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Substrat pour pots : pourquoi le terreau seul ne suffit pas

Le terreau seul se tasse, perd son air et laisse les racines dans une éponge froide. Voici les quatre familles d'ingrédients, les proportions par culture, et les cinq signes qui disent qu'un pot est bon pour un mélange neuf.

Trois tas de mélange, perlite et compost sur une table en bois, près d'un pot en terre cuite et d'un transplantoir

L'essentiel

  • Un substrat de pot doit garder 10 à 20 % de son volume en air une fois ressuyé : c'est cette réserve d'air, pas la richesse du terreau, qui décide de la santé des racines.
  • Sous 20 cm de profondeur de contenant, montez la part de minéral drainant de 10 points : la zone gorgée d'eau du fond occupe la même hauteur quel que soit le pot.
  • Trois proportions couvrent presque tout : 60/20/20 terreau, compost et drainant pour les légumes, 50/20/30 sans compost pour les méditerranéennes, 80/20 terreau à semis et perlite pour les semis.
  • Une couche de billes d'argile au fond ne draine rien : elle remonte la zone saturée d'autant de centimètres et vous prend 15 à 20 % du volume de terre.
  • Refaites le mélange quand le niveau a baissé de plus de trois centimètres, ou quand l'eau traverse en trois secondes sans avoir mouillé la motte.

Le terreau vendu en sac est un produit de démarrage : il retient l'eau, il nourrit quelques semaines, puis il se tasse. Dans un pot, ce tassement est le problème numéro un, parce qu'un substrat compact ne contient plus assez d'air pour faire vivre des racines. Un mélange correct corrige cela avec deux ou trois ingrédients, et il revient moins cher que de racheter les plantes.

Ce qu'un pot demande à sa terre, et que le terreau seul ne donne pas

En pleine terre, les racines vont chercher ailleurs ce qui manque, les vers de terre refont la structure chaque année, et l'eau en excès descend sans limite. Dans un pot, rien de tout cela : le volume est fixe, la vie du sol y est réduite, et l'eau ne sort que par quelques trous.

Un substrat de pot fait donc trois métiers à la fois : retenir de l'eau disponible, garder de l'air, et résister au tassement pendant toute la durée de la culture. Le terreau seul réussit le premier, moyennement le deuxième, et rate le troisième dès que les arrosages s'enchaînent.

C'est l'air qui manque le plus vite. Après un arrosage et un ressuyage complet, un bon mélange conserve de l'ordre de 10 à 20 % de son volume en air. En dessous, les racines respirent mal, brunissent, et la plante donne les signes d'un manque d'eau : feuilles molles, jaunissement, croissance arrêtée. Le réflexe naturel, arroser davantage, aggrave tout.

La zone saturée du fond, la partie contre-intuitive

Au fond de n'importe quel pot se forme une couche gorgée d'eau, retenue par capillarité, que le drainage ne fait pas partir. Sa hauteur ne dépend pas du pot : elle dépend de la finesse du mélange. Un substrat fin garde une couche saturée de plusieurs centimètres, un substrat grossier une couche beaucoup plus mince.

Cette hauteur étant constante, elle occupe une part d'autant plus grande que le contenant est bas. Dans une jardinière de 15 cm de profondeur, la zone gorgée d'eau peut représenter le tiers du volume utile. D'où une règle de décision simple : plus un contenant est bas, plus le mélange doit être grossier.

Les quatre familles d'ingrédients, et le rôle de chacune

Un substrat se raisonne en volumes, pas en poids : comptez en seaux, avec le même seau du début à la fin. Tout ce qui suit s'exprime en pourcentage du volume total.

