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Le calendrier des semis : quoi semer, quand, et pourquoi pas avant
La bonne date de semis ne se lit pas sur le sachet mais dans la terre. Les seuils de température par espèce, les fenêtres par légume, le compte à rebours d'automne et le test qui juge vos vieilles graines.

L'essentiel
- La température du sol à 5 cm, relevée le matin trois jours de suite, décide de la date : 8 degrés pour salades et pois, 12 à 15 pour haricots et courges, 18 à 20 pour les tomates.
- Un haricot semé dans un sol à 10 degrés met près de trois semaines à lever, contre huit jours à 15 degrés, et il pourrit souvent avant de sortir.
- Les semis d'intérieur se comptent à rebours de la dernière gelée : 6 à 8 semaines pour la tomate, 8 à 10 pour le poivron et l'aubergine, 3 à 4 seulement pour la courgette.
- La dernière gelée varie de six semaines dans le pays, de la mi-mars sur le littoral méditerranéen au début juin en altitude : c'est elle qui cale tout le printemps.
- Pour un semis d'arrière-saison, retirez de la date de première gelée le temps de culture puis deux semaines de ralentissement automnal ; si le compte est déjà passé, ne semez pas.
Un sachet de graines porte une période de semis imprimée pour toute la France, ce qui la rend approximative à peu près partout. La bonne date ne se lit pas sur le calendrier mais dans la terre : c'est sa température à cinq centimètres qui décide si une graine lève en cinq jours ou pourrit en trois semaines. Voici les seuils espèce par espèce, les fenêtres réelles selon votre région, et le calcul qui dit si vous êtes en avance ou déjà en retard.
La température du sol décide, pas la date imprimée sur le sachet
Une graine germe quand trois conditions sont réunies : de l'eau, de l'air, et une température suffisante. Les deux premières sont faciles à obtenir. La troisième est celle qu'on néglige, et elle explique l'essentiel des semis ratés de mars et d'avril.
Chaque espèce a un seuil en dessous duquel la graine ne fait rien. Un haricot semé dans un sol à 10 degrés met près de trois semaines à sortir, contre huit jours à 15 degrés, et il passe ces trois semaines à la merci des pourritures et des limaces. Semé quinze jours plus tard dans une terre réchauffée, il rattrape et dépasse celui d'avant. Les exigences détaillées figurent sur nos fiches, par exemple celle du haricot vert.
Mesurer coûte le prix d'un thermomètre de sol. Plantez-le à 5 à 10 centimètres, lisez vers 8 heures du matin, trois matins de suite, et retenez la valeur la plus basse : c'est celle que la graine subit. Une lecture prise à 15 heures en plein soleil ne veut rien dire.
Sans thermomètre, un indicateur gratuit fonctionne bien : le jour où les annuelles indésirables lèvent en masse sur une planche nue, le sol est assez chaud pour la deuxième famille. Tant que la terre reste nue et immobile, elle est encore froide.
Ce qui réchauffe une planche plus vite
Un sol bombé se réchauffe plus vite qu'un sol plat, un sol drainé plus vite qu'un sol gorgé d'eau, un sol nu plus vite qu'un sol paillé. En mars, écarter le paillage huit à dix jours avant un semis fait gagner deux degrés, et une bâche opaque posée deux semaines à l'avance avance la fenêtre d'une à deux semaines, à condition de l'ôter en semant.
Votre date de référence : la dernière gelée, chez vous
Tout le calendrier de printemps est suspendu à une seule date, la dernière gelée probable dans votre commune. Elle décale tout le reste, et elle varie de plus de six semaines à l'intérieur du pays.
Une fois cette date posée, les semis d'intérieur se calculent à rebours. Comptez 6 à 8 semaines avant la plantation pour la tomate, 8 à 10 pour le poivron et l'aubergine qui démarrent lentement, 3 à 4 semaines seulement pour la courgette et le concombre, environ 6 pour le basilic. Un plant de courgette semé en février n'est pas en avance, il est perdu.
Les semis en place, eux, se calent sur la température du sol et non sur la gelée : carottes, pois et épinards se sèment trois à six semaines avant, leurs jeunes plants encaissent le froid. Seules les cultures gélives, tomate, haricot, courgette, basilic, attendent la date. Sur les nuits limites, une protection légère déplace la ligne de quelques degrés, et le détail de quoi poser sur quoi est dans protéger son potager du gel tardif.
