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Lombricompostage en appartement : ce que personne ne dit avant

Un lombricomposteur tient dans un carré de 50 cm de côté et ne sent rien quand il va bien. Encore faut-il connaître son régime réel, ce qu'il refuse, et les erreurs des six premières semaines.

Bac ouvert sur un balcon : compost sombre, carton déchiqueté, épluchures et petite fourche posée sur le bord

L'essentiel

  • La capacité du bac dépend de la masse de vers, pas du volume : comptez environ la moitié du poids des vers en épluchures par jour, soit 250 g par jour pour 500 g de vers.
  • Pesez vos épluchures pendant une semaine avant d'acheter quoi que ce soit : c'est ce chiffre, et lui seul, qui dit quel format vous convient.
  • Le premier mois, ne donnez qu'un quart de la capacité théorique : la surcharge de démarrage est la cause numéro un des bacs qui tournent mal.
  • Un volume de carton brun humidifié pour un volume d'épluchures, et une poignée pressée qui rend une ou deux gouttes : ces deux repères règlent 80 % des problèmes.
  • Premier lombricompost au bout de 6 à 9 mois, une dizaine de litres par plateau, à incorporer à 10 ou 20 % du volume d'un substrat, jamais pur pour un semis.

Un lombricomposteur tient dans un carré de 40 à 50 centimètres de côté, ne fait aucun bruit et ne sent rien quand il va bien. Ce qu'on dit moins souvent : il lui faut deux à trois mois pour atteindre son régime de croisière, il refuse une bonne partie de ce que vous jetez, et l'immense majorité des bacs qui tournent mal ont été mis en difficulté dans leurs six premières semaines.

Ce que le bac avale vraiment, et à quel rythme

Un lombricomposteur n'est pas une poubelle, c'est un élevage. Sa capacité ne dépend pas du volume des plateaux mais de la masse de vers vivants qu'ils contiennent. Un ver de compost consomme, dans des conditions idéales, jusqu'à l'équivalent de son poids par jour. En appartement, avec une température qui fluctue et une litière rarement à l'optimum, tablez sur la moitié : 500 grammes de vers absorbent environ 250 grammes d'épluchures par jour une fois installés, soit un peu moins de deux kilos par semaine.

Ce calcul n'a de sens que confronté à votre production réelle, et personne ne la connaît avant de l'avoir mesurée. Posez un saladier sur la balance de cuisine et pesez tout ce qui partirait au compost pendant sept jours ordinaires, repas de semaine et week-end compris. Le chiffre obtenu décide du format, de la quantité de vers à mettre au départ, et surtout de la réponse à la vraie question : un seul bac suffira-t-il.

Épluchures pesées en une semaineVers au démarrageAbsorption en régimeFormat à viser
Moins de 1 kg250 à 500 g1 à 1,5 kg par semaine2 plateaux, une personne seule
1 à 2 kg500 g à 1 kg2 à 3,5 kg par semaine3 plateaux, couple ou petit foyer
2 à 3 kg1 kg et plus3,5 kg et plus4 plateaux, famille
Plus de 3 kgLe bac ne suivra pas seulExcédent à sortirSecond bac, compost partagé ou collecte

La dernière ligne est celle qu'on passe sous silence. Un foyer de quatre personnes qui cuisine beaucoup de légumes frais produit régulièrement plus qu'un lombricomposteur familial ne peut traiter, et l'excédent doit partir ailleurs. Depuis le 1er janvier 2024, les collectivités françaises doivent proposer une solution de tri à la source des biodéchets : point d'apport volontaire, collecte séparée ou composteur de quartier selon les communes. Beaucoup subventionnent aussi les bacs individuels, ce qui vaut un appel au service déchets avant tout achat. Et si vous disposez d'un bout de jardin ou d'une cour, le compostage classique traite des volumes sans commune mesure, comme nous le détaillons dans notre guide pour réussir son compost en bac ou en tas.

Les vers : lesquels, combien, où les trouver

Les espèces utilisées sont des vers de surface, Eisenia fetida et Eisenia andrei, souvent vendus ensemble sous le nom de vers du fumier ou vers rouges. Ils vivent dans la litière en décomposition, pas dans la terre, et tolèrent une densité de population que le ver de terre commun du jardin ne supporterait pas une semaine. Ce dernier, Lumbricus terrestris, creuse des galeries verticales profondes et a besoin de sol minéral : prélevé dans un massif et jeté dans un bac, il meurt. C'est l'erreur de départ la plus fréquente, et la plus décourageante.

