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Le potager en carrés : ce qui marche vraiment sur 1,20 mètre

Un carré de 1,20 mètre se travaille sans jamais y poser le pied, et c'est son vrai atout. Reste la profondeur, les 360 litres de substrat et la vitesse à laquelle un bac sèche en juillet. Les chiffres pour décider.

Bac en bois surélevé compartimenté, un jeune légume différent par case, allée de gravier, fourche à main sur le cadre

L'essentiel

  • Une largeur de 1,20 m ne se justifie qu'avec un accès des deux côtés : adossé à un mur, ne dépassez jamais 60 à 70 cm, la portée d'un bras.
  • 15 cm de substrat suffisent pour les salades et les aromatiques, à condition que la terre en dessous soit ouverte : sur dalle ou géotextile, comptez 30 cm minimum.
  • Un carré de 1,20 m rempli sur 25 cm demande 360 litres de mélange, environ cinq sacs de 70 litres, et jamais du terreau pur.
  • La grille range les légumes en quatre densités par case de 30 cm : 1, 4, 9 ou 16 plants, et une case de 16 carottes fait un repas, pas une réserve.
  • Un bac surélevé expose plus d'un mètre carré de paroi au soleil en plus de sa surface cultivée : il sèche en deux à quatre jours l'été, soit deux fois plus vite qu'une planche de pleine terre.

Un carré de 1,20 mètre de côté couvre 1,44 mètre carré et se travaille sans jamais y poser le pied : c'est là que la méthode gagne, et elle gagne franchement. Elle perd sur la profondeur disponible, sur les centaines de litres de substrat à acheter et sur la vitesse à laquelle un bac sèche en juillet. Voici les chiffres pour arbitrer avant de visser la première planche.

Pourquoi 1,20 mètre, et faut-il vraiment surélever

Ce chiffre ne vient pas d'une théorie agronomique, il vient de la longueur d'un bras. La plupart des adultes travaillent sans forcer jusqu'à 60 ou 70 centimètres devant eux. Un carré accessible des deux côtés peut donc faire 1,20 mètre de large sans qu'on ait jamais besoin de marcher dedans. C'est l'avantage réellement décisif de la méthode : la terre n'est jamais tassée, elle reste aérée toute l'année, et les racines descendent dans une structure ouverte au lieu de buter sur une semelle de piétinement.

Le corollaire est presque toujours oublié. Contre un mur, une haie ou une clôture, vous n'accédez plus que d'un côté : la largeur maximale tombe à 60 ou 70 centimètres. Un carré de 1,20 mètre adossé à une palissade garde une bande arrière de 50 centimètres que personne n'entretient et où l'on ne récolte jamais.

Entre deux carrés, prévoyez 40 centimètres d'allée pour circuler à pied, 60 à 70 si une brouette doit passer ou si vous voulez pouvoir vous agenouiller. En dessous de 40, vous écrasez les plantes de bordure à chaque passage.

La hauteur se choisit ensuite sur trois critères qui ne vont pas ensemble. Un cadre de 20 à 25 centimètres posé sur terre décompactée reste le meilleur compromis entre polyvalence, coût et tenue à la sécheresse. Un carré de 40 à 50 centimètres se jardine assis sur le bord, ce qui change tout pour un dos fragile, mais double le volume de substrat. À 80 centimètres, on jardine debout ou en fauteuil, et le carré se comporte alors comme une grande jardinière, sécheresse estivale comprise.

Carré surélevé ou planche de pleine terre ?

Carré surélevé

  • Terre maîtrisée dès la première année
  • Se réchauffe plus tôt au printemps
  • Sèche vite, quatre parois exposées
  • Substrat à acheter et à recharger
  • La solution sur sol pollué ou dallé

Planche de pleine terre

  • Plusieurs saisons pour améliorer l'existant
  • Reste froide et lourde plus longtemps
  • Réserve profonde, stable en canicule
  • Rien à acheter, on amende sur place
  • Le bon choix si la terre est correcte

La profondeur décide de ce que vous pourrez cultiver

Les quinze centimètres de substrat de la méthode classique fonctionnent, mais à une condition qu'on oublie de citer : la terre en dessous doit être ouverte. Les racines la traversent, y trouvent de l'eau et des minéraux, et la profondeur de sol réellement exploré dépasse largement les quinze centimètres visibles. Posez le même carré sur une dalle béton, une terrasse ou un géotextile qui bloque les racines, et vous n'avez plus un potager mais un très grand bac à semis.