Le tableau des semis : quoi, où, quand, et pour quand
Les périodes ci-dessous valent pour la moitié nord de la France, en pleine terre. Avancez de deux à trois semaines dans le Midi et sur le littoral atlantique, retardez d'autant en altitude et dans l'Est.
| Culture | Sol minimum | Où semer | Période, moitié nord | Levée | Première récolte |
|---|---|---|---|---|---|
| Fève | 5 °C | En place | Octobre-novembre ou février-mars | 10-20 j | 3-4 mois |
| Petit pois | 6-8 °C | En place | Février-avril | 8-14 j | 3 mois |
| Épinard | 8 °C | En place | Mars-avril et août-septembre | 7-12 j | 6-10 semaines |
| Radis | 8 °C | En place | Mars-septembre | 3-5 j | 3-5 semaines |
| Laitue | 8 °C | Place ou godet | Mars-septembre | 5-10 j | 6-10 semaines |
| Carotte | 8-10 °C | En place | Mars-juillet | 12-20 j | 3-5 mois |
| Navet | 8-10 °C | En place | Mars-avril et juillet-août | 4-7 j | 6-10 semaines |
| Oignon, poireau | 10 °C | Terrine, repiquage | Février-avril | 10-15 j | 5-7 mois |
| Betterave | 10 °C | Place ou godet | Avril-juin | 8-14 j | 3-4 mois |
| Chou | 10-12 °C | Pépinière, repiquage | Mars-juin | 5-10 j | 3-6 mois |
| Persil | 10-12 °C | En place | Mars-juillet | 15-28 j | 2-3 mois |
| Mâche | 10-15 °C | En place | Août-septembre | 8-15 j | 2-3 mois |
| Haricot vert | 12 °C réels | En place | Mi-mai à mi-juillet | 6-10 j | 55-70 jours |
| Courgette | 13-15 °C | Godet ou place | Avril à l'abri, mai-juin dehors | 5-8 j | 8-10 semaines |
| Courge, potiron | 13-15 °C | Godet, plantation | Avril-mai | 5-8 j | 4-5 mois |
| Basilic | 18 °C | Godet à l'abri | Mars-mai | 5-10 j | 6-8 semaines |
| Tomate | 18-20 °C | Abri chauffé | Mars | 6-12 j | 4-5 mois |
| Poivron, aubergine | 20-22 °C | Abri chauffé | Février-mars | 12-20 j | 5 mois environ |
Trois lignes demandent une lecture attentive. Carotte, radis, navet et panais ne se repiquent pas : leur racine pivotante fourche dès qu'on la dérange. Laitue et mâche cessent de germer quand il fait trop chaud, au-dessus de 25 à 28 degrés pour l'une, de 20 degrés pour l'autre : en été, semez le soir, arrosez à l'eau fraîche, ombrez la ligne trois jours. Oignon et poireau occupent la planche cinq à sept mois, ce qui se décide en dessinant les rotations.
À vérifier avant d'ouvrir le sachet
- La température du sol à 5 cm le matin, pas celle de l'air à midi.
- Le nombre de jours restants avant l'arrière-saison, si le semis est tardif.
- La place disponible dans six semaines, pas celle d'aujourd'hui.
- La profondeur : deux à trois fois l'épaisseur de la graine, jamais plus.
- L'humidité de la planche : on sème sur une terre déjà fraîche, jamais sur une terre sèche qu'on arrosera après.
Semer en place ou semer en godet : le critère qui tranche
La question ne se tranche pas au confort, mais à la racine. Les espèces à pivot, carotte, panais, persil, mais aussi radis, navet, fève, pois et haricot, se sèment là où elles finiront. Un repiquage leur coûte plus qu'il ne leur apporte.
Tout le reste supporte le repiquage, et souvent le préfère. Laitue, choux, poireau, blette, betterave, courgette, tomate, poivron, aubergine, basilic : le godet donne trois avantages concrets. La planche n'est occupée qu'à partir de la plantation, le jeune plant passe sa phase fragile hors de portée des limaces, et le départ se prend trois à six semaines avant que le sol ne soit prêt. Pour les solanacées, qui demandent 4 à 5 mois du semis à la première récolte, c'est la seule façon d'arriver à la récolte sous nos latitudes, comme le rappelle la fiche de la tomate.