La meilleure source reste un particulier qui divise son propre bac. Ses vers sont déjà acclimatés à un régime de cuisine et arrivent avec leur litière, leurs micro-organismes et souvent leurs cocons. Les associations de quartier et les composteurs collectifs en distribuent également, et le commerce spécialisé les expédie par la poste.

Une fois installée, la population se régule seule. Elle croît tant que la nourriture et la place suivent, avec un doublement de l'ordre de deux à trois mois en bonnes conditions, puis se stabilise sur les ressources disponibles. Cela veut dire deux choses utiles : inutile de payer pour un cheptel maximal au départ, et un bac en pleine forme vous donnera de quoi en démarrer un second, ou en offrir.

Ce qui entre dans le bac, ce qui n'y entre jamais

Un lombricomposteur digère mal ce qui est gras, salé, cuit ou d'origine animale. Le reste tient dans un équilibre simple entre matières vertes, riches en azote et en eau, et matières brunes carbonées qui structurent la litière et absorbent l'excès d'humidité. Sans carton, un bac se transforme en soupe.

MatièreVerdictPrécision qui compte
Épluchures de légumes et de fruitsLa baseCoupées petit, elles disparaissent deux fois plus vite
Marc de café, filtres papierOui, très appréciéJusqu'à un tiers des apports sans problème
Sachets de théOuiSeulement si l'enveloppe n'est pas en plastique
Carton brun, boîtes à oeufs, essuie-tout non impriméIndispensableDéchiqueté et humidifié, un volume par volume d'épluchures
Coquilles d'oeufsOuiFinement écrasées, elles tamponnent l'acidité, mais se décomposent lentement
Pain, pâtes, rizAvec modérationMoisissent vite et attirent les moucherons
Agrumes, ananasPetites quantitésAcidifient le milieu s'ils reviennent chaque semaine
Oignon, ail, poireauPetites quantitésPeu appréciés, ils stagnent en surface
Viande, poisson, produits laitiers, restes gras ou salésNonOdeurs, asticots, milieu ingérable
Feuilles de rhubarbe, plantes malades ou traitéesNonRien qui puisse déséquilibrer ou contaminer la litière
Papier glacé, tickets de caisse, autocollantsNonEncres et revêtements sans intérêt
Vaisselle et sacs dits compostablesNonIls exigent une chaleur qu'un bac froid n'atteint jamais
Litière de chat ou de chienNonRisque sanitaire, sans discussion

Les six premières semaines décident de tout

L'installation prend une demi-heure et conditionne l'année entière. Le point le plus contre-intuitif est le délai avant le premier repas : des vers qui viennent de voyager ont besoin de quelques jours pour s'enfouir et se remettre avant de manger.

Le démarrage, étape par étape

  1. Garnissez le premier plateau de 8 à 10 cm de carton brun déchiqueté et bien humidifié, additionné d'une poignée de terre de jardin ou de compost mûr, qui apporte les micro-organismes.
  2. Versez les vers au centre, laissez le couvercle ouvert deux à trois heures dans une pièce éclairée : ils fuient la lumière et s'enfouissent seuls.
  3. Attendez trois à cinq jours avant le premier apport. Un bac qu'on nourrit le jour même part avec un handicap.
  4. Donnez ensuite une petite quantité d'épluchures, dans un seul coin, enfouie sous deux ou trois centimètres de litière.
  5. Recouvrez toute la surface d'une plaque de carton humide, remplacée quand elle se désagrège. C'est la barrière anti-moucherons la plus efficace.
  6. Nourrissez tous les trois à sept jours en tournant de coin en coin, jamais un peu partout chaque jour.
  7. Passez au plateau supérieur quand le premier est plein et que les épluchures y disparaissent en moins d'une semaine.

Deux repères sensoriels remplacent tous les instruments. L'humidité, d'abord : une poignée de litière pressée dans la main doit rendre une ou deux gouttes, pas un filet, pas rien. Le carbone, ensuite : si vous hésitez, ajoutez du carton. Un bac trop carboné ralentit, un bac pas assez carboné se noie, et le second problème est infiniment plus long à corriger que le premier.

Moucherons, odeurs, vers qui montent : le diagnostic

Un lombricomposteur communique. Chaque symptôme correspond à une cause précise, et la correction est presque toujours la même famille de gestes : moins d'apports, plus de carton, un peu d'air.

