Plantes d'intérieurComprendre
Cochenilles, thrips, araignées rouges : le diagnostic en trois minutes
Traiter le mauvais ravageur coûte un mois et une plante. Le feuillage collant, le test du papier blanc et le revers des feuilles suffisent à trancher entre cochenille, thrips et acarien, en trois minutes.

L'essentiel
- Collant ou pas collant : le miellat sépare en dix secondes les cochenilles, pucerons et aleurodes, qui en produisent, des acariens et des thrips, qui n'en produisent jamais.
- Un acarien tétranyque mesure 0,3 à 0,5 mm : le test du papier blanc, tapoter une tige au-dessus d'une feuille de papier, le révèle bien avant l'apparition des toiles.
- Un traitement de contact ne tue pas les oeufs : comptez trois à quatre passages espacés de cinq à sept jours, sinon la population repart au même endroit.
- Air chauffé sous 40 % d'humidité et température au-dessus de 20 degrés : l'araignée rouge boucle son cycle en une à deux semaines, la saison de chauffe est sa fenêtre.
- Toute plante qui entre chez vous reste à l'écart trois à quatre semaines : c'est le geste qui évite le plus de contaminations, pour zéro euro.
Une plante d'intérieur qui décline a presque toujours un coupable identifiable, à condition de regarder au bon endroit : le revers des feuilles, l'aisselle des tiges, et une feuille de papier blanc. Se tromper de ravageur coûte un mois de traitements inutiles, parfois la plante. Voici comment trancher entre cochenille, thrips et acarien avant de sortir quoi que ce soit du placard.
Trois minutes, montre en main
Le diagnostic ne se fait pas de loin, ni dans un coin sombre. Sortez la plante, posez-la près d'une fenêtre ou sous une lampe, et mettez-vous à hauteur de feuille. La lumière rasante fait briller le miellat et révèle les toiles fines que l'éclairage de plafond efface complètement.
Le protocole de diagnostic
- Passez l'index sur le dessus d'une feuille basse, puis sur le meuble ou le sol sous la plante. Collant : notez-le, c'est le critère le plus discriminant.
- Retournez trois feuilles, une jeune, une du milieu, une vieille. Regardez la nervure principale, la jonction feuille-tige et le dessous du pétiole.
- Glissez une feuille de papier blanc sous une tige, tapotez cinq à six fois, attendez dix secondes et observez ce qui bouge.
- Cherchez un dépôt noirâtre sur les feuilles anciennes, qui signe une attaque déjà installée depuis plusieurs semaines.
- Grattez la surface du terreau sur un centimètre et regardez si de petits moucherons noirs s'envolent.
- Notez la date sur une étiquette plantée dans le pot. Sans date de départ, vous ne saurez pas si le traitement gagne du terrain.
Une loupe à main de dix fois change tout. À l'oeil nu, un acarien tétranyque est un point de poussière qui bouge ; à la loupe, c'est une bête à huit pattes avec deux taches sombres sur le dos, et le doute disparaît.
Ce que le dégât raconte avant que vous ne voyiez la bête
Sur une plante d'intérieur, le symptôme apparaît souvent deux à trois semaines avant que le ravageur ne devienne visible. Apprendre à lire la marque fait gagner ces semaines-là.
Un pointillé pâle très fin, comme si la feuille avait été saupoudrée de sel, qui commence près de la nervure centrale et remonte vers la pointe, signe un acarien. Le feuillage prend ensuite une teinte grise ou bronze, terne, et sèche par la marge. La toile n'arrive que tard : quand vous la voyez, la population est déjà très forte.
Des plages argentées ou plombées, irrégulières, souvent accompagnées de minuscules points noirs brillants, désignent le thrips. Ces points noirs sont ses déjections, et c'est le détail le plus fiable : aucun autre ravageur d'intérieur ne laisse ce semis noir sur une plage décolorée. Les jeunes pousses sortent déformées, gaufrées, parfois collées entre elles.
Des feuilles luisantes et poisseuses, puis un voile noir qui se développe sur ce miellat, orientent vers les piqueurs suceurs à miellat. Ce voile noir est un champignon d'opportunité, la fumagine : il ne pique pas la plante, il l'étouffe en bloquant la lumière. Le nettoyer sans traiter le ravageur ne sert à rien.