IngrédientCe qu'il apportePart du volumeTenue dans le tempsÀ surveiller
Terreau de plantationBase, rétention d'eau, un peu de fertilité40 à 70 %Une à deux saisonsSe tasse seul, engrais épuisé en quelques semaines
Compost mûr, lombricompostFertilité durable, vie microbienne10 à 25 %Une saisonAu-delà de 30 %, mélange trop dense et trop salé
Fibre de cocoRétention d'eau, se réhumidifie facilement20 à 40 %Deux saisonsRincer les briques bon marché, apport nutritif nul
PerliteAir permanent, très légère10 à 30 %Ne se dégrade pasRemonte en surface, poussière irritante
Pouzzolane, pumiceAir permanent, lest, stabilité au vent10 à 40 %Ne se dégrade pasAlourdit nettement les grands bacs
Sable grossier lavé, 0,5 à 2 mmDrainage, poids10 à 30 %Ne se dégrade pasUn sable fin bouche les pores, effet inverse
Écorce compostée, fibre de boisStructure grossière, durable10 à 30 %Deux à trois saisonsNon compostée, elle capte l'azote au détriment de la plante
Terre franche de jardinArgile, pouvoir tampon, poids10 à 20 %PermanenteAu-delà, prise en masse ; risque d'adventices
VermiculiteRétention d'eau et d'éléments nutritifs10 à 20 %Une à deux saisonsS'écrase à la longue, à réserver aux semis

Lire un sac de terreau en trente secondes

Retournez le sac : la composition dit l'essentiel. Une base en tourbe blonde, tourbe brune, fibre de coco, écorce ou compost de déchets verts, parfois la mention de la norme française des supports de culture. Un premier prix vendu comme universel est souvent fait de déchets verts grossièrement compostés, lourds, qui se tassent en un été.

Un terreau de semis est volontairement pauvre et fin, un terreau de plantation plus riche et plus grossier : ils ne sont pas interchangeables. L'engrais annoncé sur l'emballage couvre souvent quatre à six semaines : au-delà, c'est vous qui nourrissez.

Perlite ou pouzzolane ?

Perlite

  • Très légère, faite pour les suspensions et les jardinières de garde-corps
  • Blanche, elle remonte en surface à chaque arrosage
  • Ne retient presque rien : la réserve d'eau vient d'ailleurs
  • Poussière irritante : humidifiez le sac avant de le vider

Pouzzolane

  • Lourde, elle stabilise un grand bac exposé au vent
  • Reste en place et se voit peu
  • Garde un peu d'eau dans ses pores, utile en plein soleil
  • Aucune précaution particulière à la manipulation

Les proportions qui marchent, culture par culture

Ces recettes sont des points de départ, pas des dogmes. Deux variables les déplacent : la profondeur du contenant, qui commande la part de drainant, et l'exposition, un plein sud demandant plus de rétention qu'un balcon nord.

Culture en potTerreauDrainant minéralFertilitéLe détail qui compte
Tomate, aubergine, poivron60 %20 %20 % de compostPot de 30 L minimum, sinon rien ne rattrape le volume
Salades, radis, épinards70 %10 %20 % de compostJardinière basse : montez le drainant à 20 %
Basilic, persil, ciboulette70 %10 %20 % de compostCraignent le sec, gardent la rétention haute
Thym, romarin, lavande, sauge50 %30 %20 % de terre franchePas de compost : l'excès de fertilité les fait pourrir l'hiver
Fraisiers, petits fruits60 %20 %20 % de compostSurfaçage au compost chaque printemps
Plantes vertes d'intérieur55 %35 % de perlite et d'écorce fine10 % de compostLe mélange grossier pardonne un arrosage de trop
Cactées, succulentes40 à 50 %50 à 60 %RienMinéral majoritaire, arrosage espacé toute l'année
Semis en godet80 % de terreau à semis20 % de perliteRienLe compost brûle les jeunes racines, à proscrire
Arbuste, vivace en grand bac40 %20 %20 % compost, 20 % terre francheLa terre franche assure le tampon sur plusieurs années

Deux lignes méritent qu'on s'y arrête. Les méditerranéennes ne réclament pas un sol pauvre par caprice : un substrat riche et humide en hiver provoque la pourriture du collet, première cause de mort d'une lavande en pot, et la fiche du romarin détaille le drainage qu'elles demandent. Les semis, à l'inverse, se ratent quand on veut bien faire : les sels d'un compost frais brûlent les radicelles avant la levée.

