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Hiverner ses plantes en pot sur un balcon : le froid par les racines

Sur un balcon, une plante gelée meurt presque toujours par les racines, pas par le feuillage. Volume du pot, drainage, voile, local hors gel : la méthode pour trancher plante par plante et passer l'hiver sans perte.

Arbustes en bacs emmitouflés de voile blanc, surélevés sur des cales de bois, givre sur la rambarde

L'essentiel

  • Une plante passée du sol au pot perd de l'ordre de 5 °C de rusticité : donnée pour -15 °C en pleine terre, elle peut perdre ses racines vers -8 °C dans un bac.
  • En dessous de 10 litres, une motte gèle de part en part en une nuit à -5 °C ; au-delà de 40 à 50 litres, elle gèle rarement à coeur dans un hiver ordinaire de plaine.
  • L'eau stagnante tue plus que le froid : soucoupe vidée, bac surélevé de 2 à 3 cm sur cales, trou de drainage libre, c'est le trio qui sauve le plus de plantes.
  • Un voile d'hivernage fait gagner de l'ordre de 2 à 4 °C selon le grammage et le vent : il se pose sur le feuillage, jamais un film plastique, et le pot s'isole séparément.
  • Déclenchez sur la météo, pas sur la date : fin octobre à mi-novembre dans la moitié nord, souvent décembre seulement dans le Midi, retrait quand les gelées redeviennent ponctuelles.

Sur un balcon, une plante gelée meurt rarement par le haut. Elle meurt par la motte : un pot posé sur une dalle offre au froid cinq faces au lieu d'une, et parce qu'une terre gorgée d'eau qui prend en glace autour des racines fait plus de dégâts que trois nuits à -6 °C sur le feuillage. Voici comment trancher, plante par plante, entre ce qui reste dehors, ce qui s'emballe et ce qui se rentre.

Un pot n'est pas un morceau de sol posé sur une dalle

En pleine terre, les racines profitent d'une masse qui met des jours à se refroidir. Le gel y descend rarement au-delà de 10 à 20 cm sur la majeure partie de la France, hors montagne et épisode exceptionnel, et plus bas la température reste positive toute la saison. Un pot n'a aucune de ces réserves : quelques dizaines de litres de substrat exposés à l'air sur toute la paroi, sur le dessus, et sur le fond dès qu'il repose sur des cales.

La motte suit donc la température de l'air à quelques heures près : une nuit longue à -5 °C suffit à faire prendre un pot de 5 à 10 litres de part en part. Or les racines n'ont pas la rusticité des parties aériennes, et l'étiquette d'une plante décrit toujours un sujet installé en pleine terre, jamais un sujet en bac.

Le vent complète le tableau. En hauteur, sur une façade dégagée, il souffle plus fort qu'au ras d'un jardin clos : il emporte la mince couche d'air réchauffé autour des feuilles et dessèche les persistants. L'abri du vent dominant vaut souvent plus que la couche de protection elle-même.

Le volume du bac, et le mauvais calcul du joli petit pot

Ce qui décide, c'est le rapport entre la surface d'échange et le volume de terre : un pot étroit de 5 litres offre presque autant de paroi qu'un bac de 30 litres, pour six fois moins d'inertie. En dessous de 10 litres, la motte gèle à coeur dès la première vraie nuit de gel ; entre 40 et 50 litres, elle gèle rarement en profondeur dans un hiver de plaine ordinaire, même si sa périphérie prend en glace.

Un gros volume amortit la sécheresse d'août comme le froid de janvier : le même achat règle les deux problèmes, comme le détaille notre dossier sur le volume de pot qui décide de la récolte. Gain gratuit : trois bacs serrés se comportent comme un seul gros volume, chacun protégeant les parois de ses voisins.

Ce que le pot retire à la rusticité, plante par plante

Les valeurs ci-dessous sont des ordres de grandeur pour des sujets établis, sur un balcon abrité du vent, avec une motte non détrempée. Le cultivar, l'âge de la plante et l'humidité du substrat font bouger chaque ligne de plusieurs degrés.

