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Éclaircir, repiquer, butter : trois gestes qui changent la récolte

Un rang trop dense donne des feuilles, pas des légumes. Les stades exacts pour éclaircir, la méthode pour repiquer sans perdre un plant, et la hauteur de buttage qui protège vraiment les tubercules.

Des mains prélèvent de jeunes pousses dans une ligne de semis serrée, quelques plantules posées sur la terre sombre

L'essentiel

  • Éclaircissez à la première vraie feuille : passé trois semaines, les racines s'enchevêtrent et retirer un plant en déchausse deux autres.
  • Deux passes valent mieux qu'une, 2 à 3 cm d'abord puis la distance finale trois semaines plus tard : 4 à 5 cm pour la carotte, 8 à 10 pour la betterave, 25 à 30 pour la laitue.
  • Les racines à pivot ne se repiquent jamais : carotte, panais, navet, radis et salsifis fourchent dès que le pivot est plié ou sectionné.
  • Repiquez après 17 heures ou par temps couvert, puis arrosez aussitôt 1 à 2 litres par plant : la reprise demande cinq à dix jours.
  • Buttez la pomme de terre dès 20 à 25 cm de tige en ramenant 10 à 15 cm de terre : un tubercule verdi par la lumière ne se consomme pas.

Un semis de carottes tracé à la main lève facilement cent à deux cents plants par mètre de rang. Il y a de la place pour vingt à vingt-cinq. Éclaircir, repiquer, butter : ces trois gestes ne rattrapent rien, ils décident, et chacun tient dans une fenêtre de quelques jours.

Trois gestes, une seule question : qui a la place de grossir

Un légume ne grossit pas grâce à l'engrais, mais grâce au volume de terre et de lumière qu'il a pour lui seul. Éclaircir supprime des concurrents sur la ligne. Repiquer envoie le plant vers son volume définitif et l'oblige à reconstruire ses racines. Butter ajoute du volume vertical autour d'une tige en place, et met à l'obscurité ce qui doit y rester.

Chacun a une fenêtre courte : trop tôt, le plant est trop fragile pour encaisser ; trop tard, les racines se sont enchevêtrées et la tige a durci. C'est ce calendrier serré qui fait rater ces gestes, bien plus souvent que la technique.

Éclaircir : une fenêtre d'une semaine, rarement plus

Le bon stade est la première vraie feuille, celle qui apparaît après les deux cotylédons et ressemble déjà à la feuille adulte. Selon la chaleur, on y arrive dix à vingt jours après la levée. Les racines des voisins ne se touchent pas encore : retirer un plant ne dérange pas celui qui reste.

Passé trois semaines, tout change. Les racines s'entremêlent, arracher un plant en déchausse deux autres, et les rescapés marquent un arrêt de croissance dont ils ne se remettent pas. Sur les légumes-racines, ce retard se lit sur le calibre à la récolte.

Deux passes plutôt qu'une

Une seule passe oblige à choisir très tôt, quand certains plants ne survivront pas de toute façon. La première ramène à 2 ou 3 cm dès la première vraie feuille, sans chercher la régularité. La seconde intervient trois semaines plus tard, à la distance finale, et fournit au passage des feuilles utilisables et les premières petites racines.

Le geste se fait sur sol humide : arrosez la veille, ou profitez du lendemain d'une pluie, sinon tout vient d'un coup. Pincez le plant au ras du sol, ou coupez-le aux ciseaux si la ligne est serrée. Retassez la terre autour des restants, puis arrosez : c'est ce dernier geste, celui qu'on oublie, qui referme les poches d'air.

Couper ou arracher ?

Couper au ras

  • Ne déplace jamais les voisins
  • Seule méthode sûre après trois semaines
  • Obligatoire sur carotte, panais, salsifis

Arracher

  • Enlève la racine entière, aucune repousse
  • Possible tant que les plants sont espacés de plus de 2 cm
  • Fournit des plants replantables sur laitue, betterave, blette

Sur carotte et panais, un détail change tout : l'odeur libérée par les feuilles froissées attire la mouche de la carotte, dont la larve creuse des galeries dans les racines. Éclaircissez en fin de journée, emportez les déchets loin du rang, puis arrosez pour rabattre l'odeur. Le reste de la conduite est dans la fiche de culture de la carotte.

