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Bouturer ses plantes d'intérieur : dans l'eau ou en terre

Une tige de pothos fait des racines en dix jours, une feuille de ficus n'en fera jamais une plante. Où couper, dans l'eau ou dans le terreau, quand passer en pot : la méthode espèce par espèce.

Bocaux en verre sur un rebord de fenêtre, tiges aux racines blanches dans l'eau claire, un jeune plant mis en pot

L'essentiel

  • Une bouture de tige n'enracine que si elle porte au moins un nœud : sans nœud, il n'y a ni bourgeon ni racine à venir, quelle que soit la patience.
  • La fenêtre confortable va d'avril à juin, avec un second créneau en septembre : il faut 20 à 25 °C au niveau du substrat et une lumière vive sans soleil direct.
  • Dans l'eau, on rempote quand les racines mesurent 3 à 5 cm, pas 15 : passé cette taille, elles cassent et la bouture perd trois semaines.
  • Les délais vont de 10 jours pour un pothos à 3 à 6 mois pour un zamioculcas : c'est l'espèce qui commande, pas la méthode.
  • Une base brune et molle signe une pourriture : recoupez 1 cm au-dessus de la partie saine et repartez en eau propre, la bouture est souvent récupérable.

Une tige de pothos posée dans un verre d'eau fait ses premières racines en une dizaine de jours. Une feuille de ficus peut rester six mois dans le même verre, faire de belles racines blanches, et ne jamais devenir une plante. La différence tient à un détail d'anatomie, et c'est lui qui décide si votre bouture reprend ou pourrit.

Le nœud, pas la feuille : ce qui fabrique une plante

Le nœud est ce léger renflement de la tige d'où part une feuille, et souvent une racine aérienne. Il concentre les tissus capables de fabriquer des racines et un nouveau bourgeon. Un fragment de tige qui en porte un reconstitue une plante entière ; un fragment sans nœud ne le pourra jamais.

C'est ce qui explique le sort des feuilles isolées. Une feuille de monstera ou de ficus mise dans l'eau enracine parfois très bien, puis reste une feuille enracinée pendant des années : aucun bourgeon à réveiller. Quelques familles font exception, leur limbe régénérant lui-même un bourgeon : sansevieria, begonia rex, peperomia, plantes grasses.

Sur les aroïdées grimpantes, pothos, philodendrons, monstera, ce nœud porte déjà une petite racine aérienne brunâtre. Elle ressemble à un défaut, on a envie de la couper : gardez-la, elle vaut deux à trois semaines d'avance.

Dans l'eau ou dans le terreau : ce que le choix change vraiment

Les deux fonctionnent. Ce qui les sépare n'est pas le taux de réussite, mais ce que vous voyez et ce que vous devrez faire ensuite.

Dans l'eau ou dans le terreau ?

Dans l'eau

  • Vous voyez les racines partir, et la pourriture arriver
  • Aucun matériel, un verre suffit
  • Racines fines et cassantes, adaptées à l'eau
  • Un rempotage à réussir, avec deux à trois semaines de pause
  • Idéal pour apprendre et pour les aroïdées

Dans le terreau

  • Vous ne savez rien avant la reprise, trois semaines à l'aveugle
  • Un petit pot, un terreau drainant, un peu de place
  • Racines directement fonctionnelles dans le substrat
  • Aucune transition, la plante continue sur sa lancée
  • Idéal pour les espèces qui supportent mal l'eau stagnante

Le critère de décision est simple. Pour un pothos, un philodendron, une misère ou un monstera, l'eau est plus commode. Pour tout le reste, plantes grasses en tête, la mise en terre directe évite une transition que beaucoup de boutures ne passent pas.

Une troisième voie, moins connue, cumule les avantages : la perlite ou la vermiculite humide dans un pot transparent. On voit les racines, elles sont déjà adaptées à un milieu aéré, et le passage en terreau ne provoque aucun arrêt de croissance.

Le moment : pourquoi une bouture d'octobre traîne jusqu'en mars

Une bouture fabrique ses racines avec de la lumière, de la chaleur et les réserves de la tige. Les trois manquent en même temps entre novembre et février, et c'est pour cela qu'une bouture d'automne stagne des semaines avant de noircir à la base.

