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Réussir ses semis en intérieur : lumière, chaleur et repiquage

Un semis d'intérieur rate rarement par manque de chaleur : il rate par manque de lumière, ou parce qu'il a été semé six semaines trop tôt. Voici comment caler les dates, la lumière et la sortie.

Jeunes plants en barquettes sur un rebord de fenêtre, une main tasse le terreau autour d'une plantule

L'essentiel

  • La date de semis se calcule à l'envers : date de plantation dehors moins 6 à 8 semaines pour une tomate, 8 à 10 pour un poivron, 3 à 4 pour une courgette.
  • Chaud pour germer, frais pour pousser : 20 à 25 °C dans le substrat jusqu'à la levée, puis 3 à 5 °C de moins et la lumière la plus forte disponible.
  • La durée du jour passe d'environ dix heures à la mi-février à quinze à la mi-mai : sans lampe horticole, semez plus tard plutôt que plus tôt.
  • On repique au stade de la première vraie feuille, soit 15 à 25 jours après la levée, en tenant la plantule par une feuille et jamais par la tige.
  • L'endurcissement demande 7 à 14 jours de sorties progressives : sauté, il coûte plus de plants que tout le reste de l'itinéraire.

Un semis d'intérieur rate rarement par manque de chaleur : il rate par manque de lumière, ou parce qu'il a été lancé six semaines trop tôt. Une fenêtre de février éclaire beaucoup moins qu'on ne le croit, et une plantule qui file en trois jours ne rattrape jamais son retard. Voici comment poser les dates, régler la lumière et la température, puis conduire les plants jusqu'au jardin.

Semer trop tôt : l'erreur qui coûte la saison

La date d'un semis d'intérieur ne se lit pas sur le calendrier de janvier, elle se calcule à l'envers, à partir du jour où le plant ira dehors. Cette date de plantation dépend du dernier gel probable chez vous, pas d'une règle nationale : fin avril pour les solanacées dans le Midi, mi-mai dans la moitié nord, fin mai ou début juin en altitude et dans l'est continental.

On retire ensuite le nombre de semaines que la culture doit passer à l'abri. Une tomate semée le 15 janvier et plantée le 15 mai passe dix-sept semaines en godet quand il lui en faut six à huit : tige étirée, racines qui tournent en rond, parfois des fleurs dans un pot de 8 centimètres. Elle met trois semaines à repartir, quand un semis de la mi-mars s'installe en huit jours et la dépasse avant juillet.

CultureSemaines à l'abriGerminationLevéeRepiquageSemis, moitié nord
Poivron, aubergine, piment8 à 1025 à 28 °C12 à 20 jOui, en godetMi-février à début mars
Tomate6 à 820 à 25 °C6 à 10 jOui, tige enterréeMi-mars
Poireau d'été8 à 1015 à 20 °C10 à 15 jNon, en place au jardinFévrier à mars
Chou pommé, brocoli5 à 615 à 20 °C5 à 10 jOuiMars
Laitue de printemps4 à 515 à 18 °C4 à 8 jOuiFévrier à mars
Basilic6 à 820 à 25 °C5 à 10 jOui, en touffesMars à avril
Courgette, concombre3 à 422 à 25 °C4 à 8 jNon, semé en godetMi-avril

Dans le Midi, avancez de deux à trois semaines ; en altitude ou dans l'est, reculez d'autant. Ces mêmes cultures se sèment ensuite directement en place, et ces fenêtres figurent dans le calendrier des semis, culture par culture.

La lumière est le facteur limitant, pas la chaleur

Dehors en mai, une planche de potager reçoit plusieurs dizaines de milliers de lux pendant quinze heures. Derrière une vitre en février, une plantule en reçoit quelques milliers, quelques heures par jour, et seulement dans la bande où le soleil tape. Cet écart d'un ordre de grandeur explique la quasi-totalité des semis ratés.

Le symptôme s'appelle le filage, ou étiolation : la tige s'allonge vers la lumière, les entrenœuds s'écartent, elle s'affine et pâlit. Ce n'est pas de la croissance, c'est une fuite, et une tige filée ne s'épaissit jamais.