Repiquer : tout se joue entre l'arrachage et l'arrosage

Repiquer, c'est déplacer un jeune plant vers sa place définitive, depuis une terrine, un godet ou une ligne de pépinière. L'opération casse forcément des radicelles : toute la technique consiste à en casser peu, puis à remettre les racines au contact de la terre au plus vite.

Les racines à pivot refusent le voyage : carotte, panais, navet, radis et salsifis donnent une racine fourchue dès que le pivot est plié ou sectionné. Haricot, pois et fève s'en passent aussi, sauf en godet et très jeunes. À l'inverse, poireau, chou, salade, céleri, blette et tomate se repiquent bien, et un poireau repiqué fait même un fût plus gros. Le bon stade : trois à quatre vraies feuilles, ou pour le poireau un fût gros comme un crayon, soit huit à dix semaines de pépinière.

Avant d'arracher le premier plant

  • La pépinière a été arrosée une à deux heures avant : on n'arrache jamais en terre sèche.
  • Les trous sont déjà faits, la terre d'accueil est humide sur 15 cm.
  • Le ciel est couvert ou il est plus de 17 heures, et l'arrosoir attend au bout du rang.
  • Les racines nues voyagent sous un linge humide, jamais exposées au vent.

Repiquer un plant à racines nues

  1. Soulevez les plants au transplantoir, en poussant la terre par en dessous, jamais en tirant sur les feuilles.
  2. Habillez poireaux et choux : feuillage raccourci du tiers, racines à 2 cm. Cela limite l'évaporation et provoque de nouvelles racines.
  3. Pralinez si vous avez le temps : une boue épaisse de terre et d'eau enrobe les racines et les empêche de sécher.
  4. Placez chaque plant au bon niveau : collet dégagé pour une salade, tige enterrée jusqu'aux premières feuilles pour un chou ou une tomate, fût enfoncé de 10 à 15 cm pour un poireau.
  5. Plombez : tassez la terre au contact des racines, puis arrosez au goulot, 1 à 2 litres par plant.
  6. Ombrez deux à trois jours si le soleil revient : cageot retourné, tuile de chant, branche feuillue.

Le poireau fait exception à l'étape 5 : on le glisse dans un trou fait au plantoir, on ne rebouche pas, on remplit le trou d'eau et la terre retombe seule autour du fût. Les distances et le calendrier complet sont dans la fiche du poireau.

La reprise demande cinq à dix jours, davantage par temps frais : un plant immobile une semaine reconstruit ses racines, ce n'est pas un échec. Le vrai signal d'alerte est ailleurs, feuilles molles dès le matin, cœur qui jaunit, plant qui bouge quand on le pince. Les racines ne sont alors pas au contact de la terre : retassez au pied et arrosez copieusement.

Butter : ce que la terre ramenée fait vraiment

Butter, c'est ramener la terre du rang contre le pied de la plante. Le geste est le même partout, il sert trois objectifs très différents.

L'ancrage d'abord : un haricot nain butté de 10 à 15 cm au stade des premières feuilles trifoliées ne se couche plus sous un orage. Les racines adventives ensuite, qu'une tige jeune fabrique dès qu'elle touche la terre, sur tomate, maïs et chou. L'obscurité enfin, et c'est le seul cas où le buttage n'est pas facultatif.

La pomme de terre, le cas où l'on ne discute pas

Le premier buttage se fait quand les tiges atteignent 20 à 25 cm : on ramène 10 à 15 cm de terre fine des deux côtés du rang, en ne laissant dépasser que le sommet. Le second intervient deux à trois semaines plus tard, avant que le feuillage ne referme le rang. Les stolons, ces tiges souterraines qui portent les tubercules, se forment au-dessus du plant de départ : sans terre au-dessus, ils n'ont nulle part où aller.

Le buttage sert aussi de couverture d'urgence : si une gelée tardive menace alors que les pousses ont 10 à 15 cm, recouvrez-les entièrement de terre, elles ressortiront intactes. Les dates de plantation et de récolte figurent dans la fiche de la pomme de terre.