Deux paramètres comptent plus que la date. La température d'abord : l'enracinement s'accélère nettement entre 20 et 25 °C et devient très lent sous 18 °C. Un rebord de fenêtre au nord en avril reste souvent trop frais, le dessus d'un réfrigérateur convient très bien. La lumière ensuite, vive mais jamais en plein soleil, qui cuit une tige sans racines en une après-midi. Si vous hésitez sur ce que vaut une pièce, mesurer la lumière plutôt que la deviner prend cinq minutes. C'est aussi la saison des mêmes gestes dehors, comme le rappelle le programme du mois de mai.

Prélever la bouture : où couper, que retirer

La coupe décide de la suite. Une tige trop jeune se ramollit, une tige déjà lignifiée n'a plus de tissus capables de former des racines. Visez le milieu : une pousse de l'année, ferme et encore souple.

La coupe, geste par geste

  1. Choisissez une tige saine portant deux à trois nœuds et deux à quatre feuilles en bon état.
  2. Coupez net, à 5 millimètres sous le nœud le plus bas, avec une lame propre et bien affûtée.
  3. Retirez les feuilles qui se trouveraient sous ce nœud : aucune feuille ne doit tremper dans l'eau ni toucher le terreau.
  4. Réduisez de moitié les très grandes feuilles, monstera et ficus, pour limiter l'évaporation le temps de l'enracinement.
  5. Rincez la coupe à l'eau tiède sur les espèces à latex, puis laissez ressuyer une demi-heure.
  6. Pour une plante grasse, laissez au contraire sécher la plaie deux à trois jours, à l'air libre, avant tout contact avec l'humidité.
  7. Installez sans attendre : une bouture laissée à l'air une journée part handicapée.

Un mot sur la lame. Un sécateur émoussé écrase les vaisseaux au lieu de les trancher, et cette zone écrasée est la porte d'entrée des pourritures. Un cutter propre coupe mieux, et un passage à l'eau chaude savonneuse entre deux plantes évite de transporter une maladie.

Plante par plante : la méthode qui marche

Les délais ci-dessous valent au printemps, entre 20 et 25 °C, en lumière vive. Sous 18 °C ou en période sombre, ils s'allongent fortement, parfois du simple au triple.

PlanteCe qu'on prélèveEau ou terrePremières racinesDifficulté
PothosTige à 2 nœudsLes deux10 à 20 joursTrès facile
Philodendron grimpantTige à 2 nœudsLes deux2 à 4 semainesTrès facile
Misère (tradescantia)Tige de 8 à 10 cmLes deux5 à 10 joursTrès facile
MonsteraNœud avec racine aérienneLes deux3 à 6 semainesFacile
ChlorophytumPlantule sur stolonTerre1 à 2 semainesTrès facile
Plantes grassesFeuille séchée 2 à 3 joursTerre, à peine humide3 à 6 semainesFacile
SansevieriaFragment de feuille de 6 cmTerre6 à 10 semainesMoyenne
PeperomiaFeuille avec son pétioleTerre sous cloche4 à 8 semainesMoyenne
Begonia rexFragment de feuille nervuréTerre sous cloche4 à 8 semainesMoyenne
Ficus elastica, lyrataTige à 1 nœud, ou marcotteTerre ou marcottage aérien6 à 10 semainesDifficile
ZamioculcasFeuille entière avec sa baseTerre3 à 6 moisTrès lente
Aloe veraRejet détaché du piedTerre, après séchage2 à 4 semainesFacile
Orchidée phalaenopsisKeiki de la hampe floraleTerre, écorce fineSe sépare déjà enracinéSans objet
Calathea, fougère, palmierRien : division de la touffeTerreReprise immédiateSans objet

Les dernières lignes sont celles qui font perdre le plus de temps. Une orchidée phalaenopsis ne se bouture pas : elle produit parfois un keiki, jeune plant sur la hampe, qu'on détache quand il porte deux à trois racines de 5 centimètres. Calathea, fougères et palmiers n'ont pas de nœud exploitable et se divisent. Un aloe vera ne se bouture pas non plus par la feuille : on détache un rejet enraciné, on laisse sécher la plaie, on plante en substrat très drainant.