Sur un rebord de fenêtre

Sud ou ouest, c'est le minimum entre février et mars ; l'est convient à partir d'avril, le nord jamais. Trois gestes gratuits changent beaucoup : tourner la terrine d'un demi-tour chaque jour, poser derrière elle un carton blanc qui renvoie la lumière, et laver la vitre. Piège inverse : la nuit, derrière un rideau tiré, un rebord peut descendre sous 10 °C et bloquer net une solanacée. Rentrez les terrines le soir par temps froid.

Pour savoir où votre logement est vraiment lumineux, mieux vaut mesurer que deviner, comme nous l'expliquons dans la lumière chez soi, pièce par pièce.

Avec une lampe horticole

C'est l'achat qui change le plus le résultat, avant la nappe chauffante. Trois chiffres suffisent : 12 à 16 heures par jour sur un programmateur, une barre LED à 20 à 30 centimètres au-dessus des feuilles, remontée à mesure que les plants grandissent. Deux signaux corrigent la hauteur : des plants qui s'étirent encore, c'est trop loin ; des bords de feuilles décolorés ou recroquevillés, c'est trop près. Éclairer jour et nuit n'apporte rien, la plante a besoin d'une période sombre.

Chaud pour germer, frais pour pousser

Une graine et une plantule ne demandent pas la même température, et c'est la confusion la plus répandue. Pour germer, ce qui compte est la température du substrat, pas celle de l'air : 25 à 28 °C pour un poivron ou une aubergine, 20 à 25 °C pour une tomate, un basilic ou une courgette, 15 à 20 °C pour un chou, un poireau ou une laitue. Au-dessus de 25 à 28 °C, la laitue entre en dormance et refuse de lever.

Une nappe chauffante horticole donne la chaleur la plus régulière ; un radiateur, lui, chauffe trop fort et assèche la surface en quelques heures.

Dès la levée, tout s'inverse : baissez de 3 à 5 °C, surtout la nuit, et donnez la lumière maximale. Une plantule tenue à 24 °C sous une lumière faible file en une semaine ; la même à 16 ou 18 °C bien éclairée reste courte et trapue. Les repères propres à chaque légume figurent sur nos fiches de culture, par exemple celle de la tomate.

Contenant, terreau, arrosage : ce qui décide du taux de levée

Le contenant compte moins que sa propreté et son drainage : une terrine de 5 à 7 centimètres de profondeur suffit pour tout ce qui sera repiqué. Les grosses graines, courgette, concombre, courge, vont directement en godet de 7 à 8 centimètres, deux ou trois par godet dont on gardera la plus vigoureuse. Un pot de yaourt percé vaut une plaque alvéolée, à condition d'être lavé à l'eau chaude : les champignons de la fonte des semis survivent dans les vieux résidus.

Le terreau, lui, se choisit vraiment. Celui de semis est fin, tamisé, pauvre en éléments nutritifs. Un terreau universel contient des morceaux qui écartent les petites graines et une charge d'engrais qui brûle les radicelles. La graine porte ses réserves pendant deux semaines : elle demande un support propre, aéré et humide, rien de plus.

L'arrosage se fait par le bas. Posez la terrine dans un plateau d'eau à température ambiante, laissez la capillarité monter jusqu'à ce que la surface fonce, puis égouttez : vingt à trente minutes suffisent. Une terrine qui baigne en permanence asphyxie les racines et fabrique de la fonte des semis en trois jours. Avant la levée, un couvercle transparent maintient l'humidité : aérez-le dix minutes par jour, retirez-le dès que la moitié des plantules sont sorties.

À vérifier avant de semer

  • Contenants percés et lavés à l'eau chaude.
  • Terreau de semis, humidifié avant le semis et non après.
  • Une source de lumière identifiée pour les semaines qui viennent.
  • Une température de substrat adaptée à la culture semée.

La procédure, geste par geste

Semer une terrine en dix minutes

  1. Remplissez jusqu'à un centimètre du bord, égalisez à plat sans comprimer, humidifiez par le bas et laissez égoutter avant de poser la moindre graine.
  2. Semez clair : 2 à 3 centimètres entre deux graines en terrine, deux ou trois graines par godet pour les grosses.
  3. Recouvrez de deux à trois fois l'épaisseur de la graine. Laitue et céleri se contentent d'un voile, ils germent mieux à la lumière.
  4. Étiquetez tout de suite : trois semaines plus tard, deux plantules de tomates se ressemblent parfaitement.
  5. Couvrez, placez à la température de germination et vérifiez chaque jour dès le délai le plus court du tableau.
  6. Dès les premières pointes vertes, retirez le couvercle, passez à la lumière la plus forte et baissez la température.