Ce que vous constatezCe qui se passeLe geste
Nuée de moucherons à l'ouvertureDrosophiles arrivées sur les fruits, cycle bouclé en une à deux semaines au chaudEnfouir chaque apport, plaque de carton humide, fruits congelés 24 h, piège au vinaigre de cidre
Odeur aigre ou ammoniaquéeTrop d'apports, pas assez de carboneStopper deux semaines, incorporer du carton sec
Odeur d'oeuf pourri, matière compacte et détrempéeMilieu asphyxié, sans oxygèneOuvrir le robinet, aérer à la fourche, carton sec en quantité
Vers massés sous le couvercle après les trois premières nuitsMilieu trop acide, trop humide ou trop chaudVérifier les trois, coquilles d'oeufs écrasées, carton
Petits vers blancs très fins et vifsEnchytréides, sans danger, signe d'un milieu un peu acideRéduire les fruits, ajouter du carton
Points blancs qui sautentCollemboles, décomposeurs utilesRien
Nappe d'acariens blancsExcès d'humidité et d'aciditéLaisser le couvercle entrouvert, carton sec
Fourmis dans le bacLitière trop sècheHumidifier au pulvérisateur
Filaments blancs sur le pain ou le cartonMoisissures normales de décompositionEnfouir, ne rien traiter
Presque pas de liquide au robinetBac correctement carbonéRien, c'est bon signe

Cette dernière ligne mérite qu'on s'y arrête. Beaucoup de débutants jugent leur bac à l'abondance du liquide récolté, alors qu'un bac bien conduit en produit très peu. Un robinet qui coule sans arrêt signale une litière détrempée, pas un bac performant.

Chaud, froid, vacances : les trois situations qui tuent un bac

Les vers de compost travaillent entre 15 et 25 degrés. En dessous de 10, leur activité s'effondre et les apports s'accumulent sans être traités. Au-dessus de 30, la mortalité démarre. Ces deux seuils suffisent à choisir l'emplacement, et à comprendre pourquoi le même bac vit très bien à Montpellier sur un balcon nord et très mal à Épinal sur un balcon sans protection hivernale.

Les vacances inquiètent plus qu'elles ne devraient. Un bac préparé tient trois à quatre semaines sans intervention : apport normal bien enfoui, épaisse couche de carton humidifié par-dessus, humidité contrôlée, emplacement frais et ombragé. Le jeûne ne pose aucun problème à des vers qui trouvent toujours de la litière à consommer. C'est la même logique que pour les plantes en pot, où tout se joue avant le départ et non au retour, un sujet que nous traitons en détail dans arroser ses pots en été quand on part.

Dernier point matériel, rarement anticipé : un lombricomposteur plein pèse plusieurs dizaines de kilos. Vérifiez que le meuble ou l'étagère qui le porte le supporte, et prévoyez un bac sur roulettes si vous devez le déplacer entre l'intérieur et le balcon deux fois par an.

Récolter le lombricompost et le liquide, sans les gâcher

Le liquide recueilli au robinet est un percolat, pas un thé de compost : de l'eau chargée qui a traversé la litière. Diluez-le au dixième et utilisez-le vite, sur des plantes déjà installées, en arrosant au pied. Évitez-le sur les semis et les jeunes boutures, dont les racines fines supportent mal sa concentration.

Le lombricompost proprement dit se récolte dans le plateau du bas, six à neuf mois après le démarrage, puis tous les deux à quatre mois. Comptez de l'ordre d'une dizaine de litres par plateau. Pour séparer les vers, cessez de nourrir le plateau du bas pendant deux à trois semaines et n'alimentez que celui du dessus : la quasi-totalité des vers migre vers la nourriture. Tamisez ensuite le produit et remettez dans le bac les cocons repérés au passage, de petites lentilles jaune citron qui contiennent chacune plusieurs vers.

Cette richesse a une limite qu'il faut connaître. Le lombricompost apporte de la matière organique stable, de la vie microbienne et une bonne rétention d'eau, mais il ne remplace pas une fertilisation suivie pour une culture gourmande en pot, tomate ou courgette de balcon en tête. Le mélange de départ compte autant que l'apport, un point détaillé dans notre dossier sur le terreau qui ne suffit pas seul. Le complément, lui, se raisonne comme n'importe quel apport nutritif, avec les précautions de dose expliquées dans nourrir sans brûler les racines.

La routine qui fait tourner un bac sans y penser

Un lombricomposteur en régime demande dix minutes par semaine, pas davantage. Le reste du temps, il travaille seul.