Plante en bacRusticité en pleine terreCe qu'elle encaisse en potConduite sur un balcon
Lavande, thym, romarinEnviron -12 à -15 °C pour la lavande vraie, moins pour le romarinAutour de -8 °C, moins si la motte est mouilléeDehors, motte isolée, jamais d'excès d'eau
Buis, houx, petits conifèresTrès rustiquesPassent l'hiver de plaine sans voileDehors, surveiller la soif plus que le froid
Hortensia en bacRustiqueBourgeons sensibles aux gelées de sortie d'hiverDehors, contre le mur, paillage épais sur la motte
Figuier, vigne, groseillierRustiques une fois installésBois nu sans risque, motte à protégerDehors, rien sur les branches, tout sur le pot
Bulbes de printemps en potOnt besoin du froid pour fleurirCraignent l'eau, pas le froidDehors, à l'abri de la pluie battante, sans soucoupe
Olivier en bacRustique en sol drainé, avec des limitesNettement moins, surtout jeuneDehors dans le Midi, abri froid et clair au nord
Agrumes, citronnier, kumquatDe courtes gelées légères au mieuxAucune margeLocal hors gel et lumineux, 5 à 12 °C
Laurier-roseGelées légères et brèvesMarges très faibles en potAbri froid et clair, ou pied de mur couvert dans le Midi
Pélargonium, fuchsiaNon rustiquesLe gel les tueRabattus, hors gel, 5 à 10 °C, presque à sec
Dahlia en potSouche détruite par le gelLe gel atteint vite le tuberculeFeuillage coupé, pot au sec, hors gel
Succulentes, aloe veraNon rustiquesLe froid humide autant que le gelRentrées avant les nuits sous 5 °C, très peu d'eau

Deux lignes se lisent à contre-courant : les bulbes de printemps ont besoin du froid pour fleurir et ne craignent que l'eau stagnante, tandis que les succulentes pourrissent sous l'effet du froid humide bien avant le gel franc.

L'eau, pas le thermomètre, tue le plus de pots

Un substrat saturé gèle en un bloc qui gagne du volume, cisaille les radicelles et referme la porosité. Au dégel, la motte reste asphyxiée et le pourrissement du collet prend le relais. Une motte simplement fraîche encaisse plusieurs degrés de plus qu'une motte détrempée, à plante identique.

Trois gestes de dix minutes règlent l'essentiel. Rangez les soucoupes de la fin de l'automne au printemps, leur utilité est estivale. Surélevez chaque bac de 2 à 3 cm sur des cales ou deux tasseaux, ce qui rétablit l'écoulement et coupe le contact avec une dalle de béton toujours plus froide que l'air. Vérifiez enfin que le trou de drainage n'est pas obturé par un tapis de racines.

Le contenant compte aussi. Le bois est le meilleur isolant courant, le plastique résiste au gel mais n'isole presque rien, la céramique émaillée et la terre cuite poreuse peuvent éclater quand l'eau prise dans leur paroi augmente de volume. Les pots en textile gèlent vite et conviennent mal à l'hiver. Et un substrat resté structuré supporte le gel bien mieux qu'un terreau tassé de trois ans, sujet que nous creusons dans notre dossier sur le substrat des pots, au-delà du terreau seul.

Emballer sans étouffer

L'ordre compte autant que le matériel : le pot d'abord, le feuillage ensuite, et seulement pour les plantes qui en ont besoin.

La protection, dans l'ordre

  1. Regroupez les bacs dans l'angle le plus abrité, contre le mur du bâtiment, jamais contre la rambarde qui ne coupe rien du vent.
  2. Surélevez chaque pot de 2 à 3 cm sur des cales, soucoupes retirées.
  3. Habillez le pot de deux tours de papier bulle, de jute ou de liège, fond et trou de drainage laissés libres.
  4. Paillez la motte sur 4 à 5 cm, feuilles mortes, écorce ou paille, en dégageant le collet.
  5. Posez le voile sur le feuillage des persistants sensibles, en double épaisseur, refermé en jupe autour du pot mais pas hermétiquement.
  6. Fixez à la ficelle, à plusieurs hauteurs : un voile qui claque se déchire en une nuit et arrache ce qu'il devait protéger.

Un point ne souffre aucune exception : jamais de film plastique au contact du feuillage. La condensation s'y accumule, et par une journée ensoleillée de février la température grimpe très vite dessous, ce qui brûle les tissus avant que la nuit suivante ne les fasse geler gorgés d'eau. Le papier bulle, lui, est parfait autour du pot, qui ne respire pas.