Profondeur de mélangeCe qui pousse bienCe qui déçoitAutonomie en eau, plein été
10 à 15 cm sur terre ouverteRadis, laitue, mesclun, épinard, aromatiquesToutes les racines longues1 à 2 jours
20 à 25 cm sur terre ouvertePlus betterave, oignon, haricot nain, fraisier, chou-raveCarotte longue, panais, poireau bien fût2 à 4 jours
30 à 40 cm sur terre ouvertePlus carotte, poireau, navet, une tomate par caseCourge, pomme de terre à butter, maïs4 à 6 jours
15 cm sur dalle ou géotextileAromatiques et jeunes pousses, rien d'autrePresque tout le resteMoins d'une journée en canicule

La carotte est le meilleur révélateur. Elle ne demande pas que de la profondeur : elle veut un mélange fin, sans cailloux et sans azote frais, une terre trop fumée donnant des racines fourchues et velues. Les variétés rondes s'accommodent de vingt centimètres, les demi-longues en veulent trente, et le semis reste le point difficile, comme le détaille la fiche de culture de la carotte.

Ce qu'on met dedans, et le volume que ça représente

Le calcul surprend toujours. Un carré de 1,20 mètre rempli sur 25 centimètres réclame 0,36 mètre cube, soit 360 litres, environ cinq sacs de 70 litres. Sur 15 centimètres, on tombe à 216 litres. Sur 40 centimètres, on monte à 576 litres, plus d'une demi-tonne une fois humide. C'est le vrai poste de dépense, et la raison pour laquelle beaucoup de projets s'arrêtent au premier carré.

Le mélange qui dure s'écrit en trois tiers, en volume : terre de jardin, compost mûr tamisé, matière fibreuse ou drainante, fibre de coco réhydratée, terreau de feuilles ou sable grossier. La terre apporte l'argile qui retient l'eau et les éléments nutritifs, le compost la fertilité, la fraction fibreuse la structure quand le reste se tasse.

À vérifier avant de visser la première planche

  • Cinq à six heures de soleil direct en été sur l'emplacement, mesurées, pas estimées.
  • Terre décompactée à la fourche-bêche sur 25 à 30 cm sous le carré, sauf sur dalle.
  • Vivaces coriaces, chiendent, liseron, rumex, extraites ou étouffées sous carton.
  • Point d'eau à portée de tuyau, sinon vous n'arroserez pas assez en juillet.
  • Bois naturellement durable, ou accepté comme consommable à quatre ou cinq ans.

Combien de plants par case de trente centimètres

La grille donne son nom à la méthode : un carré de 1,20 mètre se divise en seize cases de 30 centimètres, matérialisées par des tasseaux, des ficelles ou rien du tout. Chaque case reçoit une culture, à l'une des quatre densités retenues : 1, 4, 9 ou 16 plants. Cela évite le semis à la volée impossible à éclaircir, et force à décider avant de semer.

Densité par case de 30 cmCultures concernéesCe qu'une case donne réellement
16 plantsRadis, carotte courte, oignon blanc, mâcheUn repas de radis, une quinzaine de carottes
9 plantsÉpinard, betterave, haricot nain, ail, navetDeux à trois repas, sur deux semaines
4 plantsLaitue, blette, chou-rave, basilic, persil, fraisierQuatre salades, ou une blette pendant six semaines
1 plantChou, brocoli, aubergine, poivron, tomate tuteuréeUne seule plante, mais toute sa saison
4 cases pour 1 plantCourgette, concombre palissé, melon en climat chaudUn quart du carré occupé d'avril aux gelées

Ce tableau sert surtout à calibrer vos attentes. Seize carottes font un repas, pas la réserve d'un hiver. Un carré de 1,20 mètre entretenu sérieusement fournit en continu salades, radis, herbes et deux ou trois légumes-feuilles pour deux à trois personnes, d'avril à octobre. Il ne fournit ni pommes de terre, ni haricots à congeler, ni potirons. Confondre les deux ambitions est la première cause d'abandon au bout d'une saison.

Une case peut aussi porter un mélange. Quatre laitues avec un rang de radis semé entre elles tiennent dans le même espace : les radis sortent en trois à cinq semaines, avant que les salades ne ferment le couvert. La vraie densité de la méthode est celle du temps, pas celle de l'espace.

