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Les engrais verts : semer pour nourrir la terre, pas pour récolter

Une planche libérée en septembre peut passer l'hiver nue, ou passer l'hiver à travailler. Voici quelle espèce semer selon la date et la culture suivante, à quelle dose, et surtout quand la détruire.

Phacélie et moutarde en fleur en fin d'été, abeilles au travail, planche de potager nue à l'arrière

L'essentiel

  • Un engrais vert a besoin de 6 à 8 semaines de végétation réelle avant les premiers gels : en dessous, il ne produit pas assez de biomasse pour valoir le sachet de graines.
  • Seules les légumineuses, vesce, trèfle incarnat, féverole, apportent de l'azote nouveau. Les autres familles recyclent ce qui est déjà dans le sol, ce qui est utile mais différent.
  • Le seul seuil qui compte à la destruction est la montée à graine : fauchez au début de la floraison, jamais après.
  • Pas de crucifère, moutarde ou radis fourrager, sur une planche qui a porté ou qui portera des choux, navets ou radis dans les deux ans.
  • Comptez 2 à 3 semaines entre un couvert jeune laissé en surface et le semis suivant, 4 à 6 semaines pour un couvert fibreux incorporé.

Une planche qui se libère fin août peut passer l'hiver nue, ou passer l'hiver à travailler. Un engrais vert, c'est une culture qu'on sème sans intention de la manger : elle occupe le sol, le couvre, le fissure avec ses racines, et rend au printemps une partie de ce qu'elle a capté. Reste à choisir la bonne espèce, à la semer avant que la fenêtre se referme, et surtout à savoir la détruire au bon moment.

Ce qu'un engrais vert fait vraiment, et ce qu'il ne fait pas

Trois effets sont réels et visibles à l'œil nu. Le premier est la couverture : un sol occupé ne se croûte pas sous les pluies d'hiver, ne part pas en ruissellement sur une pente, et laisse beaucoup moins de place aux adventices annuelles. Le deuxième est racinaire : un pivot de radis fourrager perce une semelle de tassement là où le chevelu d'un seigle colle les particules en agrégats. Le troisième est alimentaire : la biomasse produite nourrit les vers, les collemboles et les champignons du sol, qui sont le vrai moteur de la fertilité.

Ce qu'un engrais vert ne fait pas, c'est importer de la fertilité. Il puise le phosphore, la potasse et le magnésium dans le sol, les stocke dans ses tissus, puis les rend en se décomposant. Le bilan net est nul, avec un vrai bénéfice : ces éléments ne sont pas partis dans la nappe pendant l'hiver, et ils reviennent sous une forme rapidement disponible. La seule exception est l'azote, et elle ne concerne que les légumineuses.

Sur la matière organique du sol, restons honnêtes. Un couvert d'automne correct produit de l'ordre de 200 à 500 grammes de matière sèche par mètre carré, et seule une petite fraction finira en humus stable. On ne remonte pas un taux de matière organique en une saison : on l'entretient sur dix ans.

Les quatre familles, et ce que chacune sait faire

Les légumineuses, seule famille qui apporte de l'azote

Vesce d'hiver, trèfle incarnat, féverole, pois fourrager. Leurs racines s'associent à des bactéries logées dans de petites nodosités roses, visibles si vous arrachez un pied, et fixent l'azote de l'air. Les ordres de grandeur retenus en agronomie vont de quelques dizaines à plus de cent kilos d'azote par hectare selon le développement du couvert, soit grossièrement de 3 à 10 grammes par mètre carré : de quoi couvrir une bonne part des besoins d'une culture moyennement gourmande.

Leur défaut est la lenteur. Une légumineuse démarre mollement à l'automne et ne donne l'essentiel de sa masse qu'au printemps, en mars et avril. Il faut donc la semer tôt, accepter qu'elle ne paie qu'en fin de parcours, et prévoir une planche libre jusqu'en avril ou mai.

Les crucifères, la vitesse contre une contrainte de rotation

Moutarde blanche, radis fourrager, navette, colza fourrager. Elles lèvent en trois à cinq jours et produisent une masse spectaculaire en six à huit semaines, ce qui en fait les reines des semis tardifs de fin d'été. Le radis fourrager mérite une mention à part : son pivot descend profond et laisse en pourrissant une galerie verticale que les racines suivantes empruntent.

Leur contrainte est sérieuse. Ce sont les mêmes plantes, botaniquement, que les choux, les navets, les radis, la roquette et le colza. Semer de la moutarde sur une planche à choux, c'est entretenir la hernie du chou et les altises. Cette famille ne forme pas non plus de mycorhizes, ces associations racinaires dont profitent beaucoup de légumes. Avant de semer une crucifère, regardez donc où en est votre plan de rotation des cultures au potager, et considérez les crucifères comme une culture de choux à part entière.

