimulant, pas un insecticide. Aucun effet répulsif fiable ne lui est attribué, et un excès d'azote produit exactement ce que le puceron recherche : des pousses tendres et une sève riche. Un jardin arrosé généreusement au purin au printemps est souvent plus colonisé, pas moins. Si vous l'utilisez, gardez-le pour les cultures gourmandes en début de croissance, et jamais sur une plante déjà couverte de pucerons.

Les capucines détournent-elles vraiment les pucerons des légumes ?

Les capucines attirent effectivement le puceron noir, et servent parfois de plante piège près des fèves ou des haricots. Le résultat est très inégal d'un jardin à l'autre, et le piège se retourne vite : laissée en place, une capucine couverte de colonies devient un réservoir qui alimente le reste du carré. Si vous jouez cette carte, surveillez-la chaque semaine et coupez les parties colonisées, sinon l'effet net est nul ou négatif.

D'où viennent les pucerons chaque printemps ?

Beaucoup d'espèces passent l'hiver sous forme d'œufs sur une plante ligneuse, souvent un arbuste ou un arbre fruitier, puis migrent au printemps vers des plantes herbacées quand les jeunes pousses sont tendres. L'arrivée se fait par voie aérienne, sur des individus ailés, ce qui explique deux choses : une plante isolée n'est jamais à l'abri, et nettoyer un foyer en juin ne change rien à l'infestation de l'année suivante. Ce qui se joue d'une année sur l'autre, c'est la population d'auxiliaires.

Les fiches plantes du sujet

Tulipe

Tulipa

  • Plein soleil
  • Facile

À lire ensuite

Toute la rubrique