Si vous débutez, commencez par un pothos : la tige enracine dans n'importe quel verre d'eau et pardonne les oublis, comme le détaille la fiche du pothos.

Les quatre semaines qui suivent, là où tout se joue

Une bouture n'a pas de racines et perd pourtant de l'eau par ses feuilles. Tout l'enjeu est de limiter cette perte sans créer un milieu confiné où les champignons s'installent.

Dans l'eau, le niveau couvre les nœuds sans jamais atteindre la base des feuilles. Un bocal transparent permet de surveiller, hors soleil direct, sinon des algues vertes colonisent les parois en une semaine. On renouvelle l'eau tous les trois à cinq jours, à température ambiante, sans rien y ajouter : ni engrais, ni sucre, ni charbon.

En terre, le substrat reste frais et jamais détrempé. Un mélange moitié terreau, moitié perlite ou sable grossier suffit, dans un godet de 7 à 8 centimètres. Un sac transparent posé en cloche, ouvert dix minutes par jour, maintient l'humidité de l'air.

Ce qu'on vérifie chaque semaine

  • Aucune feuille ne trempe dans l'eau et aucune ne touche le terreau humide.
  • L'eau est claire, sans film gras ni odeur, et changée depuis moins de cinq jours.
  • La base de la tige reste ferme et de couleur nette, ni brune ni molle.
  • Le substrat est frais au doigt, jamais gorgé, jamais sec en profondeur.
  • La bouture reçoit une lumière vive sans soleil direct entre 11 et 16 heures.
  • Aucun engrais n'a été apporté avant que les racines atteignent 3 centimètres.

Au bout de trois semaines en terre, une traction très légère sur la tige suffit à savoir où vous en êtes. Si elle résiste, des racines sont en place. Si elle vient sans effort, remettez-la en place sans insister.

Le passage en pot, l'étape la plus ratée

C'est ici que se perdent beaucoup de boutures d'eau réussies. Une racine formée dans l'eau est fine, translucide et cassante. Plus elle est longue au moment du rempotage, plus elle casse, et plus la bouture met de temps à repartir.

Le pot se choisit petit, 8 à 10 centimètres de diamètre pour une bouture unique, avec un trou de drainage. Le substrat doit être léger : un terreau pour plantes d'intérieur allégé d'un tiers de perlite ou d'écorce fine convient à presque tout, et le détail des mélanges est dans notre guide pour rempoter une plante d'intérieur.

Les deux premières semaines, arrosez un peu plus souvent que d'habitude, en petites quantités : les racines d'eau ne savent pas encore chercher l'humidité à distance. Revenez ensuite à un arrosage normal, et à un premier engrais très dilué une fois la nouvelle feuille ouverte.

Quand ça rate : le diagnostic en trente secondes

Ce que vous voyezCause la plus probableCe qu'on fait
Base brune et molle dans l'eauPourriture, eau non renouveléeRecouper 1 cm au-dessus du sain, eau propre, bocal lavé
Tige ferme, aucune racine après 6 semainesTrop froid ou trop sombrePasser à 20 à 25 °C en lumière vive, patienter
Feuilles qui jaunissent une à uneRéserves épuisées, enracinement trop lentRetirer une ou deux feuilles, augmenter la lumière
Feuilles molles, base saine, en terreAir trop sec ou substrat trop secCloche transparente aérée, arrosage léger
Voile blanc et cotonneux sur le terreauExcès d'eau et air stagnantAérer, laisser sécher la surface, alléger le substrat
Dépérissement dans les jours suivant le rempotageRacines d'eau trop longues, substrat trop compactRempoter plus tôt la prochaine fois, alléger le mélange
Feuille enracinée qui ne pousse jamaisAucun nœud, donc aucun bourgeonRecommencer avec un fragment de tige

Une précision sur la première ligne : une bouture qui pourrit à la base n'est pas perdue. Tant qu'il reste un nœud sain au-dessus de la zone atteinte, recoupez franchement dans le tissu ferme, lavez le bocal et repartez en eau claire. La récupération est fréquente si vous intervenez dans les deux ou trois jours.