Les graminées, la structure et le piège à nitrates

Seigle, avoine, orge, ray-grass. Leur système racinaire fasciculé, un chevelu dense dans les trente premiers centimètres, est ce qui améliore le plus visiblement la structure d'un sol qui se compacte. Elles absorbent aussi rapidement les nitrates laissés par la culture précédente, qui seraient sinon lessivés vers la nappe par les pluies d'automne.

Le seigle est le plus rustique de tous les engrais verts : il lève par temps froid, se sème très tard et passe n'importe quel hiver métropolitain. Sa contrepartie, c'est une biomasse fibreuse au printemps, difficile à couper à la main et longue à se décomposer. L'avoine de printemps, souvent gélive sous nos hivers francs, offre un compromis plus facile à gérer sur une petite surface.

La phacélie et le sarrasin, les deux qui ne gênent aucune rotation

C'est leur intérêt majeur au potager : aucune des deux n'appartient à une famille de légumes cultivés en France, donc aucune interférence avec la rotation. La phacélie se sème du printemps à la mi-septembre, produit un feutrage racinaire fin qui laisse une terre remarquablement meuble, et fleurit en bleu mauve pour les abeilles. Le sarrasin est une plante d'été pure : semé après les dernières gelées, il couvre le sol en quatre à six semaines et se couche au premier gel.

Quelle espèce, pour quelle date et pour quelle suite

Les doses ci-dessous sont des doses de semis à la volée, un peu plus généreuses que les doses agricoles parce qu'un semis manuel est toujours moins régulier. Les températures de destruction par le gel sont des ordres de grandeur : elles dépendent du stade de la plante, de la durée du froid et de l'humidité du sol.

EspèceFenêtre de semisDose à la voléeTenue au froidDestructionÀ ne pas semer avant
SarrasinMai à mi-août5 à 8 g/m²Détruit au premier gel légerSe couche seul, ou fauche à la floraisonAucune contrainte
PhacélieAvril à mi-septembre1 à 2 g/m²Détruite par un gel franc et durableFauche au début de la floraisonAucune contrainte
Moutarde blancheJuillet à mi-septembre1,5 à 2,5 g/m²Détruite par un gel de quelques degrésFauche dès les premières fleursChoux, navets, radis, roquette
Radis fourragerAoût à mi-septembre2 à 3 g/m²Détruit par un gel francGel, puis les pivots pourrissent sur placeChoux, navets, radis, roquette
AvoineAoût à début octobre10 à 15 g/m²Souvent détruite par un hiver franc, tient les hivers douxFauche, ou gel selon la régionAucune contrainte courante
SeigleSeptembre à novembre15 à 20 g/m²Passe l'hiver partoutFauche au printemps, avant la montée à épiPlanches attendues tôt au printemps
Vesce d'hiverFin août à début octobre8 à 12 g/m²Passe l'hiverFauche au printemps, à la floraisonPois, fèves, haricots
Trèfle incarnatAoût à mi-septembre2 à 3 g/m²Passe l'hiverFauche à la floraison, en avril ou maiPois, fèves, haricots
FéveroleOctobre à novembre15 à 20 g/m²Passe l'hiver, sauf froid sévère prolongéFauche au printempsPois, fèves, haricots

Deux lignes se combinent particulièrement bien. Le mélange seigle et vesce est le couvert d'hiver le plus classique : la graminée porte la légumineuse, capte les nitrates et structure, la légumineuse compense l'azote que la paille de seigle immobilisera ensuite. Comptez environ deux tiers de la dose de chacun quand vous les mélangez.

La fenêtre de semis, et ce qui la referme

La règle vaut mieux qu'une date : un engrais vert a besoin de 6 à 8 semaines de végétation réelle, c'est-à-dire de jours où la terre est encore assez chaude pour qu'il pousse. Ce n'est pas la date de la première gelée qui ferme la fenêtre, c'est le moment où la croissance ralentit, autour de la mi-octobre dans une bonne partie du pays.

Le second facteur limitant est l'eau, et il est souvent décisif en août. Un sol de fin d'été peut être sec sur quinze centimètres : semer dedans sans arroser, c'est perdre son sachet. Le meilleur créneau reste le semis effectué juste avant une pluie annoncée, ou suivi de deux arrosages en pomme fine.