Le rythme d'entretien, une fois le bac lancé

  • Chaque apport, tous les trois à sept jours : épluchures coupées petit, enfouies dans un coin, un volume de carton humidifié ajouté par-dessus.
  • Chaque semaine : soulever la plaque de carton, vérifier que l'apport précédent a diminué, tester l'humidité à la main.
  • Chaque mois : une poignée de coquilles d'oeufs finement écrasées, un coup de fourche doux pour aérer sans retourner.
  • Chaque trimestre : vider le robinet même s'il coule peu, contrôler la température de l'emplacement selon la saison.
  • Deux fois par an : récolter un plateau, tamiser, remettre les cocons, monter le plateau vide en haut.

Si vous ne deviez retenir que quatre choses : pesez vos épluchures avant d'acheter, sous-alimentez franchement le premier mois, ajoutez du carton chaque fois que vous hésitez, et gardez le bac entre 15 et 25 degrés. Le reste se corrige. Un bac qui a été asphyxié dès le départ, lui, met des mois à s'en remettre, quand il s'en remet.

Questions fréquentes

Un lombricomposteur sent-il mauvais dans un appartement ?

Un bac équilibré sent le sous-bois, et rien d'autre, même le nez au-dessus. Toute odeur aigre, ammoniaquée ou d'oeuf pourri signale un déséquilibre précis : trop d'épluchures d'un coup, pas assez de carton, ou un milieu détrempé qui s'asphyxie. La correction est la même dans les trois cas : arrêter d'apporter pendant deux semaines, incorporer une bonne quantité de carton brun sec et aérer doucement à la fourche. L'odeur disparaît en quelques jours.

Combien de temps avant d'obtenir le premier lombricompost ?

Comptez 6 à 9 mois pour le premier plateau vraiment mûr, puis un plateau tous les deux à quatre mois une fois le bac en régime. Ce délai surprend beaucoup de débutants qui espèrent récolter au bout de deux mois. Le liquide qui s'écoule au robinet arrive bien plus tôt, souvent dès les premières semaines, mais ce n'est pas du compost : c'est un percolat, à diluer au dixième avant tout usage.

Que devient le bac pendant trois semaines de vacances ?

Il tient sans vous, à condition de le préparer. Avant de partir, apportez une charge normale d'épluchures bien enfouies, recouvrez d'une épaisse couche de carton brun humidifié, vérifiez l'humidité générale et placez le bac à l'abri du soleil, entre 15 et 25 degrés. Trois à quatre semaines passent ainsi sans dommage. Ce qui tue un bac en été, ce n'est jamais le jeûne, c'est la chaleur d'un balcon exposé.

Peut-on mettre des agrumes, de l'oignon et de l'ail ?

En petites quantités, oui. Les agrumes acidifient le milieu et les vers les délaissent tant qu'il reste autre chose, l'oignon et l'ail sont simplement peu appréciés. Le problème n'apparaît qu'à dose régulière : un bac qui reçoit chaque semaine les épluchures d'un sac d'oranges devient acide, se couvre d'acariens blancs et voit ses vers monter sous le couvercle. Une poignée de coquilles d'oeufs finement écrasées par mois tamponne cette acidité.

Comment se débarrasser des moucherons ?

Les drosophiles arrivent sur les fruits, pas dans le bac. Trois gestes suffisent : enfouir chaque apport sous deux ou trois centimètres de litière, maintenir en permanence une plaque de carton humide sur toute la surface, et passer les fruits mûrs vingt-quatre heures au congélateur avant de les donner. Pour la population déjà installée, un verre de vinaigre de cidre avec une goutte de liquide vaisselle, couvert d'un film percé, la fait chuter en une semaine.

Un lombricomposteur peut-il rester dehors toute l'année ?

Sur un balcon abrité, oui dans le Midi et sur la façade atlantique, avec prudence ailleurs. Les vers ralentissent nettement en dessous de 10 degrés et une prise en glace de la litière leur est fatale, même si une partie des cocons survit. Dans la moitié nord et en altitude, rentrez le bac dans un garage, une cave ou une buanderie dès les premières gelées annoncées. En été, c'est l'inverse : l'ombre devient obligatoire.

Les fiches plantes du sujet

Romarin

Salvia rosmarinus

  • Plein soleil
  • Facile

Thym

Thymus vulgaris

  • Plein soleil
  • Facile

Menthe

Mentha spicata

  • Mi-ombre
  • Facile

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