Ce que le carré ne fera jamais bien

Trois familles sont perdues d'avance. Les coureuses, courges et potirons, couvrent plusieurs mètres carrés et étouffent le carré entier. Les cultures à butter, pommes de terre en tête, réclament une hauteur de terre mobile qu'un cadre de 25 centimètres n'a pas. Les pérennes, asperge, rhubarbe, artichaut, immobilisent une case pendant des années là où chaque case compte.

Le bois se tranche tôt. En contact avec la terre humide, un sapin ou un épicéa non traité tient trois à cinq ans, un douglas ou un mélèze huit à dix, un châtaignier ou un robinier bien davantage sans aucun traitement. Choisissez la durabilité naturelle plutôt qu'un produit : à côté de légumes destinés à être mangés, on écarte les bois dont on ignore le traitement, traverses de chemin de fer comprises.

Enfin, la hauteur ne protège de rien. Les limaces montent sans difficulté sur 25 centimètres de planche, et un carré arrosé, paillé, plein de jeunes salades est exactement le milieu qu'elles cherchent. Les merles retournent le paillage, les chats prennent le mélange fin pour une litière : un filet à mailles fines posé deux semaines après un semis règle la question mieux qu'un produit.

Arroser et pailler un bac qui sèche par cinq faces

C'est la faiblesse structurelle du carré surélevé, et personne ne la mentionne au moment de l'achat. Un carré de 1,20 mètre sur 25 centimètres expose 1,44 mètre carré au ciel, plus environ 1,2 mètre carré de parois chauffées par le soleil, quand une planche de pleine terre n'expose que sa surface. Il se réchauffe donc plus tôt au printemps, ce qui est un avantage en mars, et sèche deux fois plus vite en juillet, ce qui est un vrai problème.

Trois conséquences. Les parois sud et ouest sont les plus chaudes : placez-y les cultures tolérantes au sec, thym, romarin, fraisiers, et gardez le centre pour les salades. Le paillage se pose plus fin qu'en pleine terre, trois à cinq centimètres, faute de quoi les semis serrés étouffent. Et un carré de 80 centimètres se gère comme un pot : arrosage tous les jours ou tous les deux jours en été.

Le doigt enfoncé à cinq centimètres reste le seul indicateur fiable, mais la marge d'erreur est plus courte qu'en pleine terre : deux jours d'oubli en août se voient. Un goutte-à-goutte, avec un tuyau par rangée de cases, est ici plus rentable qu'ailleurs, précisément parce que le volume tampon est faible.

Faire tourner seize cases sur douze mois

La densité de la méthode n'est pas seulement spatiale, elle est temporelle. Une case de radis se libère en trois à cinq semaines, une case de laitue en six à dix. Sur une saison, une même case peut porter trois cultures successives : radis en mars, laitue en mai, haricot nain en juillet, mâche en septembre. C'est ce roulement qui rend un si petit espace productif, et il se prépare sur le papier avant de se jouer dans la terre.

La rotation demande de la lucidité. Sur 1,44 mètre carré, on ne fait pas une vraie rotation : les racines et les champignons du sol ne connaissent pas vos tasseaux. Ce qui fonctionne, c'est de raisonner par famille sur l'ensemble des carrés et sur plusieurs années, en notant qui a poussé où. Les principes transposables à un petit espace sont dans notre dossier sur la rotation des cultures au potager familial.

Deux réflexes complètent le dispositif. Ne laissez pas une case nue plus de trois semaines en saison : un semis de moutarde ou de phacélie occupe le terrain et se coupe avant montée en graines. Et rechargez chaque hiver avec deux à trois centimètres de compost mûr griffés en surface.

Le plan de démarrage, dans l'ordre

Un carré raté l'est presque toujours pour une raison décidée avant le premier semis : mauvais emplacement, profondeur insuffisante, ou mélange bon marché.