Si votre planche se libère en septembre, c'est le moment idéal pour la plupart des espèces, et le programme du mois est détaillé dans ce qu'il faut faire au jardin en septembre. Si elle se libère en novembre, ne forcez pas : un paillage de feuilles mortes rendra plus de services qu'un semis qui ne lèvera pas.

Semer, en une demi-heure

La procédure

  1. Coupez les résidus de la culture précédente au ras du sol et laissez les racines en place, elles font partie du travail.
  2. Griffez les trois à cinq premiers centimètres pour obtenir une terre fine. Aucun bêchage n'est nécessaire, et il serait contre-productif.
  3. Pesez la dose une première fois sur une balance de cuisine : 2 grammes par mètre carré, c'est bien moins que ce que la main a envie de jeter.
  4. Mélangez les graines à une poignée de sable sec, puis semez à la volée en deux passages croisés, la moitié de la dose à chaque passage.
  5. Enfouissez de 1 à 2 centimètres au râteau retourné. La phacélie germe mieux à l'obscurité : couvrez-la franchement.
  6. Plombez la surface au dos du râteau, puis arrosez en pluie fine et gardez humide jusqu'à la levée, trois à cinq jours pour la moutarde, huit à douze pour la phacélie.

Les jeunes crucifères sont un dessert pour les limaces, et les grosses graines de féverole intéressent les pigeons. Sur une petite surface, un voile posé une dizaine de jours règle les deux problèmes.

Détruire au bon moment : le geste qui décide de tout

C'est ici que les engrais verts se ratent, presque jamais au semis. Le seuil est simple et sans nuance : détruire avant la montée à graine. Passé ce stade, la plante se ressème et sa masse devient fibreuse.

La fibre pose un problème concret, la faim d'azote. Une matière jeune et tendre, riche en azote, se décompose en trois à quatre semaines et libère des éléments. Une matière mûre, riche en carbone et pauvre en azote, oblige les micro-organismes à emprunter l'azote du sol pour la digérer : pendant plusieurs semaines, la culture suivante en manque et jaunit.

Quatre méthodes de destruction, selon l'espèce et la saison. Le gel fait le travail seul sur le sarrasin, la moutarde, la phacélie et le radis fourrager : rien à faire, la planche se couvre d'un paillage naturel. La fauche au croissant, à la cisaille ou à la tondeuse en position haute convient à tout, avec la matière laissée sur place. La bâche opaque posée sur un couvert couché le détruit en trois à cinq semaines au printemps, deux fois plus longtemps en plein hiver. Le roulage, à la planche ou au rouleau, couche un seigle en fleur qui repart difficilement.

Ce qui compte ensuite, c'est de ne pas enterrer profond. Laissez la matière en surface, comme un paillage de potager choisi selon la culture, ou incorporez-la à la griffe dans les cinq à dix premiers centimètres. La matière verte enfouie à la bêche à vingt centimètres fermente en anaérobie, sent mauvais et perd l'essentiel de son intérêt.

Les cas où la règle générale ne suffit pas

Sur un potager en carrés ou en bacs, oubliez le seigle et la féverole : leur biomasse est disproportionnée par rapport à la surface et leurs racines sont pénibles à gérer sans outil. Phacélie, moutarde et trèfle incarnat se coupent aux ciseaux de jardin en cinq minutes et se laissent sur place.

Sur une terre argileuse lourde, le duo seigle et vesce est le meilleur investissement : le chevelu du seigle travaille la structure là où la bêche crée une semelle, et le couvert ressuie la planche plus vite au printemps. Ajoutez du radis fourrager si vous soupçonnez un tassement en profondeur.

Sur une terre sableuse, l'objectif change : c'est le lessivage qu'on combat. Une crucifère ou une graminée semée tôt capte les nitrates avant les pluies et les relâche au printemps. Le couvert y est plus utile comme éponge que comme fertilisant.

Sur une planche attendue très tôt, en février ou mars pour des petits pois ou des oignons, ne semez qu'une espèce gélive. Un seigle vivant en février se transforme en chantier. À l'inverse, une planche destinée à une culture plantée en mai comme la tomate accepte parfaitement un couvert de vesce fauché mi-avril.

À vérifier avant d'ouvrir le sachet

  • La planche reste-t-elle libre au moins six à huit semaines de végétation ?
  • Quelle famille de légumes occupera cette planche ensuite, et l'an prochain ?
  • Le couvert doit-il mourir seul au gel, ou serez-vous là pour le faucher ?
  • Pouvez-vous arroser jusqu'à la levée si la fin d'été est sèche ?
  • La planche doit-elle être nette pour un semis fin au printemps, ou recevra-t-elle des plants repiqués ?