Trois semaines, un verre, une plante de plus

Le plan minimal tient en peu de choses. Choisissez une plante à nœuds visibles, pothos ou philodendron pour une première fois. Coupez au printemps une tige de deux nœuds, juste sous le nœud du bas, avec une lame propre. Retirez la feuille du bas, posez dans un verre d'eau en lumière vive sans soleil direct, et changez l'eau deux fois par semaine.

Trois semaines plus tard, quand trois racines dépassent 3 centimètres, rempotez dans un godet de 8 centimètres, arrosez peu et souvent pendant quinze jours, puis reprenez un rythme normal, sans engrais avant la première feuille neuve. Le reste est une affaire d'espèce : dix jours pour une misère, six semaines pour un ficus, plusieurs mois pour un zamioculcas. Ce qui ne change jamais, c'est le nœud, la lame propre, et le rempotage fait à 3 centimètres de racines plutôt qu'à 15.

Questions fréquentes

Peut-on bouturer n'importe quelle plante d'intérieur ?

Non, et c'est la première chose à vérifier. Les plantes à tige et à nœuds visibles se bouturent facilement : pothos, philodendrons, monstera, misères, ficus. Les plantes en rosette ou en touffe, orchidée phalaenopsis, calathea, fougères, palmiers, ne se bouturent pas du tout et se multiplient par division ou par rejet. Une orchidée ne donne un nouveau plant que si elle produit spontanément un keiki sur sa hampe florale.

Faut-il de l'hormone de bouturage ?

Pour les plantes d'intérieur herbacées, non : un pothos, un philodendron ou une misère enracinent sans aide en une à trois semaines. La poudre d'enracinement se justifie sur des tiges déjà lignifiées, ficus et arbustes d'appartement, où elle raccourcit l'attente et limite les échecs. Ce sont des produits réglementés : respectez la dose et les précautions d'emploi indiquées sur l'étiquette, et conservez le flacon hors de portée des enfants.

Combien de temps avant de voir les premières racines ?

Comptez 10 à 20 jours pour un pothos ou une misère, 3 à 6 semaines pour un monstera, 6 à 10 semaines pour une feuille de sansevieria, et jusqu'à plusieurs mois pour un zamioculcas. Ces délais valent au printemps, entre 20 et 25 °C, en lumière vive. Une même bouture prise en novembre dans une pièce à 17 °C peut tripler ces durées, ou ne rien faire du tout jusqu'au retour des jours longs.

Ma bouture a des racines mais ne pousse plus, est-ce normal ?

Oui, dans les premières semaines après la mise en pot. La bouture consacre son énergie à fabriquer des racines capables d'exploiter le terreau, différentes de celles qui poussaient dans l'eau, et la partie aérienne reste en pause deux à trois semaines. Gardez le substrat frais, la lumière vive, et n'apportez aucun engrais tant que vous ne voyez pas une nouvelle feuille se déplier. Un rempotage précoce dans un petit pot raccourcit nettement cette pause.

Peut-on bouturer en hiver ?

Techniquement oui, mais le rendement s'effondre. Entre novembre et février, la lumière manque et la plupart des plantes d'intérieur sont au ralenti : la bouture consomme ses réserves sans fabriquer de racines, jaunit feuille après feuille, puis pourrit à la base. Si vous devez sauver une tige cassée en décembre, mettez-la dans l'eau en lumière vive et acceptez d'attendre le mois de mars pour voir quelque chose se passer.

Peut-on mettre plusieurs boutures dans le même pot ?

C'est même recommandé pour les plantes retombantes. Trois à cinq boutures de pothos ou de philodendron dans un pot de 12 cm donnent tout de suite une plante fournie, là où une bouture seule met un an à faire illusion. Deux conditions : que les boutures soient de la même espèce, donc avec les mêmes besoins en eau, et qu'elles soient enracinées avant d'être réunies, sinon celle qui pourrit contamine ses voisines.

Les fiches plantes du sujet

Pothos

Epipremnum aureum

  • Mi-ombre
  • Facile

Monstera

Monstera deliciosa

  • Mi-ombre
  • Facile

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