Butter sans abîmer la structure du sol

La terre doit être humide et ressuyée, ni sèche ni collante. Une butte en terre sèche s'effrite et laisse des racines à l'air. En terre argileuse travaillée trop humide, les mottes sèchent en briques : attendez deux jours après la pluie. En terre sableuse, la butte s'affaisse à chaque averse, prévoyez un passage de plus.

Sur un rang paillé, on n'enterre pas le paillage : on l'écarte, on butte, on le remet. Une couche de paille de 20 à 30 cm renouvelée en cours de culture peut aussi remplacer le buttage de la pomme de terre, avec deux revers : elle abrite limaces et rongeurs, et elle exige un sol humide au départ.

Quel geste, pour quel légume, à quel stade

LégumeGeste décisifStade ou hauteurDistance finaleCe qu'on perd en sautant le geste
CarotteÉclaircir en deux passes1re vraie feuille, puis 3 semaines4 à 5 cmRacines filiformes, calibre nul
RadisÉclaircir tout de suiteCotylédons étalés3 à 4 cmDes feuilles, pas de racine
BetteraveÉclaircir, une graine donne plusieurs plants1 à 2 vraies feuilles8 à 10 cmRacines plates, enchevêtrées
Navet, panaisÉclaircir aux ciseaux, jamais repiquer1re vraie feuille10 à 12 cmRacines minuscules ou fourchues
ÉpinardÉclaircir2 vraies feuilles8 à 10 cmFeuilles étroites, montée à graine
LaitueÉclaircir, replanter les surnuméraires3 à 4 vraies feuilles25 à 30 cmPas de pomme, salade qui file
PoireauRepiquer, puis butter progressivementFût gros comme un crayon10 à 12 cmFût court et vert au lieu de blanc
ChouRepiquer profond, habiller, butter au vent4 à 5 vraies feuilles50 à 60 cmPlants versés, pommes petites
Céleri à côtesRepiquer, blanchir en fin de culture4 vraies feuilles30 à 40 cmCôtes plus fermes et plus amères
TomateRepiquer en godet, planter la tige enterrée2 à 3 vraies feuilles50 à 60 cmEnracinement pauvre au sec
Pomme de terreButter deux foisTiges à 20 à 25 cm30 à 35 cmTubercules verdis, rendement en baisse
Haricot nainButter une foisPremières feuilles trifoliées5 à 8 cmRangs couchés par le vent
Maïs douxButter au pied40 à 50 cm de hauteur30 à 40 cmPlants versés à la première bourrasque
Oignon de semisÉclaircir, ne jamais butter2 vraies feuilles8 à 10 cmBulbes petits, pourriture si on recouvre

Deux lignes méritent l'arrêt. Le radis est le seul légume qu'on éclaircit avant la première vraie feuille : son cycle de quatre à six semaines ne laisse pas le temps d'attendre. L'oignon est l'inverse du buttage : de la terre sur un bulbe qui grossit en surface prépare une pourriture de conservation, dégagez plutôt le haut du bulbe en fin de culture.

Les erreurs qui coûtent une récolte entière

Éclaircir trop tard, par pitié pour les plants. Les sacrifiés le sont quand même, et les rescapés ont pris trois semaines de retard.

Repiquer une racine à pivot. Carotte, panais, navet, radis et salsifis fourchent systématiquement, godet biodégradable compris.

Repiquer à midi, sans arroser derrière. Un plant à racines nues perd son eau en quelques minutes par vent sec. Repiqué à 18 heures et arrosé au goulot, il repart sans marquer.

Enterrer le collet d'une salade. Le point de départ des feuilles reste à l'air libre, sinon le plant pourrit au premier temps humide. Le chou et la tomate demandent l'inverse.

Butter sur une terre sèche et poussiéreuse. La butte se creuse à la première pluie et expose les racines. Arrosez le rang la veille.

Ce qui déplace les dates : le sol, la région, l'année

Aucune de ces opérations ne se programme à date fixe. Entre le pourtour méditerranéen et la moitié nord, l'écart de stade atteint couramment trois à quatre semaines au printemps, davantage en altitude. Fiez-vous au nombre de vraies feuilles et à la hauteur des tiges, pas au numéro de la semaine, et voyez le programme du jardin en avril pour le contexte du mois.

