Bandes de glu sur les arbres fruitiers : contre la cheimatobie, quand et comment
Les nuits froides de novembre font sortir du sol une petite phalène dont la femelle ne vole pas : elle grimpe le long du tronc pour pondre. Une bande posée au bon moment l'arrête en chemin, à condition de savoir la poser, la surveiller et l'enlever.

L'essentiel
- La femelle de la cheimatobie n'a pas d'ailes : elle sort du sol après les premières gelées et grimpe le long du tronc pour pondre près des bourgeons. Une bande engluée l'intercepte avant la ponte.
- Posez les bandes de fin octobre à début novembre, avant les premières nuits froides, et laissez-les en place jusqu'à fin janvier. Retirez-les ensuite pour ne pas piéger la faune utile au printemps.
- Ne collez jamais la glu directement sur l'écorce : posez-la sur un manchon de papier ou de film serré, à environ 1 m du sol, et baguez aussi le tuteur.
- La bande peut piéger des oiseaux et des chauves-souris. Préférez une bande étroite, protégée par une grille ou une jupe, et contrôlez-la chaque semaine.
- La bande réduit la population, elle ne l'élimine pas. Au printemps, quelques feuilles trouées sur un arbre adulte se tolèrent ; les mésanges font le reste.
Quand les premières gelées blanchissent l'herbe du verger, une petite phalène grise sort du sol au pied des fruitiers. Le mâle vole ; la femelle, elle, n'a que des moignons d'ailes et grimpe à pied le long du tronc pour aller pondre près des bourgeons. C'est cette montée, et elle seule, qu'une bande de glu posée en novembre intercepte. Encore faut-il la poser au bon moment, au bon endroit, sans en faire un piège pour les oiseaux.
La cheimatobie, une phalène dont la femelle ne vole pas
La cheimatobie, aussi appelée phalène hiémale, est un papillon de nuit commun dans les vergers, les haies et les bois. Elle s'attaque au pommier, au poirier, au cerisier et au prunier, mais aussi au chêne, au charme ou à l'érable : un verger entouré de haies et d'arbres forestiers en reçoit davantage. Une espèce voisine, l'hibernie défeuillante, a les mêmes mœurs, avec une femelle également aptère, c'est-à-dire sans ailes fonctionnelles. La même bande intercepte les deux.
Les dégâts se voient au printemps, jamais en hiver. Les œufs, pondus en petits groupes près des bourgeons, éclosent au débourrement. Les jeunes chenilles vertes, qui avancent en formant une boucle, ce qui leur vaut le nom d'arpenteuses, pénètrent dans les bourgeons, mangent les fleurs et les jeunes feuilles qu'elles réunissent avec des fils de soie, puis creusent des trous dans les fruits tout juste noués. Fin mai ou début juin, elles se laissent descendre au sol et s'enterrent jusqu'à l'automne.
| Période | Stade | Ce que vous voyez | Votre geste |
|---|---|---|---|
| Fin octobre à janvier | adultes, ponte | papillons gris pâle autour des lampes, femelles sur les troncs le soir | bandes engluées en place, contrôle hebdomadaire |
| Février | œufs sur les rameaux | rien à l'œil nu ou presque | retirer les bandes, nichoirs à mésanges en place |
| Mars, avril | jeunes chenilles | bourgeons troués, fleurs et feuilles liées par de la soie | inspection, ramassage, traitement si l'étiquette le permet |
| Mai, début juin | chenilles âgées | feuilles dentelées, trous dans les jeunes fruits | tolérer sur un arbre adulte, ramasser sur un jeune |
| Juin à octobre | chrysalides dans le sol | rien | binage léger au pied, poules si vous en avez |
Quand poser une bande de glu sur un fruitier
Les adultes sortent du sol après les premières nuits froides, souvent à partir de fin octobre ou début novembre dans la moitié nord, et l'activité se prolonge jusqu'en décembre, avec des retardataires en janvier les hivers doux. La bande doit donc être en place avant la première vraie gelée, et rester jusqu'à fin janvier.
Un repère concret : si vous voyez de petits papillons gris pâle voleter le soir à la lumière d'une fenêtre ou d'une lampe de jardin en novembre, la saison a commencé. C'est aussi le meilleur moment pour vérifier vos bandes à la lampe de poche : des femelles prises dans la glu, longues d'environ un centimètre, grises et trapues, confirment que l'arbre était visé.
Poser une bande engluée sans blesser l'arbre
La glu ne s'applique jamais directement sur l'écorce. Elle s'y incruste, se retire mal, et une écorce fine de jeune arbre peut en souffrir. Elle se pose sur un support, le manchon, serré autour du tronc.
Poser une bande de glu sur un tronc
- Choisissez une hauteur d'environ 1 m, sur une partie du tronc régulière, sous la première charpentière.