Le godet a un prix, et c'est la lumière : beaucoup de lumière, dès la levée, sinon les tiges s'étirent. C'est le point de bascule de tous les semis précoces d'intérieur, et la raison pour laquelle un semis de mars réussit là où un semis de février échoue.
Ce que coûte vraiment un semis trop précoce
En pleine terre, la graine attend dans un sol froid et humide pendant que champignons et limaces travaillent. Une levée de six jours en prend vingt, le taux de levée s'effondre, il faut ressemer : on repart plus tard qu'en ayant simplement attendu.
À l'intérieur, le problème est la lumière. En février, une fenêtre même plein sud donne une fraction de ce qu'une plantule réclame. La tige s'allonge, l'espacement entre les feuilles dépasse trois ou quatre centimètres, le plant se couche vers la vitre. Mis en terre en mai, il produira plus tard et moins bien qu'un plant semé six semaines après lui, trapu et vert foncé.
L'exception, ce sont les semis d'automne : fève, pois à grains ronds, et sous climat doux quelques salades d'hiver, semés en octobre et novembre parce que le froid ne les gêne pas et qu'ils prennent trois à quatre semaines d'avance au printemps.
Vos graines de l'an dernier sont-elles encore bonnes ?
Une graine ne meurt pas d'un coup : son taux de germination baisse d'année en année, plus ou moins vite selon l'espèce, et bien plus vite si le sachet a passé l'été dans un abri de jardin surchauffé.
| Durée germinative courante | Espèces |
|---|---|
| 1-2 ans | Panais, oignon, poireau, ciboulette, salsifis |
| 2-3 ans | Carotte, persil, épinard, fève, cerfeuil |
| 3-4 ans | Laitue, chou, poivron, aubergine, pois, haricot |
| 4-6 ans | Tomate, betterave, navet, radis, blette |
| 5-10 ans | Courge, courgette, concombre, melon |
Ces durées supposent un stockage au sec, au frais et à l'obscurité : une boîte hermétique dans une pièce non chauffée suffit. L'humidité et la chaleur divisent ces durées par deux ou par trois.
Le test de germination, quinze jours avant de semer
- Comptez dix graines du sachet, prises au hasard.
- Posez-les sur un papier absorbant humide, dans une boîte fermée, à température de la pièce.
- Gardez la boîte à l'abri du soleil direct et le papier humide, jamais détrempé.
- Attendez le délai de levée normal de l'espèce, plus trois jours de marge.
- Comptez les germées : 7 sur 10 ou plus, semez normalement ; 4 à 6, semez deux fois plus dense ; 3 ou moins, rachetez un sachet.
Échelonner et rattraper : la seconde moitié de la saison
Semer toute une ligne de radis d'un coup produit quarante radis la même semaine, puis plus rien. L'échelonnement se pratique à intervalle fixe : radis et roquette tous les 12 à 15 jours de mars à septembre, laitue toutes les deux à trois semaines, haricot vert en trois semis espacés de trois semaines entre mi-mai et mi-juillet.
Pour l'arrière-saison, un seul calcul évite de semer pour rien. Partez de la date de première gelée dans votre commune, retirez le nombre de jours jusqu'à la récolte annoncé pour l'espèce, puis retirez encore deux semaines : la croissance ralentit fortement en septembre et en octobre, quand le jour raccourcit et que le sol refroidit. Si le résultat tombe avant aujourd'hui, le semis ne donnera rien de récoltable.
Les premières gelées surviennent en général de fin octobre à mi-novembre en plaine dans la moitié nord, plus tard sur les littoraux doux, dès début octobre en altitude et dans l'Est. Et entre début novembre et début février, sous nos latitudes, le jour passe sous les dix heures : ce qui est en terre se conserve, mais ne grossit presque plus. Les semis d'août doivent donc avoir atteint leur taille avant cette bascule, ce que vise le programme du jardin en août.
Le plan de semis d'une année, en six décisions
- En janvier, notez votre date de dernière gelée probable et votre date de première gelée. Tout le reste en découle.