Le tableau qui tranche
| Ravageur | Où le chercher | Taille et aspect | Dégât typique | Miellat | Ce qui le favorise |
|---|---|---|---|---|---|
| Cochenille farineuse | Aisselles, revers des nervures, collet, parfois racines | 2 à 5 mm, amas blanc cotonneux, se déplace lentement | Feuilles collantes, jaunissement diffus, croissance bloquée | Oui, abondant | Chaleur stable, plante rempotée depuis longtemps |
| Cochenille à carapace | Le long des nervures et sur les tiges ligneuses | 2 à 5 mm, bouclier brun ou blanc fixe, se détache à l'ongle | Taches jaunes en face du bouclier, rameaux qui sèchent | Oui | Ficus, agrumes, plantes anciennes peu observées |
| Araignée rouge | Revers des feuilles, pointes, angles des nervures | 0,3 à 0,5 mm, point mobile rouge, orange ou jaune | Pointillé pâle, feuillage bronze, toile fine tardive | Non | Air chaud et sec, moins de 40 % d'humidité |
| Thrips | Jeunes pousses, boutons floraux, revers des feuilles | 1 à 2 mm, fuseau jaune paille ou noir, très rapide | Plages argentées, points noirs, pousses déformées | Non | Chaleur, floraison en cours, plante fraîchement rentrée |
| Aleurode | Revers des feuilles jeunes | 1 à 2 mm, petit papillon blanc qui s'envole quand on touche | Feuilles collantes, décoloration, envol en nuage | Oui | Serre, véranda, plantes rentrées de l'extérieur |
| Puceron | Extrémités tendres, boutons, revers des jeunes feuilles | 1 à 3 mm, corps mou vert, noir ou rose, en colonie | Pousses recroquevillées, collantes, fourmis présentes | Oui, abondant | Excès d'azote, croissance forcée au printemps |
| Sciaride | Surface du terreau, vol court autour du pot | 2 à 4 mm, moucheron noir, larve translucide dans le substrat | Aucun dégât visible sur le feuillage adulte | Non | Substrat maintenu trop humide en permanence |
Les deux dernières lignes sont les confusions les plus fréquentes : l'aleurode se traite comme un puceron et non comme une cochenille, et la sciaride n'est pas un ravageur du feuillage du tout.
Les quatre confusions qui font perdre un mois
Le calcaire pris pour une cochenille. Le dépôt de calcaire est plat, sur le dessus des feuilles, aux endroits où des gouttes ont séché, et part au chiffon humide. La cochenille est bombée, au revers ou dans les aisselles, et laisse une trace orangée quand on l'écrase à l'ongle.
Les moucherons du terreau pris pour l'origine du mal. Un nuage de petits moucherons noirs au moment de l'arrosage indique un substrat qui reste humide trop longtemps, pas une attaque du feuillage. Leurs larves consomment surtout la matière organique en décomposition. La vraie réponse est de laisser sécher les premiers centimètres entre deux apports, ce que nous détaillons dans arroser ses plantes d'intérieur à la bonne fréquence.
La poussière prise pour de la toile. Sur un ficus ou un monstera laissés longtemps sans nettoyage, des filaments de poussière relient parfois deux nervures. La toile d'acarien, elle, est régulière, tendue entre la feuille et le pétiole, et porte des points mobiles quand on souffle dessus.
Le stress pris pour une attaque. Feuilles molles, bords bruns, chute des feuilles basses : ces trois symptômes viennent bien plus souvent d'un excès d'eau, d'un courant d'air froid ou d'un manque de lumière que d'un insecte. Avant de traiter, éliminez ces causes, passées en revue dans notre dossier sur les vraies causes de mortalité des plantes d'intérieur.
Pourquoi cette plante-là, et pourquoi maintenant
Un ravageur d'intérieur n'apparaît pas spontanément. Il arrive avec une plante neuve, avec un bouquet, avec un pot rentré du balcon en automne, ou sur un vêtement. Ce qui varie, c'est la vitesse à laquelle il s'installe, et cela dépend de conditions que vous contrôlez en partie.