- Brossez légèrement l'écorce pour retirer mousses et lichens, sans l'entailler.
- Comblez les creux et les fissures de l'écorce avec un peu de ouate ou de mousse de calfeutrage : sinon, les femelles passent dessous.
- Enroulez un manchon de papier fort ou de film plastique de 10 à 15 cm de large, bien serré, fixé par deux liens en haut et en bas.
- Appliquez la glu sur le manchon en une bande de 3 à 5 cm, ou posez une bande prête à l'emploi, glu vers l'extérieur.
- Baguez de la même façon le tuteur, et vérifiez qu'aucune branche basse, herbe haute ou clôture ne touche l'arbre au-dessus de la bande.
Le tuteur est l'oubli le plus fréquent : une femelle qui ne peut pas monter par le tronc grimpe par le piquet et passe par le lien. Les arbres palissés contre un mur ou un treillage posent le même problème ; sur ces formes, la bande protège moins bien.
Lire ce que la bande a piégé
Une bande contrôlée chaque semaine renseigne sur l'état du verger. Des femelles de cheimatobie en nombre, petites, grises, aux ailes réduites à des moignons, annoncent une pression forte au printemps : prévoyez une inspection soignée au débourrement. Quelques individus seulement sur toute la saison signifient que la population est faible, et qu'une année sans bande ne serait pas un drame. Des mâles ailés collés à la glu ne comptent pas, ils se sont posés là par hasard. Enfin, des coccinelles, des perce-oreilles ou des araignées prises en nombre signalent une bande trop large ou posée trop tôt, à corriger l'an prochain.
Tous les arbres ne demandent pas le même soin. Baguez en priorité les jeunes fruitiers, dont chaque bourgeon compte, et les arbres qui ont subi des dégâts l'an passé. Un grand pommier adulte et vigoureux supporte une attaque modérée sans perte réelle de récolte : la bande y reste utile, mais elle n'est plus indispensable.
Protéger les oiseaux et les insectes utiles
C'est la vraie limite de la méthode. Une glu nue piège ce qui la touche : des mésanges et des grimpereaux qui inspectent l'écorce, des chauves-souris, des lézards, et une partie des insectes qui passent l'hiver sur l'arbre. Un oiseau englué meurt presque toujours s'il n'est pas secouru.
Plusieurs précautions réduisent fortement le risque. Une bande étroite, de 3 à 5 cm, suffit à arrêter les femelles : une bande large n'arrête pas mieux et piège davantage. Certaines bandes du commerce sont vendues avec la glu recouverte d'une grille, ou placée sous une jupe retournée qui la met hors de portée des oiseaux ; ce sont celles à préférer si votre verger accueille des mésanges, ce qui est souhaitable. Enfin, le contrôle hebdomadaire permet de repérer un animal pris avant qu'il ne s'épuise.
La date de retrait compte autant que la pose. À partir de février, les femelles ont fini de monter et l'écorce redevient un lieu de passage pour les auxiliaires : coccinelles, perce-oreilles, araignées. Une bande laissée en place jusqu'à l'été ne protège plus rien et piège ce qui défend l'arbre.
Ce que la bande de glu ne fait pas
La bande réduit nettement le nombre de pontes dans l'arbre, mais elle ne le ramène jamais à zéro. Trois raisons à cela. Certaines femelles pondent sur le tronc sous la bande ; les chenilles qui en sortent au printemps peuvent alors monter. Les très jeunes chenilles se laissent porter par le vent au bout d'un fil de soie, et passent d'un arbre voisin non protégé au vôtre. Enfin, une branche qui touche une haie, un mur ou un autre arbre offre un chemin sans bande.
Il ne faut pas non plus confondre les bandes, qui ont chacune leur saison et leur cible.
| Bande | Saison | Cible | Principe |
|---|---|---|---|
| Bande engluée d'hiver | fin octobre à fin janvier | femelles de cheimatobie et d'hibernie | elles s'engluent en montant pondre |
| Bande engluée de printemps | avril à juin | fourmis qui élèvent les pucerons | elles ne montent plus protéger les colonies |
| Bande de carton ondulé | juin à septembre | larves de carpocapse, le ver des pommes | elles s'y abritent pour se nymphoser, on retire et on détruit |
La bande de printemps contre les fourmis répond à une autre logique, détaillée dans notre dossier pour comprendre une colonie de pucerons avant de traiter. Elle se pose elle aussi sur un manchon, jamais sur l'écorce.