De la planche vissée au premier semis

  1. L'exposition avant la dimension. Cinq à six heures de soleil direct en été, à l'abri du vent dominant, à portée de tuyau.
  2. La largeur se fixe sur l'accès. 1,20 mètre si on tourne autour, 60 à 70 centimètres si le carré est adossé.
  3. La hauteur se fixe sur votre dos. 25 centimètres pour la polyvalence, 40 à 50 pour jardiner assis, 80 seulement si vous acceptez d'arroser comme une jardinière.
  4. Décompactez la terre en dessous à la fourche-bêche sur 25 à 30 centimètres, sans retourner, vivaces étouffées au carton brun.
  5. Remplissez en trois tiers et prévoyez le volume réel : 360 litres pour un carré de 1,20 mètre sur 25 centimètres.
  6. Tracez seize cases de 30 centimètres, attribuées sur le papier avec leur date de libération prévue.
  7. Semez aux quatre densités, 1, 4, 9 ou 16, parois sud et ouest réservées aux cultures qui tiennent le sec.
  8. Paillez fin dans le carré, trois à cinq centimètres, épais dans les allées, cinq à dix.

Si un seul chiffre doit rester, retenez le volume : 360 litres pour un carré de 1,20 mètre sur 25 centimètres. Il décide du budget, du nombre de carrés réalistes la première année, et de la tentation du terreau bon marché qui gâche tout le reste. Le second est la profondeur : 15 centimètres pour des feuilles, 30 pour des racines.

Questions fréquentes

Quelle profondeur faut-il vraiment pour un carré potager ?

Quinze centimètres suffisent pour des salades, du mesclun, des radis et des aromatiques, mais seulement si la terre du dessous est décompactée et que les racines peuvent la traverser. Dès que vous voulez des carottes, des poireaux, des betteraves ou une tomate, montez à 30 centimètres de substrat, sol ouvert compris. Sur une dalle, une terrasse ou un géotextile qui bloque les racines, 30 centimètres sont un minimum absolu, et 40 valent mieux.

Faut-il poser un géotextile au fond du carré ?

Sur de la terre, non : il coupe le carré de son sous-sol, bloque la descente des racines et prive vos cultures de la réserve d'eau profonde. Contre les adventices vivaces comme le chiendent ou le liseron, préférez une couche de carton brun sans encre ni adhésif, qui bloque une saison puis disparaît. Le géotextile ne se justifie que sur une dalle, une terrasse ou du gravier, pour retenir le substrat.

Combien de carrés faut-il pour nourrir une famille ?

Aucun nombre raisonnable ne couvre les besoins complets d'une famille. Un carré de 1,20 mètre représente 1,44 mètre carré cultivé, soit seize cases de trente centimètres. Comptez deux à trois carrés pour fournir en continu salades, radis, herbes et quelques légumes-feuilles à deux ou trois personnes d'avril à octobre. Les pommes de terre, les courges et les haricots à rames d'un hiver demandent une planche de pleine terre, pas un carré.

Quel bois choisir, et faut-il le traiter ?

En contact avec la terre, un sapin ou un épicéa non traité tient trois à cinq ans, un douglas ou un mélèze plutôt huit à dix, un châtaignier ou un robinier bien plus longtemps sans aucun traitement. C'est le seul critère qui compte vraiment. Écartez les bois dont vous ne connaissez pas le produit de traitement, et notamment les vieilles traverses de chemin de fer. Une huile de lin sur les faces extérieures ralentit le grisaillement, sans plus.

Peut-on cultiver des carottes dans un potager en carrés ?

Oui, à deux conditions. La première est la profondeur : trente centimètres de mélange fin et sans cailloux, sinon les racines fourchent. La seconde est le semis, qui reste le point difficile. Semez clair dans un sillon peu profond, gardez le sol humide sans interruption jusqu'à la levée, puis éclaircissez sans pitié à trois centimètres. Une case de trente centimètres semée correctement porte une quinzaine de carottes courtes ou demi-longues.

Faut-il changer la terre du carré chaque année ?

Non, et c'est même une erreur coûteuse. Le substrat se tasse et perd deux à cinq centimètres par an, essentiellement par décomposition de la matière organique. Rechargez en surface, à l'automne ou en fin d'hiver, avec deux à trois centimètres de compost mûr, en griffant sur cinq centimètres. Un remplacement complet ne se justifie que si le mélange est devenu compact et hydrophobe, ce qui arrive surtout aux carrés remplis de terreau pur.

Les fiches plantes du sujet

Poireau

Allium ampeloprasum var. porrum

  • Plein soleil
  • Demande de la main

Radis

Raphanus sativus

  • Plein soleil
  • Facile

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