L'air sec est le premier facteur. Sous 40 % d'humidité relative, ce que produit couramment un logement chauffé en plein hiver, l'araignée rouge accélère nettement son cycle, tandis que ses prédateurs naturels sont absents d'un salon. La chaleur joue dans le même sens : entre 20 et 25 degrés, le passage de l'oeuf à l'adulte se compte en une à deux semaines chez les acariens, davantage chez les cochenilles.
L'excès d'azote compte plus qu'on ne croit. Une plante poussée à l'engrais riche en azote fabrique des tissus tendres, gorgés de sève, exactement ce que recherchent pucerons et thrips. La fertilisation forcée précède très souvent l'invasion.
Agir selon ce que vous avez identifié
L'ordre compte plus que le produit. On commence toujours par le mécanique, on ne passe au reste que si l'infestation résiste, et on garde le même rythme de rappel dans tous les cas.
| Ravageur | Premier geste | Si ça persiste | Cadence | Point de vigilance |
|---|---|---|---|---|
| Cochenille farineuse | Coton-tige imbibé d'alcool à 70 degrés, foyer par foyer | Pulvérisation savonneuse sur revers et aisselles | 3 à 4 fois, tous les 5 à 7 jours | Vérifier le collet et le dessus de la motte |
| Cochenille à carapace | Décoller les boucliers à l'ongle ou à la brosse douce | Idem, après décollement | 3 à 4 fois, tous les 7 jours | Un bouclier vide reste collé, ne pas s'y fier |
| Araignée rouge | Douche tiède complète, revers compris, à l'évier | Relever l'humidité de l'air, isoler la plante | 2 fois par semaine, 3 semaines | Ne jamais laisser sécher un feuillage duveteux mouillé au froid |
| Thrips | Retirer fleurs et pousses atteintes, laver la plante | Nettoyer la surface du substrat et les débris | 3 à 4 fois, tous les 5 à 7 jours | Le bouton floral protège les larves |
| Aleurode | Aspirer les adultes en vol, laver le revers | Pulvérisation savonneuse ciblée sur le revers | Tous les 5 jours, 3 fois | Les adultes reviennent des plantes voisines |
| Puceron | Écraser la colonie entre deux doigts, jet d'eau | Pulvérisation savonneuse | 2 à 3 fois, tous les 5 jours | Chercher la colonie source sur la plus jeune pousse |
La pulvérisation savonneuse la plus courante se prépare avec environ une cuillère à soupe de savon noir liquide par litre d'eau tiède. Elle agit par contact, en asphyxie : elle ne protège pas et ne dure pas. Testez-la sur une feuille et attendez deux jours avant de traiter la plante entière, car certains feuillages, poilus, cireux ou fins, marquent. Les orchidées, dont les hampes et les racines aériennes abritent volontiers des cochenilles, demandent une main particulièrement légère, et la conduite générale de la plante est détaillée dans la fiche de l'orchidée phalaenopsis.
Les auxiliaires existent aussi pour l'intérieur, et ils règlent des situations où le lavage échoue : acariens prédateurs contre l'araignée rouge, prédateurs spécialisés contre les cochenilles farineuses, acariens auxiliaires contre les larves de thrips. Ils demandent une pièce assez chaude, une hygrométrie correcte et surtout aucun résidu de traitement récent, sinon ils meurent avec la cible.
Savoir que c'est fini, et empêcher le retour
Une infestation est terminée quand deux contrôles consécutifs, espacés d'une semaine, ne trouvent plus rien : ni individu vivant au revers, ni point mobile sur le papier blanc, ni nouvelle feuille marquée. Les anciens dégâts, eux, ne disparaissent pas : une feuille argentée par les thrips restera argentée toute sa vie. Jugez sur les pousses neuves, jamais sur les cicatrices.
Le contrôle de routine, cinq minutes par mois
- Retourner deux ou trois feuilles sur chaque plante, dont une jeune et une du bas.
- Passer le doigt sur une feuille basse pour tester le miellat.
- Regarder les boutons floraux en formation, refuge préféré des thrips.
- Dépoussiérer les grandes feuilles au chiffon humide, ce qui déloge les débuts de colonie.
- Isoler trois à quatre semaines toute plante entrant dans le logement, y compris un cadeau.
- Reprendre le rythme tous les quinze jours d'octobre à mars, quand le chauffage tourne.