Au printemps : évaluer les dégâts et décider
En mars et avril, au moment du débourrement, inspectez quelques bouquets de bourgeons sur chaque arbre. Des bourgeons troués, des fleurs ou jeunes feuilles collées par de fins fils de soie, une petite chenille verte qui se tortille quand on ouvre l'ensemble : la cheimatobie est là. Une ou deux par bouquet sur quelques rameaux, c'est un niveau qu'un arbre adulte encaisse sans conséquence sur la récolte.
Sur un jeune arbre de deux ou trois ans, la situation est différente : les bourgeons sont peu nombreux et chacun compte. Secouez les branches tôt le matin au-dessus d'un drap clair, ramassez à la main ce qui tombe, et recommencez deux ou trois fois à quelques jours d'intervalle. Sur un pommier conduit en petite forme, ce geste suffit souvent.
Les mésanges sont votre meilleur allié : un couple nourrit sa nichée de milliers de chenilles au printemps, et les arpenteuses en sont une proie de choix. Un nichoir posé à 2 ou 3 m de haut, trou orienté à l'est ou au sud-est, avant la fin de l'hiver, rend plus de services qu'aucun traitement. C'est aussi la meilleure raison de choisir des bandes qui ne les mettent pas en danger.
Votre plan contre la cheimatobie, de novembre à juin
Cette semaine, avant la première vraie gelée, baguez chaque fruitier à environ 1 m de hauteur : écorce brossée, creux comblés, manchon de papier ou de film bien serré, bande de glu étroite et protégée, tuteur bagué aussi. Dégagez tout ce qui touche l'arbre au-dessus de la bande, herbes hautes, branches de haie, clôture. Le reste du programme de saison, plantations à racines nues et ramassage des fruits momifiés, se trouve dans notre calendrier du jardin en novembre.
De novembre à janvier, contrôlez les bandes chaque semaine : retirez feuilles et débris, remplacez une bande qui ne colle plus, et libérez tout animal englué. Profitez d'un soir de novembre pour vérifier à la lampe si des femelles sont prises : c'est la preuve que la bande sert. En février, retirez toutes les bandes et posez les nichoirs à mésanges.
En mars et avril, inspectez les bourgeons au débourrement. Sur un arbre adulte, tolérez quelques dégâts. Sur un jeune arbre, secouez et ramassez, et n'envisagez un produit qu'en dernier recours, étiquette en main. Et si l'attaque a été forte malgré les bandes, regardez autour du verger : une haie ou un grand arbre voisin non protégé en est souvent la source, et l'année suivante, baguez aussi ce qui peut l'être.
Questions fréquentes
Quand poser une bande de glu sur un arbre fruitier ?
Contre la cheimatobie, posez la bande entre la fin octobre et la première quinzaine de novembre, avant les premières nuits de gel, qui déclenchent la sortie des adultes. Dans le Midi et sur la façade atlantique, la mi-novembre convient souvent. Laissez-la en place jusqu'à fin janvier, période où les dernières femelles montent encore les troncs, puis retirez-la.
La glu est-elle dangereuse pour les oiseaux ?
Oui, une glu nue peut piéger de petits oiseaux qui cherchent leur nourriture sur l'écorce, comme les grimpereaux ou les mésanges, ainsi que des chauves-souris. Le risque est réel et grave pour l'animal. Il se réduit fortement avec une bande étroite, protégée par une grille ou placée sous une jupe, posée assez bas et contrôlée chaque semaine. Si vous trouvez un animal englué, ne tirez pas : l'huile végétale aide à décoller les plumes, et un centre de soins pour la faune sauvage peut prendre le relais.
Peut-on mettre la glu directement sur l'écorce ?
Non. La glu colle durablement à l'écorce, la salit, et sur un jeune arbre à écorce fine elle peut l'abîmer. Elle se retire aussi très mal au printemps. Posez-la toujours sur un manchon de papier fort, de carton fin ou de film plastique serré autour du tronc, et comblez les creux de l'écorce sous le manchon pour que les femelles ne passent pas dessous.
La bande de glu protège-t-elle aussi des pucerons ?
Indirectement, et à une autre saison. Les pucerons arrivent surtout par les airs, et la bande ne les arrête pas. Elle bloque en revanche les fourmis qui montent les élever et les protègent des coccinelles. Pour cet usage, la bande se pose au printemps, quand les colonnes de fourmis apparaissent. La bande d'hiver contre la cheimatobie, elle, doit être retirée fin janvier.
Que faire si l'arbre est déjà attaqué au printemps ?
Sur un arbre adulte, quelques feuilles trouées et une partie des fleurs touchées ne compromettent pas la récolte. Sur un jeune arbre, retirez à la main les chenilles vertes qui se déplacent en arpentant, en secouant les branches au-dessus d'un drap tôt le matin. Un produit à base de Bacillus thuringiensis, autorisé au jardin, agit sur les jeunes chenilles : son étiquette précise le stade, la température et la dose, et fait foi.
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