Les graines ne se conservent pas toutes aussi longtemps : poireau, oignon et panais perdent leur pouvoir germinatif en un à deux ans, carotte et laitue tiennent deux à trois ans, tomate, courge et haricot quatre à six ans. Devant un vieux sachet, placez dix graines entre deux papiers humides à 20 °C : le nombre de germées en une semaine dit s'il faut semer plus dense ou racheter.

Repiquer au bon stade, puis endurcir avant de planter

Le repiquage

Le bon stade n'est pas une date, c'est une feuille. On repique quand la première vraie feuille, celle qui ressemble à la feuille adulte et non aux cotylédons ronds du départ, est bien formée : en général 15 à 25 jours après la levée. Trop tôt, la racine casse ; trop tard, les racines s'emmêlent et l'arrachage coûte une semaine.

Repiquer sans casser

  1. Arrosez la terrine une heure avant, pour que la motte se détache sans se déliter.
  2. Soulevez la plantule par le dessous avec un crayon, en gardant la terre autour des racines.
  3. Tenez-la par un cotylédon ou une feuille, jamais par la tige : une feuille déchirée se remplace, une tige écrasée est fatale.
  4. Faites un trou plus profond que nécessaire, descendez la plantule, ramenez le terreau, tassez du bout des doigts et arrosez aussitôt par le bas.
  5. Laissez 48 heures à la lumière tamisée avant de revenir en pleine lumière.

Une exception utile : la tomate s'enterre jusqu'aux cotylédons, sa tige émettant des racines sur la partie enfouie. C'est le seul rattrapage réel d'un plant filé. Ne le faites pas sur un poivron, une aubergine, un chou ou une cucurbitacée, dont le collet enterré pourrit.

Après repiquage, le substrat doit être un peu plus riche. Un plant qui reste plus de quatre à cinq semaines en godet demande un engrais liquide dilué de moitié tous les dix à quinze jours, aux doses de l'étiquette.

L'endurcissement

C'est l'étape que tout le monde saute, et celle qui tue le plus de plants. Un plant élevé à 20 °C, sans vent ni ultraviolets directs, n'a ni cuticule épaisse ni tige rigide : sorti d'un coup en plein soleil, il blanchit en une après-midi.

Comptez 7 à 14 jours. Les deux premiers jours, une à deux heures dehors, à l'ombre et à l'abri du vent. Ensuite on allonge, on passe au soleil du matin, puis à la journée complète. On rentre chaque nuit tant que les minimales descendent sous 10 °C pour les solanacées. Si une gelée tardive s'annonce une fois tout planté, les parades sont dans notre dossier sur la protection du potager contre le gel tardif.

Les ratés classiques et leur signal

Ce que vous voyezCause la plus probableCe qu'il faut faire
Tiges longues, pâles, couchées vers la vitreManque de lumière, aggravé par trop de chaleurLumière maximale, baisse de 3 à 5 °C, tige enterrée au repiquage pour les tomates seulement
Plantules couchées, tige brune et étranglée au ras du terreauFonte des semis, favorisée par l'excès d'eauPas de rattrapage à domicile : retirer les atteintes, aérer, ressemer en terreau neuf et contenants lavés
Rien ne lève après le double du délai annoncéSubstrat trop froid, graines trop enterrées ou lot trop vieuxVérifier la température du substrat, ressemer moins profond, tester dix graines sur papier humide
Cotylédons jaunes ou violacés, croissance arrêtéeRacines au froid, ou substrat épuisé après quatre semainesRemonter la température du substrat, repiquer dans un terreau plus riche
Feutrage blanc à la surface du terreauExcès d'humidité et manque de circulation d'airGratter la surface, aérer la pièce, laisser sécher le premier centimètre
Petits moucherons noirs sur le terreauSciarides, larves prospérant en substrat détrempéLaisser sécher la surface, arroser par le bas, poser des panneaux jaunes engluants
Feuilles blanchies ou bords brûlés après une sortieEndurcissement bâclé, coup de soleilRetour à l'ombre, reprise de l'endurcissement à zéro sur dix jours

La fonte des semis, en particulier, ne se soigne pas une fois déclarée : elle se prévient, par des contenants propres, un semis clair, un arrosage par le bas et de l'air qui circule.