Le rempotage n'est pas une réponse à une attaque de feuillage, sauf pour les cochenilles racinaires, ces amas blancs visibles sur la motte quand on dépote. Si vous en trouvez, changez le substrat entièrement, rincez les racines à l'eau tiède et repartez dans un pot propre, en suivant les règles de rempotage d'une plante d'intérieur.
Le diagnostic en une page
Touchez d'abord : collant, vous cherchez une cochenille, un puceron ou un aleurode ; sec, vous cherchez un acarien ou un thrips. Retournez ensuite trois feuilles et tapotez une tige au-dessus d'une feuille de papier blanc : les points mobiles rouges ou orange sont des acariens, les fuseaux jaune paille rapides sont des thrips. Lisez le dégât : pointillé pâle pour l'acarien, plages argentées piquetées de noir pour le thrips, amas cotonneux ou boucliers bruns pour les cochenilles. Commencez toujours par la douche et le retrait mécanique, gardez le produit pour ce qui résiste, et rappelez trois à quatre fois à cinq à sept jours d'intervalle. Enfin, isolez chaque nouvelle plante un mois : c'est ce quart d'heure de patience qui vous évitera les trois minutes de diagnostic, six mois plus tard, sur toute la collection.
Questions fréquentes
Comment distinguer une cochenille farineuse d'une trace de calcaire ?
Le calcaire se dépose sur le dessus des feuilles, là où l'eau a séché, en voile blanc plat et poudreux qui part d'un coup de chiffon humide. La cochenille farineuse se loge au revers, dans l'aisselle des feuilles et sur les nervures, en petits amas cotonneux légèrement bombés. Poussée du bout de l'ongle, elle se détache en un paquet gras et laisse une trace orangée. C'est ce test de l'ongle qui tranche à coup sûr, en deux secondes.
Faut-il jeter une plante infestée ?
Rarement, mais parfois oui. Une plante dont plus de la moitié du feuillage est décoloré, qui héberge des thrips depuis des mois et qui vit à côté de dix autres plantes coûte souvent plus cher en temps et en produits qu'un remplacement. Le critère de décision : si après trois passages complets espacés d'une semaine la population n'a pas visiblement baissé, et si la plante n'a pas de valeur sentimentale, sortez-la du logement plutôt que de contaminer le reste.
Les araignées rouges peuvent-elles passer sur mes autres plantes ?
Oui, et c'est même leur mode de dispersion normal. Elles ne volent pas, mais elles marchent le long des feuilles qui se touchent, se laissent porter par un courant d'air au bout d'un fil de soie, et voyagent sur un chiffon ou une manche. Écartez la plante atteinte d'au moins un mètre des autres, ne la manipulez qu'en dernier lors de vos tournées d'arrosage, et lavez-vous les mains ensuite.
Le savon noir suffit-il contre les cochenilles ?
Sur une infestation jeune et localisée, souvent oui, à condition de mouiller réellement le revers des feuilles et les aisselles, là où elles se cachent. Contre les cochenilles à carapace installées, la coque protège l'insecte et le savon glisse dessus : il faut d'abord les décoller une par une, ongle ou coton-tige imbibé d'alcool à 70 degrés, avant tout pulvérisation. Testez toujours sur une feuille et attendez deux jours avant de traiter la plante entière.
Pourquoi les thrips reviennent-ils quelques jours après le traitement ?
Parce qu'une partie du cycle se déroule hors de votre portée. Les oeufs sont insérés dans le tissu de la feuille et une phase de nymphose se passe souvent dans le substrat ou dans les débris au pied de la plante. Un traitement de contact ne touche ni les uns ni les autres. D'où la règle : trois à quatre passages espacés de cinq à sept jours, plus un nettoyage de la surface du pot et le retrait des feuilles mortes.
Combien de temps faut-il isoler une plante qui vient d'être achetée ?
Trois à quatre semaines, dans une autre pièce ou au moins à un mètre de toute autre plante. Ce délai correspond au temps qu'il faut à une population invisible à l'achat pour devenir visible : un cycle complet d'acarien ou de thrips selon la température de la pièce. Profitez-en pour retourner quelques feuilles chaque semaine et pour tapoter une tige au-dessus d'une feuille de papier blanc.
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