Pour les légumes, la recette ne fait pas tout : le litrage décide autant que le mélange, et nous détaillons les seuils dans notre dossier sur le volume de pot qui décide de la récolte.

La couche de billes d'argile au fond : l'erreur qui noie les racines

Le geste se transmet de génération en génération, et il est contre-productif. Une couche grossière au fond ne crée pas de drainage : l'eau du substrat fin situé au-dessus reste retenue par capillarité et ne descend dans les billes qu'une fois cette couche saturée. La zone gorgée d'eau existe donc toujours, simplement remontée de la hauteur des billes.

Ce qui draine réellement tient en trois points : un mélange plus grossier sur toute la hauteur, des trous d'évacuation dégagés, et un pot surélevé sur deux cales pour que l'eau sorte au lieu de stagner. Une soucoupe pleine plus d'une demi-heure après l'arrosage annule tout le reste.

Ce qui n'a rien à faire dans un pot

  • La terre de jardin pure. Sans vers de terre pour la retravailler, elle se prend en masse en quelques arrosages. Elle reste utile à 10 ou 20 %, jamais davantage.
  • Le sable fin, le sable de maçon, le sable de plage. Il comble les pores au lieu de les ouvrir et donne un mélange qui prend en dalle. Le sable de plage apporte en plus du sel.
  • Le compost non mûr et la tonte fraîche. Ils continuent de fermenter, chauffent, et la décomposition mobilise l'azote du milieu au détriment de la plante.
  • Un substrat sec et hydrophobe. Une tourbe desséchée refuse l'eau : elle la laisse filer le long des parois. Elle se récupère par immersion, pas à l'arrosoir.

Comment un substrat vieillit, et à quel signe le refaire

La matière organique se minéralise : c'est normal, c'est même ce qui nourrit la plante, mais cela se paie en volume. Comptez 10 à 20 % de perte en une saison sur un mélange riche en terreau, davantage après un été chaud et très arrosé.

Les cinq signes qu'un substrat est fini

  • L'eau met plus de trente secondes à disparaître de la surface, ou ressort en trois secondes par les trous sans avoir mouillé la motte.
  • Le niveau a baissé de plus de trois centimètres depuis le rempotage.
  • Une croûte blanchâtre, calcaire et sels d'engrais mêlés, couvre la surface.
  • La motte sortie du pot est un feutre de racines où l'on voit à peine la terre.
  • Une odeur aigre monte quand vous grattez les premiers centimètres.

Le rythme de renouvellement dépend de la plante. Légumes annuels et fleurs d'été : mélange neuf chaque année, ou deux tiers d'ancien recomposé. Aromatiques et vivaces : surfaçage de 3 à 5 cm au printemps, rempotage complet tous les deux à trois ans. Arbustes en grand bac : surfaçage annuel, rempotage tous les trois à cinq ans. Pour les plantes de la maison, le contenant compte autant que le mélange, comme le montre le dossier sur rempoter une plante d'intérieur.

Réutiliser un vieux terreau sans propager les ennuis

Jeter le contenu de ses pots chaque printemps coûte cher et ne se justifie pas dans la plupart des cas. Sortez la motte, cassez-la, retirez les racines à la main ou sur une grille à grosses mailles. Réhumidifiez à fond, par immersion si le lot repousse l'eau.

Recomposez ensuite : deux tiers d'ancien, un tiers de neuf, plus 10 à 20 % de compost mûr et une poignée de perlite ou de pouzzolane pour rendre l'air perdu. Le résultat convient à des plantes installées, jamais à des semis, qui exigent un support pauvre et sain.

Une précaution souvent oubliée : la rotation vaut aussi en pot. Ne replantez pas une tomate dans le substrat d'une tomate de l'année précédente, même recomposé.