- En février, triez la boîte à graines, testez les sachets de plus de trois ans, et ne semez que poivron et aubergine, à l'abri et au chaud.
- En mars, semez tomate et basilic à l'abri, et dehors les espèces de la première famille dès que le sol dépasse 8 degrés trois matins de suite.
- En avril et en mai, suivez le thermomètre plutôt que le calendrier pour carottes, betteraves et choux, et gardez les gélives au chaud jusqu'à votre date de dernière gelée.
- De mai à juillet, échelonnez : une ligne de salade ou de radis toutes les deux semaines, trois semis de haricots.
- En août, appliquez le compte à rebours d'automne avant chaque semis, et remplissez chaque planche libérée.
Un thermomètre de sol et la date de dernière gelée de votre commune valent tous les calendriers imprimés : ce sont les deux seules données qui parlent de votre jardin, pas de la moyenne du pays.
Questions fréquentes
À quelle profondeur faut-il semer ?
La règle tient en une phrase : deux à trois fois l'épaisseur de la graine. Une graine de carotte ou de laitue se couvre donc d'un demi-centimètre à peine, un pois ou un haricot de deux à trois centimètres, une courge de trois. Semer trop profond est l'erreur la plus fréquente sur les petites graines : la plantule épuise sa réserve avant d'atteindre la lumière et ne sort jamais. En terre lourde, restez dans le bas de la fourchette.
Comment savoir si mon sol est assez chaud sans thermomètre ?
Trois indices concordants valent une mesure. Les annuelles indésirables lèvent en masse sur les planches nues, signe que le sol a dépassé 8 à 10 degrés. La terre s'émiette au râteau au lieu de coller en plaques, donc elle est ressuyée et se réchauffe. Les repousses spontanées de l'année précédente sortent toutes seules. Cela dit, un thermomètre de sol coûte le prix de deux sachets de graines et supprime la discussion, surtout pour les haricots et les courges, qui pardonnent mal l'à-peu-près.
J'ai semé trop tôt et rien ne lève, faut-il ressemer ?
Attendez d'abord le délai de levée normal de l'espèce, majoré de moitié si le sol est resté froid : une carotte peut mettre trois semaines en avril. Déterrez ensuite cinq graines. Si elles sont gonflées et intactes, elles travaillent encore, laissez faire. Si elles sont molles, brunes ou vides, elles ont pourri : ressemez quinze jours plus tard, dans une terre plus chaude, en semant un peu plus dense. Dans presque tous les cas, le second semis rattrape le premier avant la récolte.
Faut-il semer selon le calendrier lunaire ?
Aucune démonstration solide ne montre d'effet de la lune sur la germination ou sur la croissance des légumes. Ce qui pèse réellement, et se mesure, ce sont la température du sol, l'humidité, la lumière et la profondeur de semis. Cela n'empêche pas un calendrier lunaire de rendre service : il impose un rythme, fait passer au potager à date fixe et évite les semis oubliés. Suivez-le s'il vous rend régulier, mais ne lui sacrifiez jamais une bonne fenêtre de température.
Jusqu'à quelle date peut-on encore semer des haricots ?
Un haricot nain demande 55 à 70 jours entre le semis et la première cueillette, et il lui faut de la chaleur jusqu'au bout. Dans la moitié nord, le dernier semis raisonnable se situe vers la mi-juillet ; dans le Midi et sur le littoral atlantique, on peut aller jusqu'à la fin juillet. Au-delà, la floraison tombe dans des nuits trop fraîches et les gousses ne se forment plus. Le raisonnement vaut pour toute espèce : temps de culture, plus deux semaines, avant la première gelée.
Faut-il tremper les graines avant de semer ?
Le trempage se justifie sur les grosses graines à tégument dur, pois, fèves, haricots, betteraves, capucines : deux à six heures dans l'eau à température ambiante, pas une nuit entière, sinon elles s'asphyxient. Il fait gagner deux à quatre jours de levée, à condition de semer juste après dans une terre déjà humide. Sur les petites graines, carotte, laitue, radis, il n'apporte rien et les rend impossibles à manipuler. Une graine trempée ne se conserve plus : on sème tout ce qu'on a trempé.
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