Le sol pèse autant. En terre argileuse, la fenêtre de buttage est étroite, coincée entre le collant et le dur. En terre sableuse, rien ne tient : buttes et arrosages se refont plus souvent. En sol caillouteux, aucun éclaircissage ne donnera des carottes droites, mieux vaut choisir des racines courtes ou rondes.

L'année compte enfin : un printemps froid étale la levée sur deux ou trois semaines et justifie les deux passes, un printemps sec impose de repiquer plus tard dans la journée et de doubler l'arrosage de reprise.

Trois décisions, trois fenêtres, une fois par semaine

Faites un tour dans vos rangs chaque semaine au printemps, et posez trois questions. Le semis a-t-il sorti sa première vraie feuille : éclaircissez le soir même à 2 ou 3 cm, sur terre humide, déchets emportés. Un plant de pépinière a-t-il quatre vraies feuilles, ou un fût gros comme un crayon : trous préparés, arrosage la veille, repiquage après 17 heures, plombage à l'eau. Les tiges de pomme de terre dépassent-elles 20 cm : buttez de 10 à 15 cm avant que la lumière ne trouve un tubercule.

Ces trois passages représentent moins de trois heures sur une saison, pour un écart de calibre qu'aucun engrais ne rattrapera.

Questions fréquentes

À quel stade faut-il éclaircir un semis ?

À la première vraie feuille, celle qui suit les deux cotylédons et ressemble déjà à la feuille adulte, soit dix à vingt jours après la levée selon la chaleur. À ce stade, les racines des voisins ne se touchent pas encore et le plant retiré ne dérange personne. Le radis fait exception : on l'éclaircit dès que les cotylédons sont étalés, sinon il ne fera jamais de racine. Passé trois semaines, coupez au ras au lieu d'arracher.

Peut-on replanter les plants retirés à l'éclaircissage ?

Sur laitue, blette, betterave et chou, oui : un plant soulevé avec un peu de terre, remis en place dans l'heure et arrosé aussitôt reprend en une semaine, et sa récolte arrive deux à trois semaines après celle du rang d'origine. Sur les racines à pivot, carotte, panais, navet, radis et salsifis, non : le pivot cassé ou plié donne une racine fourchue à coup sûr. Ces plants-là finissent au compost.

Faut-il vraiment butter les pommes de terre deux fois ?

Deux passages valent mieux qu'un seul, même copieux. Le premier intervient quand les tiges atteignent 20 à 25 cm : on ramène 10 à 15 cm de terre fine des deux côtés du rang. Le second, deux à trois semaines plus tard, rattrape la terre lessivée par les pluies et couvre les tubercules formés depuis. L'objectif ne change pas : qu'aucun tubercule ne voie la lumière, parce qu'un tubercule verdi ne se consomme pas.

Comment éclaircir les carottes sans attirer la mouche de la carotte ?

L'odeur libérée par les feuilles froissées attire cette mouche, dont la larve creuse des galeries dans les racines. Trois précautions limitent le risque : éclaircir en fin de journée ou par temps couvert, emporter immédiatement les déchets loin du rang au lieu de les laisser sur place, puis arroser la ligne pour rabattre l'odeur et refermer la terre. Un voile anti-insectes posé sur le rang complète la protection.

Mon plant repiqué ne pousse plus depuis dix jours, est-il perdu ?

Pas forcément. Un plant à racines nues reconstruit d'abord son système racinaire avant de refaire des feuilles : cinq à dix jours d'immobilité apparente sont normaux, davantage par temps frais. Le signal inquiétant est ailleurs, des feuilles molles dès le matin, un cœur qui jaunit, ou un plant qui bouge quand on le pince. Les racines ne sont alors pas au contact de la terre : retassez au pied et arrosez copieusement.

Peut-on éviter l'éclaircissage en semant moins dense ?

En grande partie, et c'est le meilleur usage de dix minutes au potager. Mélangez les graines fines à cinq fois leur volume de sable sec pour les répartir, ou posez-les une à une au doigt tous les centimètres. Le semis en poquets, trois graines tous les 10 cm pour une betterave, réduit encore le travail. Une passe d'éclaircissage reste utile, mais elle devient rapide et ne traumatise plus le rang.

Les fiches plantes du sujet

Carotte

Daucus carota subsp. sativus

  • Plein soleil
  • Demande de la main

Radis

Raphanus sativus

  • Plein soleil
  • Facile

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