La sécurité fait partie de la manoeuvre : un bac emmailloté prend le vent comme une voile, et rien de protégé ne reste suspendu à la rambarde. Beaucoup de règlements de copropriété encadrent ce qu'on peut fixer à la façade, à vérifier avant toute structure permanente.

Rentrer une plante, oui, mais surtout pas dans le salon

Rentrer au chaud est la fausse bonne idée la plus répandue. Un séjour à 20 °C, avec l'air sec du chauffage et une lumière sans commune mesure avec l'extérieur, remet la plante en végétation au pire moment : pousses molles et étirées, chute des feuilles, et conditions idéales pour les cochenilles et les araignées rouges.

Les plantes à rentrer forment deux familles aux besoins opposés.

Celles qui entrent en repos, pélargoniums rabattus de moitié, fuchsias, dahlias, plantes à souche charnue, veulent du froid, du sombre et de la sécheresse : 5 à 10 °C, garage ou cave saine, un arrosage léger par mois pour que la motte ne devienne pas poussière. La conduite du géranium des balcons est détaillée dans notre fiche du pélargonium.

Celles qui gardent leur feuillage, agrumes et laurier-rose en tête, exigent de la lumière en plus du frais : 5 à 12 °C devant la fenêtre d'une pièce inoccupée, dans une véranda non chauffée ou une cage d'escalier claire. Privées de lumière, elles se dégarnissent et sortent de l'hiver épuisées.

Avant de faire entrer un pot

  • Inspectez le dessous des feuilles et les aisselles : une cochenille rentrée en octobre devient une invasion en février.
  • Retirez feuilles mortes et fruits desséchés, qui moisissent en atmosphère confinée.
  • Ne rempotez pas, ne taillez pas sévèrement, n'apportez aucun engrais : la plante doit ralentir, pas repartir.
  • Prévoyez la sortie : après un hiver à l'ombre, une réacclimatation d'une à deux semaines évite les brûlures du soleil de printemps.

Arroser en hiver : moins, jamais zéro

Une plante en pot dehors continue de perdre de l'eau, surtout si elle garde ses feuilles. Quand la motte est gelée ou desséchée, les racines ne fournissent plus rien et la plante se déshydrate alors qu'il gèle : c'est la sécheresse hivernale, lisible fin février sur les persistants dont les bords de feuilles brunissent et s'enroulent. Beaucoup de plantes qu'on croit gelées sont mortes de soif.

Le contrôle se fait toutes les deux à trois semaines, pas à date fixe. On arrose le matin d'une journée sans gel annoncé, par petites doses, un demi-litre à un litre pour un bac moyen, jamais sur une motte prise en glace. Cas limite : sous un balcon couvert par l'étage, la pluie n'arrive jamais, et ce contrôle devient la seule source d'eau de l'hiver, feuillage ou pas.

Côté nutrition : plus rien d'azoté à partir de la fin de l'été. Un engrais donné en octobre fabrique des tissus tendres au moment où le bois devrait durcir, et la première gelée sérieuse les détruit. On reprend au démarrage de la végétation, pas avant.

Poser et retirer au bon moment, région par région

La date du calendrier ne déclenche rien, c'est la prévision qui décide. Le seuil utile est la première nuit annoncée nettement sous zéro, -3 à -5 °C selon la plante, pas la première gelée blanche.

Protéger trop tôt coûte aussi cher que protéger trop tard : un voile laissé quatre mois sur une plante qui n'en avait pas besoin entretient l'humidité, favorise les moisissures grises et étiole les pousses. Le programme du mois où tout se joue dans la moitié nord est détaillé dans nos travaux du jardin en novembre.

Le piège du redoux

Une journée de février à 14 °C au soleil, sous un voile double plaqué contre un mur exposé au sud, fait monter la température autour de la plante bien au-delà de l'air ambiant. La plante débourre, et la gelée suivante détruit ces bourgeons neufs, plus fragiles que le bois. Ouvrez dès qu'une période douce s'installe, quitte à refermer trois jours plus tard.

Le signal d'alerte se lit à l'ongle. Grattez l'écorce d'une branche : vert dessous, la plante est vivante, il suffit d'attendre. Brune et sèche sur toute la ramure, avec une motte qui sent l'aigre et se décolle du pot, les racines sont perdues, et aucune taille ne rattrapera cela.