Le plan de marche, de janvier à la plantation

Posez d'abord la date à laquelle vos plants iront dehors, d'après votre commune, pas une moyenne nationale. Remontez les semaines du tableau : vous obtenez vos dates de semis, souvent plus tardives que prévu. Achetez de la lumière avant de la chaleur : une pièce chaude et sombre fabrique des plants qui ne tiennent pas debout.

Semez clair, en terreau de semis, dans des contenants lavés et percés, arrosez par le bas, retirez le couvercle dès la levée et baissez la température. Repiquez à la première vraie feuille, plantule tenue par une feuille. Puis accordez-vous dix jours d'endurcissement : c'est le temps investi qui se rembourse le mieux. Un plant semé quinze jours plus tard et bien mené rattrape toujours un plant semé trop tôt et filé.

Questions fréquentes

Peut-on semer ses tomates dès janvier ?

Sans serre chauffée ni lampe, non. Une tomate a besoin de 6 à 8 semaines à l'abri, pas davantage. Semée en janvier et plantée à la mi-mai, elle passe dix-sept semaines dans un godet trop petit, file vers la fenêtre et fleurit avant d'avoir des racines. Un plant semé à la mi-mars la rattrape en trois semaines de jardin et la dépasse en juillet. Semer tôt n'avance pas la récolte, cela fabrique un plant fragile.

Une lampe horticole est-elle vraiment indispensable ?

Elle l'est seulement si vous voulez semer tôt. Sur un rebord plein sud, des semis lancés à partir de la mi-mars s'en passent très bien. Avant cette date, la lumière naturelle ne suffit plus à tenir des plantules trapues, et une lampe devient le seul moyen d'éviter le filage. Réglez-la sur 12 à 16 heures par jour avec un programmateur, à 20 à 30 cm au-dessus des feuilles, et remontez-la au fur et à mesure de la croissance.

Mes semis filent, puis-je encore les rattraper ?

En partie seulement. Une tige étirée ne s'épaissit jamais rétroactivement. Deux gestes limitent les dégâts : donner immédiatement la lumière la plus forte possible, et baisser la température de 3 à 5 °C, surtout la nuit. Les tomates se rattrapent bien, car leur tige enterrée jusqu'aux cotylédons au repiquage émet de nouvelles racines. Les poivrons, aubergines, choux et cucurbitacées ne le supportent pas : leur collet enterré pourrit. Pour eux, mieux vaut ressemer.

Faut-il vraiment un terreau spécial semis ?

Oui, et c'est l'un des rares achats qui change le taux de levée. Un terreau de semis est fin, tamisé et pauvre en éléments nutritifs. Un terreau universel contient des morceaux qui écartent les petites graines et une charge d'engrais qui brûle les radicelles. Une graine porte ses propres réserves pour ses deux premières semaines : elle a besoin d'un support propre, aéré et humide, pas d'un substrat riche. Le passage au riche se fait au repiquage.

Combien de temps faut-il endurcir les plants avant plantation ?

Comptez 7 à 14 jours, en augmentant progressivement. Les deux premiers jours, une à deux heures dehors, à l'ombre et à l'abri du vent. Ensuite, allongez et passez au soleil du matin, puis à la journée entière. Rentrez la nuit tant que les températures nocturnes descendent sous 10 °C pour les tomates, poivrons et aubergines. Un plant sorti d'un coup d'une pièce à 20 °C au plein soleil peut blanchir en une seule après-midi.

Pourquoi mes graines ne lèvent-elles pas du tout ?

Trois causes couvrent la quasi-totalité des cas. Le substrat est trop froid : un poivron à 16 °C peut mettre un mois à sortir, ou ne jamais sortir. Les graines sont trop enterrées : la règle est de couvrir de deux à trois fois l'épaisseur de la graine, et laitue comme céleri veulent être à peine couverts. Ou le lot est trop vieux : poireau, oignon et panais perdent vite leur pouvoir germinatif. Testez dix graines sur un papier humide avant de recommencer.

Les fiches plantes du sujet

Aubergine

Solanum melongena

  • Plein soleil
  • Exigeante

Poivron

Capsicum annuum

  • Plein soleil
  • Demande de la main

Poireau

Allium ampeloprasum var. porrum

  • Plein soleil
  • Demande de la main

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