Choisir en trois questions, avant de commander les graines

Quand la planche se libère-t-elle ? Avant la mi-septembre dans la moitié nord, tout est possible et la phacélie est le choix par défaut. Entre la mi-septembre et le début octobre, restez sur le seigle, l'avoine ou la vesce. Après la mi-octobre, seuls le seigle et la féverole ont encore un intérêt, et un paillage de feuilles fait souvent mieux.

Que cultiverez-vous ensuite, et à quelle date ? Une culture semée ou plantée en mars et avril impose une espèce gélive, détruite par l'hiver. Une culture de mai ou juin autorise un couvert d'hiver fauché au printemps, donc le meilleur rapport travail sur bénéfice. Et dans les deux cas, écartez la famille botanique de la culture à venir.

Cherchez-vous de l'azote ou de la structure ? L'azote passe par une légumineuse semée assez tôt, seule ou en mélange. La structure et la propreté de la planche passent par une graminée ou une crucifère, plus rapides et plus tolérantes sur la date de semis.

Si vous hésitez encore, faites le geste minimal : deux grammes de phacélie par mètre carré, semés dans les dix jours qui suivent la fin d'une récolte, plombés et arrosés une fois. Elle ne gêne aucune rotation, elle nourrit les abeilles en fin de saison, elle laisse une terre meuble, et si le gel l'emporte avant que vous ayez le temps de vous en occuper, elle aura quand même fait son travail.

Questions fréquentes

Faut-il enfouir un engrais vert ou le laisser en surface ?

Le laisser en surface fonctionne très bien et demande moins de travail : fauché au ras, il fait un paillage qui se décompose sur place en quelques semaines. L'incorporation légère, à la griffe, dans les cinq à dix premiers centimètres, accélère la décomposition quand vous êtes pressé au printemps. Ce qu'il ne faut pas faire, c'est enfouir profondément à la bêche : la matière verte enterrée à vingt centimètres fermente mal, en anaérobie, et le bénéfice sur la structure du sol est perdu.

Un engrais vert remplace-t-il le compost ?

Non, et c'est la confusion la plus fréquente. Un engrais vert ne fait entrer aucun phosphore ni potasse dans le jardin : il puise ces éléments dans le sol, les stocke dans ses tissus, puis les rend. Il déplace de la fertilité, il n'en importe pas. La seule exception est l'azote fixé par les légumineuses, réellement prélevé dans l'air. Compost et engrais vert se complètent donc : l'un apporte de la matière venue d'ailleurs, l'autre entretient la structure et la vie du sol.

Peut-on semer un engrais vert au printemps ?

Oui, sur une planche qui ne servira pas avant juin ou juillet. Le sarrasin est le champion de ce créneau : semé après les dernières gelées, il couvre le sol en quatre à six semaines et se fauche au début de la floraison. La phacélie fonctionne aussi, avec un cycle un peu plus long. Le piège du printemps, c'est le calendrier : un engrais vert semé en avril sur une planche attendue en mai ne sert à rien, il vous mettra simplement en retard.

Que faire si mon engrais vert n'a pas levé ?

Dans neuf cas sur dix, la cause est la sécheresse de fin d'été : la graine a gonflé, puis le premier centimètre de terre a séché avant l'enracinement. Un semis d'août ou de début septembre demande de l'eau jusqu'à la levée complète, soit trois à dix jours selon l'espèce. Les autres causes classiques sont un semis posé sur une terre trop grossière, les oiseaux sur les grosses graines, et les limaces sur les jeunes crucifères. Ressemez si la fenêtre est encore ouverte, sinon paillez.

J'ai laissé mon engrais vert monter à graine, est-ce grave ?

Ce n'est pas dramatique, mais cela crée du travail pour deux ou trois ans. Une moutarde ou une phacélie qui a grainé ressème la planche à chaque façon superficielle du sol, et vous retrouverez ses plantules au milieu des carottes. Fauchez au ras dès que vous vous en apercevez, évacuez les tiges portant des graines mûres au lieu de les laisser sur place, et prévoyez de biner ou de faux-semer la planche au printemps suivant.

Combien de temps attendre avant de semer après la destruction ?

Deux à trois semaines suffisent pour un couvert jeune et tendre laissé en surface, avant un plant repiqué. Comptez quatre à six semaines pour un couvert fibreux, seigle épié ou moutarde montée, incorporé au sol : le temps que la faim d'azote passe. Pour un semis fin, carotte, radis, laitue, attendez plus longtemps et rappelez le lit de semences au râteau : les débris grossiers en surface gênent le contact entre la graine et la terre.

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