Votre mélange, en une matinée

Composer et remplir, dans l'ordre

  1. Choisissez la recette selon la culture, et un seul récipient de mesure pour tous les composants.
  2. Mélangez à sec dans une brouette ou un bac de maçon, en retournant trois ou quatre fois.
  3. Humidifiez le tas jusqu'au test de la poignée : elle tient en boule et ne dégoutte pas.
  4. Vérifiez les trous du pot, agrandissez-les si besoin, posez-le sur deux cales.
  5. Remplissez en trois fois, en tassant chaque fois d'une pression de main, sans écraser.
  6. Arrêtez le niveau 2 à 3 cm sous le bord : c'est la réserve qui permet d'arroser d'un coup.
  7. Arrosez copieusement jusqu'à écoulement par le fond, puis complétez le niveau le lendemain.

Le terreau est une base, pas un substrat : ajoutez-lui au minimum un cinquième de drainant minéral et une part de compost mûr. Plus le contenant est bas, plus le mélange doit être grossier, parce que la zone gorgée d'eau du fond ne change pas de hauteur. Et refaites le mélange le jour où l'eau traverse sans mouiller, pas à date fixe : le programme d'avril au jardin tombe au bon moment pour s'en occuper.

Questions fréquentes

Peut-on remplir un pot avec du terreau universel seul ?

Cela tient quelques mois, rarement une saison entière. Un terreau universel est calibré pour être vendu léger et humide, pas pour garder sa structure sous des arrosages répétés : il se tasse, la réserve d'air disparaît et les racines s'asphyxient dans un pot pourtant bien arrosé. Ajoutez au minimum 20 % de perlite ou de pouzzolane en volume, et 10 à 20 % de compost mûr pour la fertilité. Le surcoût se compte en quelques euros, la différence se voit dès juillet.

Faut-il mettre des billes d'argile au fond du pot ?

Non, sauf pour caler un pot sans trou à l'intérieur d'un cache-pot. Au fond d'un pot ordinaire, une couche de billes ne draine pas : l'eau reste retenue par capillarité juste au-dessus, et la zone saturée se retrouve simplement remontée de la hauteur des billes. Vous perdez du volume de terre sans rien gagner. Ce qui draine réellement, c'est un mélange plus grossier sur toute la hauteur, des trous d'évacuation suffisants, et un pot surélevé sur deux cales.

Peut-on mettre de la terre du jardin dans un pot ?

En petite proportion, oui, et c'est même utile : 10 à 20 % d'une bonne terre franche apportent du poids, de l'argile qui retient les éléments nutritifs, et un pouvoir tampon que le terreau n'a pas. Au-delà, ou avec une terre lourde et collante, le mélange se prend en masse au bout de quelques arrosages. Évitez la terre d'un massif envahi de liseron ou de chiendent, et celle d'une planche où une maladie du sol s'est déclarée.

Tous les combien faut-il changer le substrat d'un pot ?

Cela dépend de ce qui pousse dedans. Pour les légumes annuels et les fleurs d'été, on repart chaque année sur un mélange neuf, ou sur deux tiers d'ancien recomposé. Pour les aromatiques et les vivaces, un surfaçage de 3 à 5 cm chaque printemps suffit, avec un rempotage complet tous les deux à trois ans. Pour un arbuste en grand bac, comptez trois à cinq ans entre deux rempotages, avec un surfaçage annuel.

Perlite, pouzzolane ou sable : lequel choisir ?

La perlite est la plus légère : elle s'impose en suspension, en jardinière de garde-corps et partout où le poids compte, mais elle remonte en surface à chaque arrosage et sa poussière irrite les voies respiratoires. La pouzzolane pèse plus lourd, ce qui devient un avantage sur un grand bac exposé au vent, et elle reste en place. Le sable ne convient que grossier et lavé, entre 0,5 et 2 mm : un sable fin bouche les pores au lieu de les ouvrir.

Peut-on réutiliser le terreau de l'année dernière ?

Oui pour des plantes installées, non pour des semis. Débarrassez-le des racines à la main ou au tamis, réhumidifiez-le à fond, puis recomposez le mélange : deux tiers d'ancien, un tiers de neuf, plus un apport de compost mûr et une poignée de drainant. Deux exceptions fermes : le substrat d'une plante morte de pourriture racinaire, et celui où vous avez trouvé des larves blanches recroquevillées en C, ne retournent pas dans un pot.

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