Une heure de travail avant la première vraie gelée

À votre place, on procéderait dans cet ordre, un après-midi de fin octobre dans la moitié nord, un mois plus tard dans le Midi. Rentrez d'abord les frileuses : agrumes et succulentes en local clair et frais, pélargoniums et dahlias en local sombre et hors gel. Regroupez les bacs restants dans l'angle abrité, contre le mur, surélevés de deux à trois centimètres, soucoupes rangées. Habillez les pots, pas les feuillages, puis paillez les mottes sur quatre à cinq centimètres.

Gardez le voile plié dans un coin : il se pose la veille de la nuit critique et se retire au premier redoux. Une seule chose à retenir : sur un balcon, on ne protège pas une plante du froid, on protège une motte du gel et de l'eau. Le feuillage, lui, se débrouille presque toujours.

Questions fréquentes

Faut-il rentrer tous les pots dès la première gelée annoncée ?

Non. La plupart des plantes de balcon, lavande, romarin, hortensia, petits conifères, passent l'hiver dehors sans difficulté : c'est leur motte qu'il faut protéger, pas leur feuillage. Ne rentrent vraiment que les frileuses, agrumes, laurier-rose, pélargoniums, succulentes, et elles vont dans un local hors gel entre 5 et 10 °C, pas dans un séjour chauffé. Une plante rustique installée au chaud repart en végétation, s'étiole et rate le repos hivernal dont dépend sa floraison suivante.

Un voile d'hivernage protège de combien de degrés ?

De quelques degrés seulement, de l'ordre de 2 à 4 °C selon le grammage, le nombre de couches et surtout le vent : un voile qui bat ne protège presque plus. Il fait passer une nuit à -4 °C, pas une semaine à -10 °C. Sur un balcon, l'essentiel du gain vient d'ailleurs : isoler le pot, regrouper les bacs contre le mur du bâtiment et couper le vent dominant comptent davantage que la couche posée sur les feuilles.

Faut-il arroser les plantes en pot en hiver ?

Oui, rarement et par petites doses. Un feuillage persistant continue de transpirer par vent sec et soleil bas, et beaucoup de pertes de février viennent de la soif, pas du gel. Contrôlez toutes les deux à trois semaines en soupesant le pot, puis arrosez le matin d'une journée sans gel, un demi-litre à un litre pour un bac moyen. Sous un balcon couvert, où la pluie n'arrive jamais, ce contrôle devient indispensable, y compris sur les plantes à feuilles caduques.

Pourquoi mon pot en terre cuite a-t-il éclaté cet hiver ?

La terre cuite poreuse absorbe l'eau dans sa paroi. Quand cette eau gèle, elle gagne du volume et fait sauter des plaques ou fend le pot de haut en bas. Deux parades : choisir des poteries portant la mention résistant au gel, cuites plus haut et moins poreuses, et surtout empêcher la paroi de se gorger d'eau, en surélevant le bac sur des cales et en l'habillant d'un manchon qui écarte la pluie. Un pot vidé et rentré au sec ne casse pas.

Quand retirer les protections au printemps ?

Quand les gelées ne sont plus que ponctuelles : souvent mi-mars sur le pourtour méditerranéen, courant avril dans la moitié nord, après la mi-mai en altitude. Retirez en deux temps, le voile d'abord, le manchon du pot ensuite. Aérez bien avant cette date, dès qu'une journée dépasse 12 à 15 °C au soleil : sous un voile double plaqué contre un mur, la température monte vite, la plante redémarre, et la gelée suivante détruit les jeunes pousses.

Peut-on hiverner dans un garage sans fenêtre ?

Oui, pour ce qui entre en repos et perd ses feuilles : pélargoniums rabattus, fuchsias, dahlias, plantes à souche charnue. Ces plantes passent l'hiver entre 5 et 10 °C, presque à sec, avec un arrosage léger par mois pour que la motte ne devienne pas poussière. Un persistant, agrume ou laurier-rose, ne le supporte pas : sans lumière il se dégarnit et sort épuisé. Pour lui, il faut du frais et du clair, cage d'escalier, véranda non chauffée, fenêtre d'une pièce inoccupée.

Les fiches plantes du sujet

Menthe

Mentha spicata

  • Mi-ombre
  • Facile

Basilic

Ocimum basilicum

  • Plein soleil
  • Demande de la main

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